La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

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Innovation : à la recherche du temps perdu

Posted by labetiseeconomique sur janvier 28, 2009

Le gouvernement vient d’annoncer la création d’un Grenelle de l’innovation. Revenons en arrière. En 2005, alors que le gouvernement finalisait la future loi d’orientation et de programmation sur la recherche après le succès de la pétition du collectif ”Sauvons la recherche”, c’est la quasi-unanimité de la communauté scientifique des chercheurs présents aux premiers Etats généraux de la recherche qui concluait à l’urgence d’un plan d’action, porteur d’une véritable ambition économique et industrielle : par des moyens publics accrus, par une réforme des organisations, par des financements programmatiques de long terme, par de nouvelles formes de reconnaissance du travail des chercheurs. Deux rapports présentés par le Conseil d’analyse économique (CAE), et plus en plus de voix s’élevaient pour affirmer la nécessité de poser autrement le débat hors des académismes, et d’imaginer les modèles qui feront passer de l’incantatoire à la réalité ce ”nouveau pacte entre la recherche et la société” proposé par le gouvernement.

Des enjeux à reformuler

Comme l’a avancé Michel Callon de l’Ecole des Mines, l’erreur serait de réduire le débat actuel aux seules questions des financements publics et de la réforme des organisations. L’enjeu du sursaut dépasse ces sujets pour s’inscrire, avec encore plus d’acuité, au cœur des engagements du politique – car c’est d’un projet de société dont il s’agit – et de l’économie réelle – la recherche est une source essentielle de valeur ajoutée et de croissance. Aujourd’hui, il faut faire face à la réalité d’une situation française qui s’est enlisée. Les dépôts de brevets français ont nettement baissé au cours de la décennie écoulée (6% des dépôts de brevets européens, soit deux fois moins que l’Allemagne), de même que la part de l’Etat dans le financement de la recherche-développement (70% en 1960, contre 44% désormais). De nouveaux signes confortent ce constat : la désaffection des jeunes pour les filières scientifiques, l’expatriation de scientifiques ou encore le recul des publications françaises dans les grandes revues scientifiques internationales. Or, on sait communément qu’un pays peut tirer la moitié de sa croissance de sa capacité à innover. Partant de ce morose bilan comptable, il est clair que la réflexion sur les moyens ne doit en aucun cas occulter la question du projet économique, social et industriel, qui doit sous-tendre l’action politique. Là, se joue réellement la lutte – désormais obsessionnelle – contre les délocalisations. Le maintien des emplois sur le territoire mais aussi l’appréhension de la gestion des risques doivent être revus à l’aune des politiques de recherche, d’innovation et de développement.L’histoire comme clef de lecture ? De ce point de vue, le regard des historiens des entreprises, des techniques et de l’innovation permet d’éclairer le débat actuel, et, en premier lieu, d’attirer l’attention sur deux basculements majeurs. Le premier, qui relève de la sémantique, n’est pas des moindres. Le débat s’est cristallisé aujourd’hui sur la figure du chercheur ”fondamental”, et par extension sur le scientifique et le savant, en imposant une dichotomie formelle avec les figures de l’inventeur et de l’ingénieur, et par extension le chercheur ”appliqué”. Alors même que l’environnement et les enjeux ont changé, on reste ainsi figé sur une représentation archaïque – conservatrice et cloisonnée – des lieux et des acteurs de la recherche. Deuxième basculement, celui d’une dérive élitiste négative. De plus en plus de jeunes diplômés des grandes écoles scientifiques (Centrale, Arts et Métiers, etc.) ont eu tendance, au cours de ces quinze dernières années, à préférer la finance à l’industrie… comme si le diplôme d’une grande école valait exclusivement pour sa représentation sociale, et non pour sa capacité à ouvrir à des carrières d’ingénieur-chercheur de haut niveau. La crise financière changera-t-elle la donne, les fera-t-elle revenir vers l’industrie? Au cours de ces vingt dernières années, de nombreux succès conjoints des centres de recherches des grandes écoles et d’entreprises industrielles (Thales, Snecma, CEA, etc.), ont pourtant montré l’excellence de ce type de partenariats et l’efficacité de ces passerelles technologiques (grandes écoles /universités/entreprises, et public/privé). Le mouvement de ces partenariats contractuels n’est pas marginal, il implique déjà 9000 enseignants-chercheurs.

La business history grouille également de preuves de la créativité d’inventeurs et de chercheurs qui ont su, en leur temps, investir de nouvelles disciplines (chimie, énergie, matériaux, transports, etc.), et selon le mot d’ordre de leurs anciens, ´ «  la science est une », sortir de la dimension binaire ”une invention-un chercheur” pour aller jusqu’aux applications industrielles et créer des entreprises qui sont devenues de vrais champions français et internationaux. Une des clefs de cette réussite? Un environnement favorable et l’inscription de leurs innovations dans un véritable projet économique et social constamment repensé. Pas de révolution mais une capacité d’adaptation au changement dans la continuité, par accélérations en capitalisant sur les acquis positifs, les bonnes pratiques et, de plus en plus, en bousculant les méthodes de management des projets (partenariats, incubations internes, etc.).

L’histoire montre également le poids des mécanismes nationaux de soutien dans le succès de la recherche industrielle (armement, aéronautique, nucléaire). Sur ce point, voici presque trente ans, le sociologue et économiste Yves Stourdzé avait remarquablement qualifié les rapports entre la recherche et l’industrie en France, en parlant ”d’un véritable Yalta technologique” : en France, on excellait dans la création d’innovations pointues (Concorde, Exocet, etc.), mais on était incapable de développer des innovations destinées à des marchés de masse (micro-informatique, électronique grand public, etc.). Aujourd’hui, si ce constat vaut encore en partie, il est heureusement aussi démenti. Il n’est pas de fatalité à rester prisonnier de ce ”Yalta technologique”, l’aéronautique française et européenne en est une des preuves à travers la réussite de programmes comme Airbus, comme le sont aussi les réussites du groupe Areva. Parallèlement, des secteurs qui portent aujourd’hui l’innovation comme les biotechnologies, la génétique, l‘économie numérique, ont souffert d’un double mouvement : un engagement public insuffisant d’une part, un excès de régulation contraignante d’autre part. Où est le google français? Comment progresser sans risque, au moins avec précaution? Liberté d’entreprendre, action bénéfique de l’Etat, écoute du marché : dans son ouvrage sur le ”résistible déclin des sociétés industrielles”, François Caron (1985) soulignait déjà que « la capacité créatrice du système avait résulté non pas comme tant d’auteurs l’affirment de la fusion de la science et de la technologie mais de leur dialogue constamment renouvelé ». Au travers des success stories qui la jalonnent, l’histoire de l’innovation nous apprend que la vitalité de la recherche s’inscrit simultanément dans tous les temps : le temps long de la recherche, le temps indicible de la maturation, de l’échange, de la confrontation et du renouvellement des connaissances, le temps plus court de l’application et du développement. Recherche et innovation s’enrichissent de toutes les mixités et de tous les échanges, quand, parfois, par hasard, on s’oblige è travailler ensemble : individuel et collectif, public et privé, grandes écoles et universités, entreprises et laboratoires de recherche. L’histoire le démontre, c’est dans ce jeu complexe des acteurs, dans les allers-retours d’un dialogue toujours renouvelé et aux finalités parfois différentes, dans la continuité de l’enrichissement des connaissances, que se sont toujours nichées des ruptures technologiques créatrices. (Adaptation d’une tribune publiée dans Les Echos, décembre 2005)

 

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Un portrait de Franck Riboud, dans L’Express

Posted by labetiseeconomique sur octobre 8, 2008

Extrait de Franck Riboud, PDG longue conservation. Un article qui retrace le parcours du pdg de Danone, la métamorphose du groupe, et revient sur l’affaire LU en 2001. « fidèle à sa politique de l’écran de fumée, Franck Riboud voudrait bien faire croire qu’il n’a lu que deux livres : Ma vie comme un match, de Michel Platini, et Ma vie et ce jeu merveilleux, de Pelé. A d’autres ! Posée par terre, dans son bureau, une pile d’ouvrages, dont La Bêtise économique, de Catherine Malaval et Robert Zarader. Pour le reste, il a fait sienne la maxime d’Antoine : « Faire l’éponge ». Il regarde beaucoup la télé, se gave de journaux et écoute énormément. (…) » 

http://www.lexpress.fr/actualite/economie/pdg-longue-conservation_584941.html

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