La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘Médias’

Trucages et faits divers

Posted by labetiseeconomique sur juin 26, 2009

Les lauréats du grand prix Paris Match du Photoreportage étudiant 2009 avaient truqué leur reportage sur la précarité étudiante, le jury n’y avait rien vu et vient d’annuler le trophée. Rien vu, ou simplement été aveuglé par un miroir médiatique parfait ? Comment imaginer que ce photoreportage n‘était que trucage, quand « le vrai n’est qu’un moment du faux » dans une actualité qui privilégie les émotions, le choc visuel, et développe de plus en plus de formes d’information qui floutent la perception du réel, la téléréalité ou le docu-fiction ?

A mettre en parallèle, les derniers chiffres de l’INA sur la place du fait divers dans l’actualité. Entre 1999 et 2008, les éditions du soir ont évolué jusqu’à consacrer 10% de leur temps d’antenne aux catastrophes et faits divers. Soit une augmentation de 270%… le poids des mots, le choc des photos… de catastrophes et de nouvelles lacrymales, qui nourrissent la compassion. Les médias sont de plus en plus des « entreprises » de presse en concurrence, tant et si bien que, pour certains, la distinction entre le journalistique et le médiatique vaut parfois plus en théorie qu’en pratique…

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Quand la faim justifie les moyens

Posted by labetiseeconomique sur avril 13, 2009

De faim et de politique, il est beaucoup question en ces temps de crise, de grève de la faim par des hommes politiques et de familles qui se serrent la ceinture. En décembre dernier, une étude du Centre de Recherche pour l’Etude sur les Conditions de vie, commandée par le Haut commissariat aux Solidarités actives contre la pauvreté, soulignait les effets de la crise sur les ménages français les plus pauvres ; 60% des ménages concernés avaient changé leurs habitudes alimentaires pour des raisons budgétaires.
Que penser alors d’un élu du peuple, député ou président, qui use de sa fonction d’élu en faisant la grève de la faim, comme le ferait un sans-papier ou un prisonnier politique qui n‘aurait plus d’autre issue? Quelle image cet élu donne-t-il de sa fonction? Quelle fausse morale impose-t-il aux regards, par cette stratégie de l’émotion? Pire, que penser d’une grève de la faim « tournante », par 24 heures et à tour de rôle?

Ce sont pourtant les deux informations politiques qui ont animé la fin de ce week-end pascal. Depuis lundi, deux députés PS, David Habib et Martine Lignières-Cassous, sont en grève de la faim « tournante », pour soutenir les salariés de l’usine chimique Célanèse, située sur le bassin de Lacq. De l’autre côté de l’Atlantique, en Bolivie, le président Evo Morales a choisi le même moyen de pression, faute d’avancée au parlement de l’adoption de la loi électorale et dort sur un matelas dans le palais présidentiel. Au 3e jour pour lui, il vient d’être rejoint avec le préfet de La Paz et quelques dirigeants sympathisants.

« Politique de l’émotion des peuples » selon l’expression employée lors de la grève de Jean Lassalle en 2006 par François Bayrou, ou marketing politique du désespoir à la veille d’élections, la grève de la faim n’est rien d’autre qu’un mode de chantage. Il fut utilisé une première fois en 1984 par le député-maire Robert de Caumont, qui voulait accélérer la reconversion d’une usine Péchiney dans les Hautes-Alpes. Dans les Pyrénées-Atlantiques, bis repetita. Ce mode de chantage connut surtout un célèbre adepte, le député Jean Lassalle, qui en 2006 jeûna 39 jours dans la salle des Quatre Colonnes, pour protester contre la soi-disant délocalisation de l’usine Toyal, également dans les Pyrénées-Atlantiques. Chacun sait combien cette action, façon indirecte de prendre en otage les dirigeants de l’entreprise locale, fut marquée d’une grande ambiguïté politique. Sans doute est-ce pour cela que les deux députés, dont l’un joua un rôle de médiateur auprès du député Lassalle avant qu’il ne prît cette ultime décision, s’attachaient aujourd’hui dans les médias à ne pas être comparés au député Modem?

 

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Facebook, l’enregistrement de soi, à fleur de peau

Posted by labetiseeconomique sur avril 11, 2009

En 2001, le musée d’Orsay proposait une magnifique exposition : à fleur de peau, le moulage sur nature au XIXe siècle. Le visiteur du XXe siècle découvrait des visages figés dans le temps, sans sourire, les yeux fermés, mais si étonnement présents, figés par le moulage, des corps dont la peau révélait le froid du plâtre sur la peau, dans l’atelier du sculpteur. Cette pratique du moulage sur nature rencontra au XIXe siècle un vrai enthousiasme dans les milieux bourgeois. Comme la photographie naissante, le moulage sur nature était une façon de s’enregistrer au présent, de figer pour l’éternité la jeunesse d’un visage ou les petites mains potelées d’un enfant, de cultiver le souvenir d’une jeunesse passée par le réalisme si présent d’un moulage. Nous voici deux siècles plus tard. Et si facebook n’était que cela, un « calque inanimé de la vie »*? Plus qu’une volonté d’exister au présent, un culte du souvenir de soi ?

* Le plâtre, l’art et la matière.

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François Pérol : « un homme, une voix », le vrai sujet

Posted by labetiseeconomique sur mars 1, 2009

Cette semaine, la Picardie a laissé un temps de côté l’emballement sur la taxe professionnelle. Nos provinces, pardon, nos régions, voilà un sujet sans doute plus médiatique! Sujet encore meilleur pour s’empailler entre Pour et Contre : Paris a débordé sur l’Ile de France ! Ah, Le Grand Paris. Le « grand » Paris, pompeuse formule, on pense au Grand siècle, à Louis XIV, à Voltaire, à ce siècle où le « français du roy » peu à peu tenta de dominer les patois, le picard, le flamand, l’occitan, de faire de la France une grande puissance européenne et internationale…

Carte judiciaire, carte hospitalière, n’en aura-t-on jamais fini avec Napoléon et la géographie politique ? N’en aura-t-on jamais fini d’invoquer la Révolution? « Souvenez vous de la Révolution, disait Ségolène Royal depuis la Guadeloupe. Ça va mal finir ». Curieuse formule encore puisque pour ne prendre que deux exemples, c’est justement, en 1790 que fut créé le département, symbole de la jeune République, pour affaiblir les provinces de l’Ancien Régime. Qu’en 1791, la loi Le Chapelier mit fin aux corporatismes interdisant du même coup tout mouvement structuré d’aide et amorçant l’idée d’un Etat Providence responsable de l’aide sociale. Tout cela a-t-il mal fini?

Puissance de l’Etat et mutualisme, sont donc à l’honneur donc cette semaine, avec ce grand pari aussi du côté des banques françaises, chez les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires. Medias, observateurs, politiques… Après le temps de l’information émotion, voici celui de l’information morale. Le trouble mental est le même. On se mobilise pour débattre, polémiquer sur la nomination de François Pérol à la tête du 2e groupe bancaire français (juste derrière Crédit Agricole-LCL) et l’un des tout premiers ensembles européens. Le projet économique est passé le plus souvent au second plan. Sa nomination est-elle ou non déontologique ? Que disent les sages ? Curieuse pratique de recrutement toutefois qui n’interroge pas l’impétrant sur son projet économique ? Comment François Pérol fusionnera deux cultures qui, un grand siècle durant, ont façonné leurs différences, alors qu’elles avaient tant de points communs ? Comment managera-t-il 110 000 personnes?

En ce début d’année 2009, en pleine crise économique, quelque chose a basculé. Les deux premières banques françaises sont désormais des banques mutualistes. Voilà le vrai sujet. L’Etat revient dans l’économie… Les réseaux mutualismes, jugés ringards voici dix ans et poussés vers des modèles capitalistiques qui leur coûtent des pertes historiques, portent un modèle de gouvernance, « un homme, une voix », utile pour la réflexion sur la moralisation du capitalisme.

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Sommes-nous… bêtes ? (France inter, 26 juin)

Posted by labetiseeconomique sur juin 26, 2008

Une chronique de Philippe Lefébure (Global Eco). /// « La bêtise économique », c’est le titre d’un livre, qui vient de sortir, signé Catherine Malaval et Robert Zarader. Les 2 auteurs posent, notamment, la question du traitement de l’économie – de certaines « affaires » économiques – dans les médias.

 

Et ils n’épargent pas les journalistes. L’économie traitée comme un « divertissement », parfois « avec voyeurisme », « exhibitionnisme » et « moralisme »: les auteurs n’y vont pas avec le dos de cuillère. En fait, ils reviennent sur 3 affaires qui ont largement occupé les médias, dans un passé très récent, « 3 scandales qui ont défrayé la chronique » pour user d’un cliché journalistique. (…) Ces 3 affaires ont été très médiatiques et pour les auteurs du livre, elles révèlent, toutes les 3, un travers journalistique majeur : la préférence des journalistes pour un traitement « émotionnel », « dramaturgique »… au détriment d’un travail – forcément plus sobre – mais capable LUI de « livrer » – aux lecteurs, aux téléspectateurs et aux auditeurs évidemment – des éléments objectifs pour se faire sa propre idée des enjeux. Nous – les journalistes économiques (comme les autres) aimerions, donc, raconter des histoires – avec des gentils et des méchants… des histoires qui « font vendre ». Chacune de ces 3 affaires renvoie, ainsi notent les 2 auteurs, à des genres littéraires précis : « il y a du « Pagnol », dans l’affaire Lassalle-Toyal (écrivent-ils), de l’Agatha Christie pour LU-Danone. Et du John le Carré dans MetalEurop !

Et selon Robert Zarader, cette situation est très compliquée pour les entreprises, puisqu’en raison de cette « pression » de l’opinion – relayée par les médias, donc – une partie de leur histoire leur échappe ou leur échapperait. Quant aux journalistes, ils sont condamnés, selon les 2 auteurs à vivre et revivre en permanence ces situations : Dans l’affaire « Gandrange et Arcelor-Mitttal », est-ce que, là encore, l’émotion n’a pas primé sur l’analyse : à cause des politiques (et notamment du Président de la République, mais pas seulement lui) – à cause de l’emballement médiatique ? Robert Zarader le pense.

 
 
 
 

 

 

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