La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

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Le milliardaire, le cochon et la chèvre

Posted by labetiseeconomique sur juin 26, 2011

Mark Zuckerberg, le créateur et patron de Facebook, ne mange désormais que des animaux qu’il a tués lui-même. Ses trois premières victimes : un homard, un cochon et une chèvre. Caprice de milliardaire pour les pages people des magazines? Pas du tout, semble-t-il. Le magazine Fortune relaie d’ailleurs très sérieusement la nouvelle qui divise les mouvements écologistes et les amateurs de slowfood. Tout de même, que faire d’un veau entier quand l’envie de le tuer était seulement née du désir d’une bonne côte de veau à la normande ? Car l’affaire ne s’arrêtera pas là, le jeune milliardaire a commencé par des petites bêtes. Encore quelques mois, tel un Cromagnon des temps modernes, armé de son biface, il prendra de l’assurance et s’attaquera à beaucoup plus gros. Et là, problème, que faire d’un boeuf? Le congéler? La perspective de mois entiers à manger du boeuf sied-elle à un milliardaire? Non. Dans ce cas, le partager. Créer un réseau carnivore social. Le repas n’est-il pas depuis toujours le premier lieu de rassemblement et de communication? Venez tous, ce week-end, j’ai tué un boeuf.  Sur Internet, l’information est largement commentée, mais très faiblement du point de vue économique par toutes les filières concernées par l’affaire, elles devraient pourtant. Sous un pseudo-prétexte écologique, Mark Zuckerberg est peut-être en train d’aller encore plus loin dans la transformation des modes de vie et de millions d’urbains en chasseurs-cueilleurs!  Quel intérêt Mark Zuckerberg aurait-il autrement à nous parler de son alimentation, justement au moment où Facebook, fort de ses 700 millions de membres, connaît une toute petite baisse de régime? Joli storytelling personnel qui donne des perspectives de « second life » à Facebook. Le milliardaire, le cochon et la chèvre, on hésite entre « Big brother » et « back to the trees ».

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How I saved my company?

Posted by labetiseeconomique sur septembre 19, 2010

Même si l’économie française se caractérise par un tissu de petites entreprises et compterait aujourd’hui plus de  trois cent mille auto-entrepreneurs, même si la France entière a su chanter »Il will survive » en 1998, le programme video que vient d’initier The New York Times paraît typiquement américain : demander à de petits entrepreneurs de raconter leur « SURVIVAL STORY » ! L’image d’un héros en costume foncé, rétro-éclairé, une cape rouge dans le vent, sorte de Superman de la micro-économie, annonce ce nouveau programme « How I saved my company? ».  Du courage, du travail, et la chance vous sourit, même en temps de crise, voilà la morale de cette série-réalité que propose The New York Times. Autant dire un rêve américain éveillé, le « Yes we can » de Barack Obama mis en pratique par l’un des plus prestigieux journal américain, qui joue ici le storytelling du patriotisme économique et du mythe toujours à entretenir de l’entrepreneur américain. C’est de bonne guerre… économique.

http://boss.blogs.nytimes.com/2010/05/26/how-i-saved-my-company/

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The incredible shrinking president : Napoléon le petit

Posted by labetiseeconomique sur septembre 18, 2010

« The incredible shrinking president », la Une de The Economist continue de faire le buzz sur Internet et sur le papier. Cette semaine, Courrier International la reprend, les jambes de Carla Bruni ont disparu, reste le bicorne porté par les deux petites jambes du président. « Pauvre France, à l’étranger ton image se dégrade » titre l’hebdomadaire. Rien à voir avec l’article de The Economist. Et pourtant, cette Une force l’évidence, impossible de trouver mieux. Elle pourrait bien rester collée à l’image de Nicolas Sarkozy comme le sparadrap du capitaine Haddock.

Car seule cette image importe désormais, elle a tout capté! Il suffit d’analyser la façon dont ce papier de The Economist est présenté dans les médias. Bien souvent, seule la Une est racontée, qui s’attarde sur le contenu de l’article? En réalité, The Economist, journal libéral qui avait soutenu Nicolas Sarkozy en 2007, y reproche au contraire à Nicolas Sarkozy de ne pas suffisamment réformer! Ce n’est pas du tout ce qui a été compris. Bel exemple de storytelling visuel et de manipulation de l’opinion. La force de la Une a cannibalisé le contenu du journal, lui donnant un tout autre sens. Pour The Economist, Nicolas Sarkozy s’était pris pour Napoléon, il voulait réformer, transformer ; résultat,  il n’est que Napoléon le Petit!

Et c’est là tout le pouvoir international de cette Une. Le titre fait référence à un film de science fiction très connu dans l’imaginaire anglosaxon, mais surtout l’image est formidablement française et hugolienne, évoquant à l’évidence le terrible pamphlet politique de Victor Hugo sur Louis-Napoléon Bonaparte (Napoléon III). En 2007, les éditions Acte Sud et Jean-Marc Hovasse ont eu la bonne idée de le rééditer. Chose étrange, ce pamphlet politique parmi les meilleurs qui furent écrits, ne l’était plus en France depuis quarante ans.  A lire sans hésiter…

Extrait, fin du livre 1 : « Et voilà par quel homme la France est gouvernée ! Que dis-je, gouvernée ? possédée souverainement ! Et chaque jour, et tous les matins, par ses décrets, par ses messages, par ses harangues, par toutes les fatuités inouïes qu’il étale dans le Moniteur, cet émigré, qui ne connaît pas la France, fait la leçon à la France ! et ce faquin dit à la France qu’il l’a sauvée ! Et de qui ? d’elle-même ! Avant lui la Providence ne faisait que des sottises ; le bon Dieu l’a attendu pour tout remettre en ordre ; enfin il est venu ! Depuis trente-six ans il y avait en France toutes sortes de choses pernicieuses : cette  » sonorité, » la tribune ; ce vacarme, la presse ; cette insolence, la pensée ; cet abus criant, la liberté ; il est venu, lui, et à la place de la tribune il a mis le sénat ; à la place de la presse, la censure ; à la place de la pensée, l’ineptie ; à la place de la liberté, le sabre ; et de par le sabre, la censure, l’ineptie et le sénat, la France est sauvée ! Sauvée, bravo ! et de qui ? je le répète, d’elle-même ; car, qu’était-ce que la France, s’il vous plaît ? c’était une peuplade de pillards, de voleurs, de Jacques, d’assassins et de démagogues. Il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, et c’est M. Bonaparte-Louis qui lui a mis les poucettes. Maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l’eau, punie, humiliée, garrottée,sous bonne garde ; soyez tranquilles, le sieur Bonaparte, gendarme à la résidence de l’Elysée, en répond à l’Europe ; il en fait son affaire ; cette misérable France a la camisole de force, et si elle bouge !…—Ah ! qu’est-ce que c’est que ce spectacle-là ? qu’est-ce que c’est que ce rêve-là ? qu’est-ce que c’est que ce cauchemar-là ? d’un côté une nation, la première des nations, et de l’autre un homme, le dernier des hommes, et voilà ce que cet homme fait à cette nation ! Quoi ! il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l’insulte, il la bafoue ? Quoi ! il dit : il n’y a que moi ! Quoi ! dans ce pays de France où l’on ne pourrait pas souffleter un homme, on peut souffleter le peuple ! Ah ! quelle abominable honte ! chaque fois que M. Bonaparte crache, il faut que tous les visages s’essuient ! Et cela pourrait durer ! et vous me dites que cela durera ! Non ! non ! non ! par tout le sang que nous avons tous dans les veines, non ! cela ne durera pas ! Ah ! si cela durait, c’est qu’en effet, il n’y aurait pas de Dieu dans le ciel, ou qu’il n’y aurait plus de France sur la terre.  »

http://www.courrierinternational.com/magazine/2010/1037-pauvre-france-a-l-etranger-ton-image-se-degrade

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Bettencourt-Banier-Woerth, les Mystères de Paris

Posted by labetiseeconomique sur juillet 19, 2010

C’est le paradoxe de la presse : on ne lit jamais autant qu’en vacances, mais comme tout le monde est en vacances, les journalistes, les politiques, la vie économique, à peine passé le 14 juillet, les journaux fondent comme neige au soleil, remplacent l’actualité par des « séries d’été » de seconde catégorie, des éditions spéciales « philosophie » ou des pages « jeux » et passent ainsi doublement l’occasion de séduire de nouveaux lecteurs au cerveau soudain plus disponible. Belle bêtise économique, comme le montre l’intérêt pour l’affaire Bettencourt-Banier-Woerth. En quelques mois, l’affaire est devenue feuilleton, pour de nombreuses raisons : l’histoire est exceptionnelle, elle traverse le siècle, les personnages, les lieux, du 7e arrondissement aux Seychelles, s’entre-mêlent dans le monde des affaires et de la politique, au plus au niveau, l’héritière d’un numéro un mondial et le gouvernement de la France. Et l’argent au coeur de tout. Pour tout cela mais pas seulement, il fallait réussir à l’étirer vers l’été pour qu’elle fasse l’été, tant c’est une belle aubaine économique quand l’actualité ralentit! Elle fera aussi l’été parce que, été ou pas, les vieux routiers du journalisme d’investigation, ceux qui savent « faire tomber » les politiques, sont à la manoeuvre. Et surtout, comme à chaque nouvelle « affaire », ce fut le cas pendant l’affaire Clearstream, parce que les médias redécouvrent combien l’art du feuilleton est un vrai moyen de fidélisation des lecteurs.

A l’origine, le feuilleton désignait le bas de page des journaux, appelé aussi le « rez-de-chaussée » par les metteurs en page. Sur cette partie, se trouvaient les articles critiques, y vinrent les feuilletons. A la fin du XIXe siècle, tout autant qu’elles permirent à la presse de conquérir un public plus vaste, ces publications en« bas de page » marquèrent l’avènement d’une littérature populiste et industrielle, caractéristique de l’émergence d’une culture de masse. Certains critiques y virent en revanche une dérive commerciale de la littérature, il est vrai que les auteurs étaient payés à la quantité et en peine d’idées dans des délais très courts prirent peu à peu l’habitude s’inspirer dans les archives médicales ou judiciaires pour donner plus de véracité de leurs romans. Ah, tiens? On croirait retrouver là le débat actuel entre la « presse d’investigation » et la presse de « procès-verbaux ». Eugène Sue publia en feuilletons Les Mystères de Paris. Aussi rocambolesque est l’affaire Bettencourt-Banier-Woerth, aussi utile est-elle à une réflexion sur l’économie des médias… et à une aigre alphabétisation des masses à des pratiques d’un autre monde!

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Crises et entreprises : toute une histoire !

Posted by labetiseeconomique sur juillet 1, 2010

Le magazine de la communication de crise et sensible consacre son numéro de juillet au thème « crises et sciences sociales ». Extrait :  » Depuis quelques années, l’apport des sciences humaines est loué régulièrement, ne serait-ce que pour nourrir des notions nouvelles pour les entreprises (la gouvernance, l’éthique, le développement responsable, etc.), ne serait-ce parce que celles-ci doivent désormais publier des informations prouvant qu’elles assurent leur durabilité (part consacrée à la recherche, aux investissements, stratégies d’innovation, etc.). Durabilité : voilà une notion historique par excellence! Et bien, non, l’histoire n’y a pas partie liée. L’économie de la connaissance fut aussi au cœur de la stratégie de Lisbonne. Connaissance : là aussi, une notion historique. Toujours non. Constatons-le enfin, nombreux sont les grands dirigeants d’entreprise, publicitaires ou conseils en management heureux d’aller converser avec des historiens ou des philosophes à Davos, à la cité de la Réussite, dans les amphis chargés d’histoire de la Sorbonne. O temps suspend ton vol ! Mais le lundi, quand revient le temps des affaires… Comme le lundi au soleil, le lundi avec un historien, c’est une chose qu’on ne verra jamais. Une folie. Le lundi, c’est « business as usual »!

« Papa, explique moi donc à quoi sert l’histoire ?» interpellai Marc Bloch, fondateur de la chaire d’histoire économique et sociale de la Sorbonne, en introduction de son Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien. A quoi peut bien servir l’histoire pour des entreprises par nature tournées vers le futur et la croissance? Les questionnements de l’histoire peuvent-ils être utiles dans la compréhension d’une crise, l’analyse d’une rupture identitaire ou d’un moment sensible? En quoi la conscience du passé permet-elle de ne pas subir le présent d’une crise (car, les historiens le savent, les crises finissent toujours par passer…) et tout simplement d’agir avec la vision profonde de l’expérience? Depuis que la business history existe en France, ces questions reviennent sans cesse chez les historiens qui peinent à se faire une place dans les entreprises, à simplement consulter leurs archives, ou à prouver combien l’histoire peut-être un outil de management et de réflexion au service du présent. En octobre dernier, c’était l’un des sujets de conférences organisées par la revue Tracés autour du thème « sciences sociales et mondes de l’entreprise », plus récemment un sujet partagé au sein de l’Association des professionnels en sociologie de l’entreprise. Les mêmes questions étaient déjà posées il y a vingt ans à sa création dans la revue Entreprise et Histoire. » Catherine Malaval

http://www.communication-sensible.com/portail/

http://www.communication-sensible.com/download/cccnl0019.pdf

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Désindustrialisation, série II. Bientôt en video, Dvd et Blue Ray?

Posted by labetiseeconomique sur mai 25, 2010

Industrie : selon la définition du dictionnaire, une « activité qui produit des richesses par la transformation des matières premières et à l’exploitation des sources d’énergie ». Par extension, un secteur d’activité, selon le schéma qu’on apprend à l’école : l’agriculture, l’industrie et les services. Bref, du concret, du travail et du vrai ! Alors, en pleine crise économique, il est de bon ton de s’alarmer par de grands discours sur les usines qui ferment, ces usines dont on voyait naguère sortir la fumée, celles qui transforment l’acier et l’aluminium et autres en beaux objets de consommation, de grands discours qui ne répondent pas ni drames sociaux qui ne nouent derrière ces fermetures ni à la situation, mais nourrissent l‘émotion et la mémoire d’une France où l‘ingénieur et l‘ouvrier furent les fiertés nationales des « révolutions industrielles ». « Un pays qui n’a pas d’usine est un pays qui n’a plus d’économie », affirmait Nicolas Sarkozy devant les salariés d’Arcelor-Mittal. Et l’Etat, selon un rituel bien français, d’organiser en octobre dernier des « Etats généraux de l’industrie », dont les conclusions viennent d’être rendues. 23 mesures dont récemment un très communicant « produit en France » et de multiples aides financières.

En France, l’usine est en crise, pas en crise financière, en crise industrielle. Sans doute des aides financières seront-elles utiles mais elles ne suffiront pas. Depuis la première désindustrialisation française de la fin des années 1970 (un tiers des emplois industriels perdus), jamais l’industrie française n’a perdu autant d’emplois : près de deux millions d’emplois en trente ans et cela continue. Pas seulement du fait de l’externalisation de certaines activités industrielles vers le secteur des services ou de la concurrence étrangère, mais surtout grâce à l’amélioration de la productivité. Selon une étude récente de la direction générale du Trésor et de la Politique économique (février 2010), les forts gains de productivité seraient à l’origine de 30% des pertes d’emploi sur la période 1980-2007 et de 65% depuis 2000.

L’Etat et ses fonds de réindustrialisations, ses commissions d’investissement, n’y pourra pas tout. Il serait temps de mieux considérer le verre à moitié plein, pas seulement en aidant l’industrie française à se renouveler sur de nouveaux secteurs « industriels » (technologies de l’information, biotechnologies, industries vertes, etc.), mais en reconnaissant, à leur juste valeur, l’immatériel et les « industries » du divertissement. Création, marques, innovations, autant de ressources pour les industries de demain. Symbole s’il en est, c’est ainsi qu’Emmanuelle Mignon, ancienne tête chercheuse du président de la République s’en est soudain allée ce mois-ci du côté du divertissement, parce que, dit-elle l’« l’industrie du divertissement est un secteur d’avenir, créateur de richesse et en pleine mutation ». Un choix qualifié d’ « iconoclaste » dans certains médias (Le Point, 19 mai 2010). Est-ce bien certain? Ce qui est certain, c’est qu’à force de considérer que le divertissement est un métier de saltimbanque ou à encourager les élèves à s’orienter vers des filières dites sérieuses, cette industrie portant performante peine à être traitée sérieusement. Des marchés en pleine croissance, comme celui du film d’animation, dont Internet, notamment à travers Youtube, montre toute la vigueur, sont occupés à plus de 80% par les industries américaines. Mais, la France est aussi leader mondial du jeu video. L’un des plus célèbres jeux videos, World of Warcraft (plus de onze millions d’abonnés) appartient ainsi au groupe Vivendi. Ah?

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« Le double cheese burger est de retour »

Posted by labetiseeconomique sur mai 8, 2010

D’abord, en décembre, cette question existentielle qui nous était posée par surprise : « et vous, quel effet ça vous fait le retour de la grande Danette? », des groupes sur Facebook. Et voilà que cela recommençait. C’était vers la mi-avril, une nouvelle incongrue en période de crise et de faitespasçi-faitespasça, mangez des fruits et des légumes, bougez, ne grignotez pas entre les repas, fumer tue, de portions allégées en calories et non en euros, de baisse de la tva illusoire. Là aussi, c’était une information publicitaire, plus factuelle encore : « le double-cheese est de retour »! Quand le double-cheese avait-il disparu et pourquoi ? A la fin des années 1990, seulement en France semble-t-il. Halte aux excès ! Et soudain, il était de retour. Même question renversée : pourquoi était-il donc de retour? Deux fois plus de viande, deux fois plus de fromage, dingue, une énorme promesse de bonheur intérieur brut en période de crise. Double cheese. Faites Cheeeeeeeese, l‘envie de sourire. Un message de bonheur pavlovien en diable ! Jamais, nous n’avions mangé même l’ombre d’un double-cheese et, soudain, la nouvelle nous réjouissait. Le double-cheese était de retour, comme si, plus tard, les livres d’histoire noteraient ce jour comme celui qui aurait marqué symboliquement la reprise de la consommation, comme s’il nous avait manqué, petite madeleine de nos années 1980. Et nous gagnait soudain l’envie de manger ce double-cheese, de s‘en mettre plein les doigts avec délice, tomates, cornichons. Finir par un gros pot de Danette à la vanille. Junk food des années 1980.

Alors que la tendance est la restriction des dépenses alimentaires superflues, le retour de la grande Danette et du double-cheese burger sont deux beaux exemples de storytelling de la consommation : la création d’un manque mythique, l’affirmation de la mémoire collective d’un bonheur passé lié à des temps d’insouciance, l’enfance ou l’adolescence et l’activation de signes de confiance/plaisir. Le message est tout simple. Mangez en paix, détendez vous. Tout va bien, pourquoi s’inquiéter, pourquoi ne plus consommer, puisque que la grande Danette et le double-cheese sont de retour. Et si c’était le contraire, puisque tout va mal, que les Français n’ont jamais été aussi déprimés, pourquoi vous priver? A merveille, cette incitation au plaisir de consommer fonctionne à double sens.

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Le sorcier de l’Elysée

Posted by labetiseeconomique sur avril 23, 2010

François Bazin a écrit une biographie de Jacques Pilhan, conseiller politique de François Mitterrand, puis de Jacques Chirac, dont la lecture emportera avec fracas les dernières naïvetés d‘un lecteur passionné par le marigot politique. Dans ce livre, au-delà des clivages politiques, il n’est en effet jamais question que d’une seule chose : comment, à un moment de l’Histoire, un homme peut rencontrer l’opinion et devenir président de la République. Rien de moins. Quel que soit cet homme, qu’il soit de gauche ou de droite, s‘il est façonnable ou sait se façonner. Qui est-il? Comment doit-il changer? Comment paraître pour être en phase avec l‘opinion? Quels médias doit-il rencontrer ou faut-il manipuler ? Comment? Avec quel décor? « Qu’avons-nous en magasin ?», avait l’habitude de dire Jacques Pilhan. Il fit gagner François Mitterrand, à deux reprises, l’accompagna dans son positionnement de président, lors de deux phases de cohabitation, dans la rareté de sa parole présidentielle. Il aida Jacques Chirac avec brio, qui l‘emportera après être de loin parti perdant. A travers les portraits ciselés d’Edouard Balladur, de Michel Rocard, de Jacques Delors et d’autres, la lecture des dix-huit mois qui ont précédé son élection sont absolument passionnants. La nature humaine…

Tout au long de ce livre, peu d’économie, peu de social, c’est étrange, comme si la politique s’installait hors de ces conjectures, François Bazin nous emmène ailleurs à l’intérieur de l’Elysée, de l’agence Temps public, dans des réunions, des fins de dimanche après-midi, le nez dans des centaines d’études ou sondages sur l’opinion des Français et surtout il nous emmène dans le cerveau de Jacques Pilhan. « Le maître de Temps Public », comme se plaît à l’appeler François Bazin, avait l’art et le talent de créer des situations, de décrypter les groupes humains et les caractères individuels, de les traduire sur des mapping, d’écrire le storytelling des tactiques politiques, de définir des éléments de langage rabâchés pendant des heures de médiatraining. Mapping, storytelling, etc. Tout pourrait sembler reproductible par des générations de professionnels de la communication publique et d’influence, les « spins doctors »  d‘aujourd‘hui. Non. Comment transmettre? Jacques Pilhan ne le fit guère, sans doute parce que tous ces outils ne seraient rien sans une double passion qui explique tout : celle de Pilhan pour Debord et Levy-Strauss, le situationnisme et l‘anthropologie, magnifiques clefs de lecture de cet ouvrage qui interroge sur la fonction et la posture du Président dans la Ve République, dans un monde politique où tout ne serait que constructions, spectacles et tactiques.

La citation (p107) : « Le sondage quantitatif n’est jamais considéré comme un point de départ pour une juste compréhension du réel. Il s’intègre, en effet, dans un système en boucle où les sondés répètent ce que disent les commentateurs de presse, lesquels reprennent et amplifient leurs jugements initiaux, avec la conviction qu’ils expriment l’opinion des Français. (…) Le sondage quantitatif qui éclaire, l’enquête qualitative qui précise et l’intuition qui, au final, invente la solution : pour Jacques Pilhan, cet enchaînement-là, qui plait tant à ses confrères, est la formule de l’échec garanti ».

François Bazin, « Le sorcier de l’Elysée, l’histoire secrète de Jacques Pilhan », Plon, 2009.

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Stress au travail : un critère d’image

Posted by labetiseeconomique sur février 18, 2010

Aujourd’hui, le ministère du travail publie la liste des entreprises qui luttent ou ne luttent pas contre le stress. C’est le magazine Paris-Match qui a dévoilé les premiers noms et annonce en avant-première le classement des  1500 entreprises de plus de mille salariés. Paris Match ? C’est l’effet pervers des classements et d’une communication fondée sur les effets de manche.  Vrai sujet de management et de relations sociales, le stress au travail devient soudain un critère d’image par sa seule avant-première dans Paris-Match… A quand le classement publié dans Gala ou Closer.

600 entreprises, soit la moitié du classement, n’ont pas répondu et sont donc classées « rouge ». Pourquoi ne pas avoir attendu une liste un peu plus fiable? Période électorale oblige, il faut jeter l’info, même la moitié de l’info. Sur le site du ministère, des listes vertes, oranges et rouges, une carte qui sera mise à jour tout au long de l’année. Bref, un storytelling parfait : des bons, des mauvais, des épisodes.

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Le carbone bientôt au pavillon de Breteuil?

Posted by labetiseeconomique sur janvier 9, 2010

Carbone, rarement un mot aura changé de sens en si peu de temps. Encore un storytelling bien orchestré? La génération quarantenaire se souvient du papier carbone, du crayon carbone et surtout du carbone 14. Il a fait une entrée en scène dans les années 1960 lorsque le chimiste Libby obtient le prix Nobel de Chimie pour le développement d‘une méthode nouvelle de datation par le carbone 14. Par ses vertus radioactives naturelles, la « datation carbone » permet de connaître « l’âge absolu ». Une révolution dans le petit monde des préhistoriens et des archéologues! L’époque est à la datation : dents de dinosaures, Suaire de Turin, bandages des momies, tout y passe. Au début des années 1980, Carbone 14 est même le nom de l’une des premières radios libres, l’une des plus marquantes, mais éphémère, rapidement interdite en 1983 ! L’univers sémantique du carbone est celui du primitif et des origines.
Et puis, plus rien, ou presque. Carbonisé, le carbone, par les hydrocarbures, le pétrole et les nouvelles technologies! Le carbone est presque devenu ringard. Rien jusqu’au début des années 2000, où le mot revient fanfare. 2004, année de naissance du bilan carbone®, 2006, création du programme solidaire « action carbone », 2007, projet de création d’un marché international du carbone consistant à mettre en place à l’échelle internationale un marché de crédits d’émissions de gaz à effet de serre, 2008, première « bourse internationale du carbone » (Bluenext). 2009, c’est encore le mot carbone qui est choisi pour la « taxe carbone ».

Elliptiquement le mot carbone a remplacé les mots « dioxydes de carbone (CO2) »  et les « émissions de gaz à effet de serre ». Serait-ce pour marquer l’opinion sur un nécessaire retour aux origines? Pour utiliser le bénéfice de la sémantique naturelle et patrimoniale du carbone (parce qu’on se sent responsable du carbone, mais coupable du CO2)? Pour vulgariser les grands enjeux climatiques (bientôt les particuliers feront leur bilan carbone ® comme un bilan de santé…)? En partie mais pas seulement. Comme élément de mesure du passé, le carbone n’avait pas de valeur autre que celle de la vérité historique, « l‘âge absolu », il avait une valeur culturelle et universelle. Même si les discussions des grands sommets environnementaux se parent de cette même universalité, la valeur du carbone a changé de nature. En entrant dans le monde de l’économie et de la finance, le carbone est devenu une unité de mesure et de compte. Surtout, c’est lui qui a désormais un prix.

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