La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘Piratage’

Le livre en 2009, dernière année à l’abri des pirates ?

Posted by labetiseeconomique sur mars 21, 2009

Le marché du disque et du DVD s’effondre, touché de plein fouet par la crise que traverse ce secteur. La copie illégale est un phénomène massif. Cette pratique a un impact économique, elle induit pertes d’emplois et de revenus, empêchant l’émergence de modèles économiques innovants garantissant la rémunération des droits de propriété intellectuelle. 

Le marché du livre résiste, qui entre à tous petits pas dans la révolution numérique, comme l’a souligné le rapport Patino (Ministère de la Culture, 2008). Les « readers », qui seront à la lecture ce qu’est le mp3 pour la musique, sont encore d’un usage peu confortable, même si des progrès considérables (poids, autonomie de la batterie, capacité de stockage) ont été faits depuis le flop des premiers e-books. Selon une étude réalisée par l’agence Equancy & Co et le cabinet Terra Consultants, de nombreux signes du décollage du livre dans l’ère numérique sont identifiables : les jeunes ont une pratique plus aisée de la lecture à l’écran, les supports se développent tandis que de plus en plus de bibliothèques investissent dans des contenus numériques. La Commission européenne a lancé en 2004 un projet de bibliothèque numérique qui doit offrir l’accès à six millions d’ouvrages. Cette année, l’offre de livres numérisés reste encore faible, en quantité comme en qualité (cf. le catalogue I-Tunes), mais chez de nombreux éditeurs, les projets sont dans les cartons.

Et le phénomène de piratage existe bien ! Il concerne essentiellement les livres scolaires, qui représentent toutefois 9% du chiffre d’affaires de l’édition française, avec des sites qui proposent le téléchargement gratuits de quantité de manuels. L’édition magazine pourrait être rapidement touchée, si l’on en croit les pratiques qui se développent dans le monde anglosaxon.  Dès que les supports deviendront plus confortables, on peut imaginer les phénomènes de pillage massif qui pourraient toucher l’édition jeunesse, la bande dessinée ou le roman…

Comment estimer l’impact du piratage illégal sur le secteur de l’édition ? Selon cette étude, « l’impact potentiel du piratage s’élèverait à 147 millions, soit 16 millions pour les auteurs, 21 millions pour les éditeurs, 28 millions d’euros pour les diffuseurs et 53 millions pour les détaillants ».

 

Source : Etude Equancy &Co / Terra Consultants, l’impact économique de la copie illégale des biens numérisés en France, novembre 2008.

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Forum d’Avignon, discours de clôture de Christine Albanel, ministre de la Culture

Posted by labetiseeconomique sur novembre 19, 2008

Extrait :

(…) Il est vain d’inciter les industries de la musique et du cinéma à lancer des offres culturelles sur Internet si, parallèlement, l’effort nécessaire de prévention du piratage n’est pas réalisé : car les contenus piratés capteront bien évidemment une part importante de la demande. Les investisseurs demeurent donc dissuadés de consacrer à l’amélioration de leurs propositions commerciales tous les moyens nécessaires.

C’est ce cercle vicieux – dont l’existence vient d’être démontrée par une toute récente étude des économistes Robert Zarader et Laurent Benzoni (présent parmi nous) – qu’il faut briser ! C’est l’obstacle que constitue le piratage à l’apparition de nouveaux modèles économiques stables, profitables aux consommateurs autant qu’aux créateurs, qu’il faut écarter ! (…)

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Pirates contre liberticides : halte au faux débat sur la copie illégale dans l’Internet !

Posted by labetiseeconomique sur novembre 18, 2008

Article (version longue) paru dans La Tribune (18 novembre 2008), « marier culture et croissance économique au XXIe siècle », points de vue croisés, avec Renaud Donnadieu de Vabres, ex-ministre de la Culture, membre du comité directeur du forum d’Avignon.

 

Une fois encore, les parlementaires débattent du respect de la propriété intellectuelle par les internautes. La « copie illégale », pratiquée quotidiennement par des millions de Français, suscite un débat censé opposer d’un côté des tenants du respect de la liberté individuelle, de l’autre des tenants du respect des droits de propriété intellectuelle. Liberté contre propriété, pourquoi opposer d’emblée deux droits fondamentaux conciliables dans tous les autres secteurs d’activité ? Il faut sortir de cette opposition artificielle pour comprendre la portée et l’enjeu de la révolution numérique et par là-même les effets réels de la copie illégale.

 

Le piratage intervient au pire moment de la révolution du numérique, celui où deux phases critiques sont simultanément à l’œuvre dans l’économie réelle des biens culturels : d’une part celle de l’adaptation des modèles économiques existants qui conduit à des restructurations fortes, d’autre part celle concomitante de l’émergence de nouveaux modèles économiques.

 

Musique, films, programmes télévisuels, livres : autant de productions intellectuelles, culturelles et créatives aujourd’hui « numérisables ». Et si ces œuvres sont toutes affectées par la baisse drastique de leurs coûts de duplication et de distribution, il reste que leurs coûts de création et de production, eux, n’ont pas été bouleversés. Sauf à ce que créateurs et producteurs disparaissent économiquement et socialement, ce que personne ne souhaite dans un pays si attaché au droit à « l’exception culturelle », il est nécessaire d’assurer économiquement leur place dans cette chaîne de valeur qui, rappelons-le, dépend entièrement de leur faculté à « produire de la création ». Or, si le paiement des droits, seul support viable à la rémunération des créateurs et producteurs, n’est plus assuré en raison de la pratique incontrôlable de la copie illégale, nous assisterons inévitablement à l’effondrement du cœur de l’économie des biens culturels : la création et la production, après avoir assisté à la faillite de l’édition et de la distribution.

 

Face aux défis et aux opportunités offertes par la révolution numérique, l’enjeu économique n’est aucunement de préserver un intenable statu quo en matière de production, distribution et consommation de biens culturels, mais au contraire d’assurer que le processus de « destruction créatrice » cher à Schumpeter et aux acteurs du secteur puisse se développer. Dans une période de mutations du marché où une phase d’innovation majeure est à l’œuvre, Schumpeter démontre comment le processus de « destruction créatrice » intervient pour bousculer les anciens modèles économiques et les remplacer à terme par de nouveaux, plus efficients.

 

En la circonstance, force est de constater qu’il ne reste que la seule notion de destruction. Et en l’occurrence c’est la création que l’on détruit… cherchez l’erreur. Le mode de production et de consommation des biens culturels subit en effet une destruction des repères économiques de base sans que les nouveaux modèles (musique en ligne, Video on Demand,…) puissent s’installer.

 

Les incertitudes que fait peser la copie illégale sur les retours sur investissements bloquent tout simplement la naissance de nouveaux modèles économiques. Tout cela dans la plus grande des confusions. Ainsi, le grand public ne fait-il aucune différence entre un bien proposé « librement », c’est-à-dire sans droit de propriété qui devrait lui être naturellement attaché, et le modèle économique grandissant du « gratuit ». Pourtant la différence entre les deux est énorme : dans le cas du bien proposé « librement », il y a transgression du droit d’auteur et de propriété, en d’autres termes piratage ; dans le second, celui du modèle du « gratuit », il y a respect et assurance d’une rémunération des droits par d’autres recettes, essentiellement publicitaires. On peut imaginer que le modèle du gratuit puisse prospérer à terme dans l’univers numérique, à une réserve vitale près : qu’il ne soit pas « tué » par la concurrence directe de biens circulant «librement» entre des consommateurs sans respect des droits de propriété.

 

La copie illégale interdit la croissance qui devrait succéder à la disparition des anciens modèles. Pire même, elle constitue déjà un fléau social mesurable. Nous évaluons l’empreinte économique en France de la copie illégale (sur le cinéma, la musique, la télévision et le livre) à une perte de 1,2 milliard d’euros en 2007 et à 10.000 emplois détruits en prenant en compte les effets directs (de la conception des œuvres à leur distribution) sur ces filières et les effets induits sur le reste de l’économie.

 

Mais un nombre encore plus important de personnes est concerné par cette destruction d’emplois, au regard du statut d’intérimaire très répandu dans l’industrie culturelle. Le désordre économique créé par la copie illégale n’est ni un problème moral ni un simple facteur d’incertitude pour la seule rentabilité des investissements, il est aussi et surtout une source supplémentaire de précarité pour les femmes et les hommes qui vivent souvent déjà difficilement de la création artistique.

 

Pour éviter que 10 000 autres emplois soient à nouveau détruits d’ici à 2012, au moment de l’avènement de la « France numérique », il est indispensable de laisser davantage d’espace économique à de nouveaux modèles innovants en garantissant une rémunération des droits de propriété intellectuelle. Sans quoi le nombre de créateurs et de producteurs français risque de se réduire comme peau de chagrin… Autrement dit, il n’est d’autre question que celle de la survie d’une industrie à part entière, que rien n’invite à être entièrement à part, sans respect des droits de propriété et des emplois qu’elle génère.

 

Laurent Benzoni, Professeur à l’Université Paris 2, Tera Consultants / Philippe Hardouin et Robert Zarader, co-présidents d’Equancy&Co

« L’Impact économique de la copie illégale des biens numérisés en France. Quand le chaos économique s’immisce dans la révolution technologique. », Étude Tera Consultants / Equancy&Co.

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Pour la « création créatrice », au-delà du piratage

Posted by labetiseeconomique sur novembre 16, 2008

Exception culturelle oblige, en France, débattre du piratage se réduit le plus souvent à opposer des liberticides bridant le web à des pirates, voleurs de création… Peu de place pour l’économie dans la culture ? Pourtant, une étude publiée cette semaine (Equancy&Co, Robert Zarader / Tera Consultants, Laurent Benzoni) donne une autre vision des effets économiques, sociaux et culturels, du piratage : en 2008, 10000 emplois équivalent temps plein ont été détruits dans les secteurs du cinéma, de la télévision, de la musique et, à un degré moindre, du livre. L’étude chiffre à 368 millions d’euros les pertes de recettes dans la musique et 605 millions dans le cinéma.

Et dans le même temps, l’impossibilité demeure de voir naître de nouvelles activités « créatrices », disqualifiées a priori par les risques de piratage. Schumpeter avait théorisé la « destruction créatrice » en économie. Pourquoi se satisfait-on de la « destruction destructrice » dans l’économie de la création ? La « création créatrice » permettrait un autre débat et des décisions, autres que du seul registre du droit (sanction, riposte graduée).

A Avignon, s’ouvre aujourd’hui un forum dont le thème est « la culture, facteur de croissance ? ». Et si la réponse était oui. Il suffirait juste d’un peu plus d’intelligence collective, d’information et de pédagogie économique.

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