La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘politique industrielle’

Heuliez : le feuilleton picto-charentais continue

Posted by labetiseeconomique sur mai 14, 2010

Heuliez encore et toujours dans les médias. Ségolène Royal, Christian Estrosi, etc., politiques de tous bords laissaient croire que la volonté politique pouvait être plus forte que tout. De grands médecins, du plus haut sommet de l’Etat, sont venus au chevet de l’équipementier automobile. On allait voir ce qu’on allait voir. Heuliez serait sauvé, Heuliez allait être sauvé. Au pays d’Astérix, l’histoire était bien belle : aux côtés de géants, la petite entreprise de Poitou-Charente allait porter l‘avenir de l’automobile électrique made in France. Les deux premiers projets ont échoué, un troisième émerge depuis quelques semaines. Comme dans les contes mythologiques, les solutions ont parfois paru venir de contrées éloignées. Dans ce feuilleton, il y eut des turcs, des américains, des asiatiques, qui, chacun à leur tour, donnèrent aux 600 salariés l’espoir d’une potion magique. Pas à pas, depuis plus d’un an maintenant, les médias ont rendu compte de discussions qui méritent habituellement plus de discrétion. A chaque échec, la déception s’est accrue, rendant plus sceptiques les futurs prétendants. Après tant d’échecs, qui oserait maintenant? Cette semaine, on apprenait qu’Heuliez allait finalement demander sa mise en redressement financier. Morale de ce feuilleton politico-économique : en politique, « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». S’il n’y a pas un entrepreneur, avec un projet solide, si le politique impose des conditions économiquement non acceptables (reprendre tout Heuliez ou rien) même s’il crée un environnement favorable (défiscalisation, aides, etc.), cela ne sert à rien. Il serait aussi temps de dépassionner le débat et de se demander pourquoi personne ne veut d’Heuliez en entier?

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La Poste au pied de la lettre

Posted by labetiseeconomique sur janvier 24, 2010

En librairie le 27 janvier. Editions Fayard.  2010 : La Poste devient une société anonyme à capitaux publics. En pleine crise, déjà fortement chahuté par la concurrence de l’Internet, le courrier connaît ses derniers mois de protection partielle. La concurrence sera totale, ou presque, au 1er janvier 2011. Une histoire s’achève, une autre commence. Pas tout à fait. Depuis six ans, les métiers du courrier ont connu une mutation d’une envergure exceptionnelle. La Poste n’est déjà plus celle que l’on croit. 3,4 milliards ont été investis pour faire jeu égal avec les concurrents européens, eux-mêmes d’anciennes entreprises publiques, tant et si bien que sans qu’il y paraisse, La Poste est sans doute aujourd’hui à la tête du plus vaste projet de transformation industrielle et d’aménagement du territoire.   
« La Poste au pied de la lettre » est une enquête de terrain où l’on vit au rythme des milliers de postiers qui écrivent cette histoire nouvelle. Petits secrets, grands arbitrages, développements technologiques,  réflexions sur l’évolution du métier de facteur et décisions politiques émaillent ce récit qui pour la première fois décrypte une révolution sectorielle qui touche chaque Français quotidiennement à travers sa boîte aux lettres.  » J’ai partagé leurs rêves de champion européen, j’ai aussi voulu montrer leurs doutes face à un marché en déclin et leur quête d’un nouveau modèle,  associant l’économie des services et le numérique. » Catherine Malaval.

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Total, face à la fabrique de l’opinion

Posted by labetiseeconomique sur mars 14, 2009

Un article de Slate.fr revient sur l’annonce par Total de suppressions de postes dans les raffineries françaises et la polémique qui a suivi cette semaine. Le moment n’était pas le bon moment, remarquent les spécialistes de la communication. Le fut-il du point de vue de l’économie, puisqu’il s’agit ici de rapidement réorienter une production entre essence et diesel (sans licenciements secs), combien de temps attendre alors? En réalité, s’agissant de Total, le moment n’est jamais le bon moment. Cela vaut pour Total, cela vaut pour Danone en 2001 avec l’affaire LU, pour Areva ou pour L’Oréal, pour tous les champions français à l’international. L’opinion attend d’eux plus que de tous les autres, plus de vertu, plus de protectionnisme de l’emploi, elle les voudrait figés (créer de nouveaux emplois en gardant tous les autres, lorsqu’il s’agit de restructuration, c’est économique idiot, mais on a envie d’y croire)… alors qu’il faut parfois que « tout change pour que rien ne change ». Fallait-il dire « restructuration », plutôt que « suppressions »? Le débat n’est pas dans la sémantique non plus. Car là aussi, quel que soit le mot, il est toujours pris pour un autre. Et les emplois créés par Total, les investissements à venir en 2009, passent à la trappe de la non-information.

La « fabrique de l’opinion » se pose souvent comme une énigme à résoudre pour les entreprises. Sous quelle influence, politique et médiatique, se construit le récit des faits économiques dans l’imaginaire de l’opinion? Il est finalement un certain paradoxe entre le peu de confiance accordée aux médias par l’opinion et la fusion-confusion des médias avec l’opinion publique, comme l’a une nouvelle fois prouvé cette envolée médiatique à propos de Total. Là encore, un fait économique se réduit à la fonction symbolique d’événement, toute explication rationnelle du point de vue de l’économie et du marché devient inaudible du point de médias et de politiques qui s’enflamment, tous sur la ligne de départ de la course à l’échalote. Raconter à l’opinion ce que d’aucuns croient qu’elle a envie d’entendre, jouer les censeurs et les moralisateurs, alors qu’il s’agirait, surtout en période de crise, d’oeuvrer pour plus de pédagogie.

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Innovation : à la recherche du temps perdu

Posted by labetiseeconomique sur janvier 28, 2009

Le gouvernement vient d’annoncer la création d’un Grenelle de l’innovation. Revenons en arrière. En 2005, alors que le gouvernement finalisait la future loi d’orientation et de programmation sur la recherche après le succès de la pétition du collectif ”Sauvons la recherche”, c’est la quasi-unanimité de la communauté scientifique des chercheurs présents aux premiers Etats généraux de la recherche qui concluait à l’urgence d’un plan d’action, porteur d’une véritable ambition économique et industrielle : par des moyens publics accrus, par une réforme des organisations, par des financements programmatiques de long terme, par de nouvelles formes de reconnaissance du travail des chercheurs. Deux rapports présentés par le Conseil d’analyse économique (CAE), et plus en plus de voix s’élevaient pour affirmer la nécessité de poser autrement le débat hors des académismes, et d’imaginer les modèles qui feront passer de l’incantatoire à la réalité ce ”nouveau pacte entre la recherche et la société” proposé par le gouvernement.

Des enjeux à reformuler

Comme l’a avancé Michel Callon de l’Ecole des Mines, l’erreur serait de réduire le débat actuel aux seules questions des financements publics et de la réforme des organisations. L’enjeu du sursaut dépasse ces sujets pour s’inscrire, avec encore plus d’acuité, au cœur des engagements du politique – car c’est d’un projet de société dont il s’agit – et de l’économie réelle – la recherche est une source essentielle de valeur ajoutée et de croissance. Aujourd’hui, il faut faire face à la réalité d’une situation française qui s’est enlisée. Les dépôts de brevets français ont nettement baissé au cours de la décennie écoulée (6% des dépôts de brevets européens, soit deux fois moins que l’Allemagne), de même que la part de l’Etat dans le financement de la recherche-développement (70% en 1960, contre 44% désormais). De nouveaux signes confortent ce constat : la désaffection des jeunes pour les filières scientifiques, l’expatriation de scientifiques ou encore le recul des publications françaises dans les grandes revues scientifiques internationales. Or, on sait communément qu’un pays peut tirer la moitié de sa croissance de sa capacité à innover. Partant de ce morose bilan comptable, il est clair que la réflexion sur les moyens ne doit en aucun cas occulter la question du projet économique, social et industriel, qui doit sous-tendre l’action politique. Là, se joue réellement la lutte – désormais obsessionnelle – contre les délocalisations. Le maintien des emplois sur le territoire mais aussi l’appréhension de la gestion des risques doivent être revus à l’aune des politiques de recherche, d’innovation et de développement.L’histoire comme clef de lecture ? De ce point de vue, le regard des historiens des entreprises, des techniques et de l’innovation permet d’éclairer le débat actuel, et, en premier lieu, d’attirer l’attention sur deux basculements majeurs. Le premier, qui relève de la sémantique, n’est pas des moindres. Le débat s’est cristallisé aujourd’hui sur la figure du chercheur ”fondamental”, et par extension sur le scientifique et le savant, en imposant une dichotomie formelle avec les figures de l’inventeur et de l’ingénieur, et par extension le chercheur ”appliqué”. Alors même que l’environnement et les enjeux ont changé, on reste ainsi figé sur une représentation archaïque – conservatrice et cloisonnée – des lieux et des acteurs de la recherche. Deuxième basculement, celui d’une dérive élitiste négative. De plus en plus de jeunes diplômés des grandes écoles scientifiques (Centrale, Arts et Métiers, etc.) ont eu tendance, au cours de ces quinze dernières années, à préférer la finance à l’industrie… comme si le diplôme d’une grande école valait exclusivement pour sa représentation sociale, et non pour sa capacité à ouvrir à des carrières d’ingénieur-chercheur de haut niveau. La crise financière changera-t-elle la donne, les fera-t-elle revenir vers l’industrie? Au cours de ces vingt dernières années, de nombreux succès conjoints des centres de recherches des grandes écoles et d’entreprises industrielles (Thales, Snecma, CEA, etc.), ont pourtant montré l’excellence de ce type de partenariats et l’efficacité de ces passerelles technologiques (grandes écoles /universités/entreprises, et public/privé). Le mouvement de ces partenariats contractuels n’est pas marginal, il implique déjà 9000 enseignants-chercheurs.

La business history grouille également de preuves de la créativité d’inventeurs et de chercheurs qui ont su, en leur temps, investir de nouvelles disciplines (chimie, énergie, matériaux, transports, etc.), et selon le mot d’ordre de leurs anciens, ´ «  la science est une », sortir de la dimension binaire ”une invention-un chercheur” pour aller jusqu’aux applications industrielles et créer des entreprises qui sont devenues de vrais champions français et internationaux. Une des clefs de cette réussite? Un environnement favorable et l’inscription de leurs innovations dans un véritable projet économique et social constamment repensé. Pas de révolution mais une capacité d’adaptation au changement dans la continuité, par accélérations en capitalisant sur les acquis positifs, les bonnes pratiques et, de plus en plus, en bousculant les méthodes de management des projets (partenariats, incubations internes, etc.).

L’histoire montre également le poids des mécanismes nationaux de soutien dans le succès de la recherche industrielle (armement, aéronautique, nucléaire). Sur ce point, voici presque trente ans, le sociologue et économiste Yves Stourdzé avait remarquablement qualifié les rapports entre la recherche et l’industrie en France, en parlant ”d’un véritable Yalta technologique” : en France, on excellait dans la création d’innovations pointues (Concorde, Exocet, etc.), mais on était incapable de développer des innovations destinées à des marchés de masse (micro-informatique, électronique grand public, etc.). Aujourd’hui, si ce constat vaut encore en partie, il est heureusement aussi démenti. Il n’est pas de fatalité à rester prisonnier de ce ”Yalta technologique”, l’aéronautique française et européenne en est une des preuves à travers la réussite de programmes comme Airbus, comme le sont aussi les réussites du groupe Areva. Parallèlement, des secteurs qui portent aujourd’hui l’innovation comme les biotechnologies, la génétique, l‘économie numérique, ont souffert d’un double mouvement : un engagement public insuffisant d’une part, un excès de régulation contraignante d’autre part. Où est le google français? Comment progresser sans risque, au moins avec précaution? Liberté d’entreprendre, action bénéfique de l’Etat, écoute du marché : dans son ouvrage sur le ”résistible déclin des sociétés industrielles”, François Caron (1985) soulignait déjà que « la capacité créatrice du système avait résulté non pas comme tant d’auteurs l’affirment de la fusion de la science et de la technologie mais de leur dialogue constamment renouvelé ». Au travers des success stories qui la jalonnent, l’histoire de l’innovation nous apprend que la vitalité de la recherche s’inscrit simultanément dans tous les temps : le temps long de la recherche, le temps indicible de la maturation, de l’échange, de la confrontation et du renouvellement des connaissances, le temps plus court de l’application et du développement. Recherche et innovation s’enrichissent de toutes les mixités et de tous les échanges, quand, parfois, par hasard, on s’oblige è travailler ensemble : individuel et collectif, public et privé, grandes écoles et universités, entreprises et laboratoires de recherche. L’histoire le démontre, c’est dans ce jeu complexe des acteurs, dans les allers-retours d’un dialogue toujours renouvelé et aux finalités parfois différentes, dans la continuité de l’enrichissement des connaissances, que se sont toujours nichées des ruptures technologiques créatrices. (Adaptation d’une tribune publiée dans Les Echos, décembre 2005)

 

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Renault et les Français : la fin d’une histoire d’amour ?

Posted by labetiseeconomique sur septembre 11, 2008

Renault serait-il aujourd’hui prisonnier de son histoire  ?

« (…) Les racines d’une entreprise peuvent être un avantage, mais aussi un handicap », estime Robert Zarader  : Elles peuvent nuire à la mobilité, à la modernité. Jusqu’ici, Renault a réussi à trouver un bon équilibre entre sa communication « corporate », autour de ses racines, et la communication sur ses produits, à laquelle ils ont su donner une modernité. » 11 septembre 2008/ à lire sur le site de Rue 89 :  http://www.rue89.com/2008/09/11/renault-et-les-francais-la-fin-dune-histoire-damour

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Recylex face à Metaleurop

Posted by labetiseeconomique sur juillet 7, 2008

En 2003, l’entreprise Metaleurop Nord, sacrifiée sur l’autel d’une gestion industrielle internationale des affaires peu soucieuse de l’écologie, de l’histoire et des hommes, donne tout son sens à l’expression alors abstraite « patrons voyous ». L’affaire Metaleurop Nord devient alors avant tout l’affaire de Noyelles-Godault. Metaleurop SA, sa maison-mère, et Glencore, son actionnaire, transforment cette affaire de désindustrialisation et de plan social en une affaire purement juridique et financière.

C’est justement sur le terrain judiciaire que l’histoire rebondit aujourd’hui. Le 27 juin, le conseil des prud’hommes de Lens a condamné la maison mère de Metaleurop Nord (devenue Recylex) à verser 30 000 euros à 495 ex-ouvriers de l’usine de Noyelles-Godault, pour « licenciement sans cause réelle ni sérieuse ».  Recylex confirme qu’elle interjettera appel des décisions rendues, ce qui aura un effet suspensif.

Affaire à suivre.

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