La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘Protectionnisme’

1400 euros = un smic mensuel brut

Posted by labetiseeconomique sur janvier 13, 2010

Dans les années 1990, Flins a produit la Clio1, puis la Clio 2. Depuis sa création en 1952, l’usine a fabriqué successivement des Juvaquatre, Frégate, 4CV, Dauphine, Floride, R4, R8, R10, R12, R16, R18, Super Cinq, deux générations du Twingo et de Clio. L’usine fut le théâtre industriel de mai 1968. Dans les années 1970, ses effectifs approchèrent les 20 000 personnes et vint le déclin (3 300 seulement aujourd’hui) de l‘usine aux champs. En mars dernier, les Clio Campus étaient « revenues » en France. Slovénie 0 – France 1. Puis Flins a eu la promesse de produire Zoé, la future voiture électrique de Renault, dont la construction est annoncée pour 2012.

Pouvait-elle aussi produire la future Clio 4 ? Au regard de l’opinion française, oui, car c’est peu dire que Flins, à ses yeux, fait partie du patrimoine national et reste dans l’imaginaire national l’un des plus hauts lieux de la construction automobile. Au regard des analystes financiers, non, compte tenu de la stratégie de multilocalisations développée par Carlos Ghosn depuis quelques années. Et surtout si l’on se range à la froideur de l’argument économique invoqué partout : « pour un véhicule vendu 14 000 euros, on observe un écart de 10% (soit 1400 euros) entre un véhicule conçu et produit en Europe de l’Est et le même véhicule conçu et produit en France ». Rappelons que 1400 euros, c’est juste un mois de salaire au smic.

A la veille des élections régionales, alors que Lionel Jospin refait surface (qui dit naguère « l’Etat ne peut pas tout »), alors que les Français renouent avec la défiance envers les politiques (sondage Sofres, 11 janvier) voilà un sujet sensible, un beau sujet politique où se mêlent tous les ingrédients des relations tumultueuses entre les grands groupes français internationaux et les politiques.

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Vieilles carnes ou nouveaux étalons ? Tous aux abris !

Posted by labetiseeconomique sur février 21, 2009

La semaine passée, le mot d’actualité était celui de « protectionnisme ». Dans le même esprit, celui de cette fin de semaine ne serait-il pas « refuge » ? Tous aux abris ! L’histoire de l’économie, qui fut longtemps réduite à celle de la monnaie, se résumerait-elle à un retour aux valeurs d’origine ? Alors qu’avec la crise, l’opinion publique a découvert tant de mots sophistiqués, les swaps, les hedge funds, le side pocket, la titrisation, et autres produits toxiques, le temps que l’orage ne passe, voici le grand retour des placements de « bon père de famille », l’or et le livret d’épargne ! En janvier, les Français ont déposé 19 milliards sur leurs livrets d’épargne et démontré ainsi leur capacité à augmenter leur pouvoir… d’épargner. Pouvoir d’achat en berne contre pouvoir d’épargner en hausse, dilemme de crise.

Les voilà également qui suivent le cours du Napoléon. Deuxième valeur refuge : l’or, qui a franchi la barre symbolique des 1000 dollars l’once. L’or, cette valeur qui a marqué toute l’histoire économique jusqu’en 1971, lorsque fut mis un terme à la convertibilité du dollar en or. L’or et évidemment l’emprunt-or d’Antoine Pinay, un rendement modéré (3% indexé sur le Napoléon) mais une exemption fiscale totale. Quelques milliards d’aujourd’hui rapidement dans les caisses de l’Etat. La bonne idée.

Moins connu, Antoine Pinay associa aussi son nom à une amnistie fiscale qui favorisait le retour en France des capitaux placés à l’étranger à la Libération. L’amnistie fiscale au nom du patriotisme économique, chapeau Monsieur Pinay ! Le fisc américain, soucieux de faire entrer dans l’argent dans les caisses, s’en serait-il inspiré cette semaine en demandant la levée du secret bancaire suisse pour 52 000 citoyens américains qui auraient tenté de lui échapper?

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Les Américains, d’abord !

Posted by labetiseeconomique sur février 1, 2009

Le 21 janvier dernier, le monde entier se levait avec Obama. Obama super star, Obama, le président, qui allait redonner gloire à l’Amérique et sauver le monde de cette crise financière venue des Etats-Unis. A Paris, la Mairie de Paris avait installé un grand écran sur son parvis. Un magnifique moment de fraternité. Bush, c’était fini. De nouveau, les Français aimaient l’Amérique. Les Américains étaient toujours fâchés avec le Roquefort (+300% de taxe), puisque l’Europe ne voulait pas du boeuf aux hormones (même l‘année du bœuf!). Mais on y croyait, à ce « Yes we can ! » aussi beau que le « Just do it » de Nike.
Depuis une semaine, le Yes we can a une suite : Yes we can… buy America ! Serait-ce gâcher la fête d’en parler trop ? Jeudi dernier, occupés à compter grévistes et manifestants ou toujours à comparer Michelle et Carla, peu de médias, hors la presse économique, se sont intéressés à la clause « Buy America » qui accompagne le plan de sauvetage de 825 milliards adopté par le Congrès américain. Et à la rupture, que cette clause signifie, d’une hypothétique gestion de crise au niveau mondial. Le Buy America Act est une loi issue de la crise de 1929, remaniée plusieurs fois, elle impose que tous les achats liés à des projets fédéraux (infrastructures, routes, etc.) soient issus d‘entreprises américaines. Le texte de jeudi dernier impose ainsi l’utilisation de l’acier et du fer américains, sauf s’il n’y en pas assez sur le marché (ce qui ne devrait pas être le cas, depuis septembre la production a chuté de moitié) et que le prix des produits américains ne gonfle pas la facture de plus d’un quart. La clause pourrait bientôt être étendue à l’asphalte, au ciment ou aux machines-outils.
825 milliards, magnifique ! Pas tout à fait. Dans la grande tradition américain d’un libre-échangisme isolationiste, c’est bien un retour au protectionnisme qui a été voté jeudi dernier. Certes, les règles de l’OMC, tout autant que les dispositions de l’ALENA et autres accords de libre-échange, l’interdisent, comme ont essayé de le défendre les voisins canadiens, fortement exportateurs d‘acier vers les Etats-Unis, rien n’y a fait. Le lobby de l’acier américain a été le plus fort !
Le mot d’ordre énoncé par les congressistes : « American jobs in America, not Chinese jobs in China » n’est rien d’autre qu’une guerre commerciale qui s’annonce. Dans une économie mondiale, où les gouvernements ont peu de pouvoir sur les stratégies d’investissements des entreprises, comment croire pourtant que le protectionnisme peut créer des emplois ? Plusieurs médias américains pointent d’ailleurs du doigt les dangers populistes de cette promesse politique désormais honorée. Barack Obama pourrait faire la même erreur historique que Herbert Hoover en 1933, peu avant de quitter la Maison Blanche. C’est au plus profond de la Grande Dépression qu’il acta le Buy America Act, « the innocent-souding Buy America Act » souligne le Times, qui enfonça l‘Amérique dans la récession et le monde dans le même élan.
* Les Canadiens figurent parmi les experts de la politique commerciale américaine. Le site du gouvernement canadien explique aux entreprises comment contourner le Buy America Act. On se reportera aussi utilement aux travaux du Centre d’études internationales et mondialisation de Montréal et à l’étude de Gabriel Goyette (2006), « protectionnisme et réciprocité commerciale, répertoire des obstacles au commerce maintenus par les Etats-Unis ».
* La sidérurgie française cherche son Barack Obama. En février dernier, Nicolas Sarkozy avait promis aux salariés de Gandrange de trouver une solution à la fermeture du site envisagée par Arcelor-Mittal, espérant renouveler le « sauvetage d‘Alstom ». Le rêve s’est envolé.

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