La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘montage Ponzi’

« Le scénario de l’homme seul »

Posted by labetiseeconomique sur janvier 11, 2009

L’année 2008 a commencé avec un homme seul, un homme accusé seul, Jérôme Kerviel. Elle s’est terminée avec un homme seul, qui s’accuse seul, Bernard Madoff. L’année 2009 recommence avec un homme qui s’accuse seul, Ramilinga Raju, président fondateur du géant informatique Satyam.

« Le scénario de l’homme seul » : l’expression est apparue dans l‘affaire Kerviel, la revoici dans les affaires Madoff et Satyam, repérée dans Le Figaro ou dans Libération notamment. Comment monter une fraude aussi incroyable seul ? Comment berner les auditeurs, les actionnaires, les plus proches collaborateurs ? Comment extraire autant de charbon tout seul ? Stakhanov, lui aussi, était soi-disant seul, pour repousser les limites du travail humain au nom du communisme. En 1985, alors qu’il s’agissait de fêter l’exploit, on apprit que le mineur soviétique avait reçu un coup de main. Déception. Le mythe du stakhanovisme s’effondrait, en même temps bientôt que l‘empire soviétique. Contre-héros d’un côté, héros de l’autre, dans les deux cas une affaire de rendement ! Extraire le plus de charbon, gagner le plus gros bonus, proposer les meilleurs rendements. Au nom de quoi ? Etrange pourtant, l’analyse reste souvent cartésienne, fascinée d’abord par la technique, le montage, la combine. Il s’agit de comprendre ici le montage Ponzi, là les contrôles qui n‘ont pas fonctionné, la façon dont ces hommes s’y sont pris pour presque réussir. Réussir avant de perdre l‘équilibre, emmenant la nappe, la vaisselle et tous les invités. Ah, s’il n’y avait pas eu la crise, la belle affaire !

« L’homme seul » est une figure classique de la fiction de la littérature, héros au grand cœur ou commissaire solitaire. Une figure également adulée de l’économie réelle, qui a rythmé l’histoire des techniques de la société industrielle, ou de la recherche scientifique. En la personne du juge d’instruction, « l’homme seul » a aussi eu son heure de gloire dans de grandes affaires politico-financières.

Dans une économie mondialisée, où tout se joue et se dénoue dans le lien du collectif, dans une économie financiarisée et virtuelle, le « scénario de l’homme seul » n‘est pas crédible dans ces différentes affaires. C’est le chapitre 1. Passé le réveil violent, (hélas, le monde n’est pas celui des bisounours), voici que commence le chapitre 2, la recherche des complices. De qui ces hommes ont-il reçu un coup de main (de pioche) ?

L’année 2008 s’est terminée avec des hommes seuls, qui se sont sentis seuls et se sont suicidés. Le financier français Thierry de la Villehuchet s’est ouvert les veines, l’industriel allemand Adolf Merkle s’est jeté sous un train, le patron immobilier américain, Steeve Good, s’est tiré une balle dans la tête. Les seuls « scénarii de l’homme seul » qui soient aujourd’hui crédibles.

 

 

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Louise-Michel / Affaire Madoff : le sens de l’honneur

Posted by labetiseeconomique sur décembre 24, 2008

L’actualité apporte parfois des rapprochements étranges. Ainsi cette semaine, la sortie du film Louise-Michel et le suicide, à 65 ans, de l’homme d’affaires français, Thierry de la Villehuchet, victime de l’escroquerie de Bernard Madoff.

Les critiques de cinéma évoquent la mémoire de la militante libertaire. S’en souvient-on, la sortie du film Louise-Michel fête surtout un anniversaire, celui des 6 ans de l’affaire Palace Parfums. En décembre 2002, la direction de l’entreprise Palace Parfums, installée en Normandie, partait sans laisser d’adresse, après avoir vidé le lieu de ses équipements, à la veille de Noël. L’affaire donna forme à l’expression « patrons voyous ». Déjà utilisée à l’encontre des armateurs du Prestige, qui venait de sombrer au large de la Galice, l’expression faisait son entrée dans le langage économique. Elle sera reprise peu après dans l’affaire Metaleurop Nord, traitée dans La Bêtise économique. Dans le film de Benoit Delépine et Gustave Kervern, dix ouvrières d’une usine textile de Picardie décident de faire tuer leur patron par un spécialiste, après que ce patron a déménagé les machines pour les délocaliser en Chine. Pour se faire justice elles-mêmes, après avoir été bafouées.

Gestionnaire de fonds pour des clients européens, Thierry de la Villehuchet avait investi avec confiance dans les affaires de Madoff. Son fonds aurait perdu au moins un milliard de dollars.

Envie de meurtre ou suicide, ces deux faits d’actualité sont partenaires de cœur. Différemment, il y est question de dignité, de morale et d’honneur. Economie virtuelle contre économie réelle ? Patrons voyous contre justiciers et samourais.

 

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Les milliards perdus ont-ils tous la même valeur ?

Posted by labetiseeconomique sur décembre 16, 2008

Qui a perdu des milliards ? Le grand « jeu » de la plus grosse poire du montage Ponzi de Bernard Madoff se poursuit, au rythme des communiqués de presse publiés par les banques. Les privés, exceptés quelques célébrités, restent plus discrets. « Jeu » dit règle de jeux, hors-jeux, arbitre. Et voilà ce qui paraît incroyable. Ponzi avait réussi sa gigantesque pyramide à une époque où la communication, la maturité financière et le contrôle étaient sans commune mesure avec ce qu’elles sont aujourd’hui. 

Mais aujourd’hui ? Y-a-t-il un pilote à Wall Street ? Comment ce montage a-t-il pu passer entre les mailles des contrôles de la Securities and Exchange Commission (SEC), le « gendarme de la Bourse américaine » ? Tous égaux devant le contrôle ? « Bernie connaissait tout le monde », « c’était un homme influent », « on n’aurait pas cru cela de lui », voilà toutes les petites phrases qui composent, de commentaires en commentaires, la petite musique de la confiance… et le pouvoir d’influence que peuvent avoir certains acteurs, drapés dans leurs références et mieux placés que d’autres sur l’échiquier de la finance.  Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… Aveuglement, hyperconfiance, mais surtout, apparemment, question d’égalité et de protection.

Au-delà des montants, au-delà de la façon dont cette crise remet en cause les règles de régulation des acteurs, cette affaire est un vrai coup dur, le coup de trop qui transforme la crise de confiance en une crise de défiance. Pour la première fois depuis le début de la crise, cette affaire touche en effet différentes formes d’argent : celui de fondations philantropiques (la fondation Elie Wiesel pour l’humanité, par exemple), celui de milliardaires ou de grandes banques. Entre le blâme, la compassion et l’indifférence, on le voit bien dans les médias, le coeur balance.  Qui veut bien croire à de tels profits peut-il être surpris à la découverte du risque encouru, mais trop tard ? Tel est pris qui croyait prendre, se disent-certains ? X milliards, amputés de deux milliards, pour un milliardaire, ce sont quand même encore beaucoup de milliards ? Mais que sont x milliards, amputés de deux milliards, pour une fondation ?

Les milliards perdus ont-ils tous la même valeur ? Voilà la question que pose cette crise, voilà pourquoi, au-delà de toutes les analyses techniques qui occupent l’opinion aujourd’hui, cette crise marque une rupture majeure. Parce qu’il s’agit d’une crise du sens, d’une crise qui interroge sur le sens de l’enrichissement, sur la valeur de l’argent, en touchant toutes formes d’argent, l’économie -casino comme l’économie sociale. Bon argent, mauvais argent ? Qu’elle soit issue d’une culture fondée sur la réussite sociale pour laquelle la philantropie joue un rôle majeur dans l’accomplissement de soi ou d’une culture judéochrétienne.  Qu’elle soit américaine ou européenne, l’opinion fait le tri, le même.

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Never give a sucker an even break

Posted by labetiseeconomique sur décembre 16, 2008

Tout lecteur assidu de Lucky Luke se souvient de ce marchand ambulant, colportant sa marchandise miraculeuse de ville en ville, aux fins d’arnaquer quelque fermier trop confiant? Parfois aidé par un faux acheteur, dissimulé dans la foule… qui viendra, par son achat, gommer la méfiance des plus hésitants. Entre eux, ces vendeurs ambulants américains avaient un slogan qui en dit long : « Never give a sucker an even break » (ne laisser aucune chance à une poire)
A l’heure de la mondialisation, les nouveaux marchands de la finance restent fidèles à ces principes de base de la vente : comprendre le désir immédiat du client (ici, faire un profit rapide et substantiel), lui proposer un produit tellement avantageux qu’il ne pourra le refuser, lui faire part de références ou de témoignages qui le mettront en confiance (Just give Bernie your money, you’ll be fine). Et surtout dans le cas présent faire porter le discours par un homme à la réputation irréprochable, un self-made man humble et généreux.
Aux Etats-Unis, c’est dans le cercle le plus proche, le plus en confiance, que semblent être les plus gros perdants (selon le New York Times)… parmi les membres très choisis du Palm beach Country Club et l‘aristocratie financière de Manhattan. En Europe, qui sera la plus grosse poire du montage Ponzi qui vient d‘être révélé? C’est le « jeu » du moment. Suspens. Santander ? Fortis, bien placée une nouvelle fois ? Bnp Paribas ? HSBC? Pour l’instant, les pertes sont en millions, on évoque quelques milliards pourtant…Mais, même si quelques cours ont dévissé aujourd‘hui, personne ne veut sortir du bois et gagner le super premier prix de « la poire de l‘année ».
Ne pas révéler le premier son exposition au scandale, c’est surtout ne pas s’exposer et risquer de se trouver en plein champ, sous le feux de médias et d‘une opinion, toute prête à dégainer. Qui sera la plus grosse poire ? Demain, la suite de ce feuilleton…

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Caveat emptor

Posted by labetiseeconomique sur décembre 14, 2008

Depuis deux jours, l’affaire du montage Ponzi imaginé par l’ex-dirigeant du Nasdaq est toujours illustrée par la même image, partout dans le monde. Une image lisse et rassurante, qui en dit long sur le choc qu’a dû être la nouvelle de l’escroquerie pour tous ceux qui ont fait confiance à cet homme, réputé à Wall Street pour ses talents de financier mais aussi pour sa grande générosité. La photo date de 1999, c’est le portrait de Bernard Mardoff, chemise claire, cravate sombre, le regard efficace, face objectif. Un décor grand angle, des murs sombres, ses équipes devant de complexes écrans d’ordinateurs, des dossiers bien classés, des horloges indiquant l‘heure en quatre endroits du monde. Une image finalement étrange, comme surgie d‘un autre monde et soudainement décryptée par la violence des titres qu’elle illustre. Dans le New York Times, le témoignage d’un ami de Bernard Mardoff laisse imaginer l’onde de choc créée par cette révélation sur la face cachée de l‘homme d‘affaires : « The pain is just unbelievable. He was part of the family for so many people. There was this quiet culture of people, slightly older-money, who maybe weren’t that interested in the market, who kept saying to each other, ‘Just give Bernie your money, you’ll be fine.’ » A qui faire confiance désormais… si même Bernie n‘était pas fiable?

En 2002, Daniel Kahneman et Vernon Smith ont obtenu le prix Nobel d’économie pour leurs travaux respectifs en matière d’économie psychologique et comportementale. Ces travaux ouvrent une voie d’analyse qui donne toute sa place au récit comme un facteur d’influence des prises de positions et des décisions d‘action. Caveat emptor (« que l’acheteur soit vigilant ») disait les latins. Et pas seulement de la marchandise achetée dirions nous aujourd’hui, mais de l’histoire qui nous est racontée. Comment ne pas faire confiance à un ex-dirigeant du Nasdaq? Comment résister aux charmes d’une belle histoire et à la success story de son narrateur ? « Just give Bernie your money, you’ll be fine »…

Pas simple. Depuis Adam Smith, la science économique a construit sa boîte à outils théoriques sur la fiction de l’homo oeconomicus, un individu rationnel recherchant son intérêt rationnel et la maximisation de sa satisfaction au regard d’un calcul raisonné de probabilité. C’est pourtant cette part de sciences humaines qu’il s’agit désormais d’intégrer dans les sciences de la finance. Les grandes écoles s‘y attèlent (cf. la tribune du 12 décembre).

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La foire aux milliards

Posted by labetiseeconomique sur décembre 13, 2008

La presse s’est transformée depuis quelques mois en immense foire aux milliards. Pas une semaine ne passe sans qu’une nouvelle  incroyable ne survienne, à x milliards d’euros ou de dollars. Décembre : 26 milliards pour doper l’économie française, 192 milliards pour l’économie japonaise, 2 milliards pour l’économie belge, 80 milliards pour l’économie italienne, 15 milliards pour l’industrie automobile américaine… 

Aujourd’hui, voici « l’incroyable escroquerie d’ex-dirigeant de Nasdaq ». 50 milliards qui se seraient évaporés ! Le plus gros « montage Ponzi » jamais imaginé aux Etats-Unis ! Comment est-ce possible se demande-t-on chaque fois avec des airs indignés de vierges économiques? Et les règles de gouvernance ? Et le contrôle interne ? Et la morale ? Dépassée. Dans un monde médiatique, c’est d’abord la technique qui épate. Et les alarmes ? Et les gardiens ? Rien.  Trouver la faille.  

Le milliard, voici la nouvelle unité de compte des Etats, des banques, des entreprises, de jeunes loups de la finance voire de quelques chefs d’entreprise peu scrupuleux. Le milliard, le mot de l’année ! A quand une page entière consacrée non plus aux valeurs bousières mais à cette nouvelle comptabilité en milliards ?

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