La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘Instrumentalisation’

The incredible shrinking president : Napoléon le petit

Posted by labetiseeconomique sur septembre 18, 2010

« The incredible shrinking president », la Une de The Economist continue de faire le buzz sur Internet et sur le papier. Cette semaine, Courrier International la reprend, les jambes de Carla Bruni ont disparu, reste le bicorne porté par les deux petites jambes du président. « Pauvre France, à l’étranger ton image se dégrade » titre l’hebdomadaire. Rien à voir avec l’article de The Economist. Et pourtant, cette Une force l’évidence, impossible de trouver mieux. Elle pourrait bien rester collée à l’image de Nicolas Sarkozy comme le sparadrap du capitaine Haddock.

Car seule cette image importe désormais, elle a tout capté! Il suffit d’analyser la façon dont ce papier de The Economist est présenté dans les médias. Bien souvent, seule la Une est racontée, qui s’attarde sur le contenu de l’article? En réalité, The Economist, journal libéral qui avait soutenu Nicolas Sarkozy en 2007, y reproche au contraire à Nicolas Sarkozy de ne pas suffisamment réformer! Ce n’est pas du tout ce qui a été compris. Bel exemple de storytelling visuel et de manipulation de l’opinion. La force de la Une a cannibalisé le contenu du journal, lui donnant un tout autre sens. Pour The Economist, Nicolas Sarkozy s’était pris pour Napoléon, il voulait réformer, transformer ; résultat,  il n’est que Napoléon le Petit!

Et c’est là tout le pouvoir international de cette Une. Le titre fait référence à un film de science fiction très connu dans l’imaginaire anglosaxon, mais surtout l’image est formidablement française et hugolienne, évoquant à l’évidence le terrible pamphlet politique de Victor Hugo sur Louis-Napoléon Bonaparte (Napoléon III). En 2007, les éditions Acte Sud et Jean-Marc Hovasse ont eu la bonne idée de le rééditer. Chose étrange, ce pamphlet politique parmi les meilleurs qui furent écrits, ne l’était plus en France depuis quarante ans.  A lire sans hésiter…

Extrait, fin du livre 1 : « Et voilà par quel homme la France est gouvernée ! Que dis-je, gouvernée ? possédée souverainement ! Et chaque jour, et tous les matins, par ses décrets, par ses messages, par ses harangues, par toutes les fatuités inouïes qu’il étale dans le Moniteur, cet émigré, qui ne connaît pas la France, fait la leçon à la France ! et ce faquin dit à la France qu’il l’a sauvée ! Et de qui ? d’elle-même ! Avant lui la Providence ne faisait que des sottises ; le bon Dieu l’a attendu pour tout remettre en ordre ; enfin il est venu ! Depuis trente-six ans il y avait en France toutes sortes de choses pernicieuses : cette  » sonorité, » la tribune ; ce vacarme, la presse ; cette insolence, la pensée ; cet abus criant, la liberté ; il est venu, lui, et à la place de la tribune il a mis le sénat ; à la place de la presse, la censure ; à la place de la pensée, l’ineptie ; à la place de la liberté, le sabre ; et de par le sabre, la censure, l’ineptie et le sénat, la France est sauvée ! Sauvée, bravo ! et de qui ? je le répète, d’elle-même ; car, qu’était-ce que la France, s’il vous plaît ? c’était une peuplade de pillards, de voleurs, de Jacques, d’assassins et de démagogues. Il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, et c’est M. Bonaparte-Louis qui lui a mis les poucettes. Maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l’eau, punie, humiliée, garrottée,sous bonne garde ; soyez tranquilles, le sieur Bonaparte, gendarme à la résidence de l’Elysée, en répond à l’Europe ; il en fait son affaire ; cette misérable France a la camisole de force, et si elle bouge !…—Ah ! qu’est-ce que c’est que ce spectacle-là ? qu’est-ce que c’est que ce rêve-là ? qu’est-ce que c’est que ce cauchemar-là ? d’un côté une nation, la première des nations, et de l’autre un homme, le dernier des hommes, et voilà ce que cet homme fait à cette nation ! Quoi ! il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l’insulte, il la bafoue ? Quoi ! il dit : il n’y a que moi ! Quoi ! dans ce pays de France où l’on ne pourrait pas souffleter un homme, on peut souffleter le peuple ! Ah ! quelle abominable honte ! chaque fois que M. Bonaparte crache, il faut que tous les visages s’essuient ! Et cela pourrait durer ! et vous me dites que cela durera ! Non ! non ! non ! par tout le sang que nous avons tous dans les veines, non ! cela ne durera pas ! Ah ! si cela durait, c’est qu’en effet, il n’y aurait pas de Dieu dans le ciel, ou qu’il n’y aurait plus de France sur la terre.  »

http://www.courrierinternational.com/magazine/2010/1037-pauvre-france-a-l-etranger-ton-image-se-degrade

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Vieux et nouveaux médias (III)? : »Ave Caesar morituri te salutant ».

Posted by labetiseeconomique sur août 5, 2010

Le feuilleton continue. Cette fois-ci, dans la course, un vieux média, Libération, reprend la main, creuse, fouille, cherche le scoop, essaie de tirer des fils, et fait finalement d’un document sur la succession du sculpteur César une « nouvelle affaire » Woerth (sic). Et ça marche ! 555 commentaires affichés sur le site de Libération pour l’article publié le 3 août! Et plus de mille commentaires. C’est considérable. En plein été, alors que Paris sommeille, que les ministres sont partis en vacances, l’opinion reste sur le qui-vive et même très à vif, voilà le seul fait certain. Comment raison garder quand rien n’a rien à voir avec rien, d’un côté des millions qui semblent s’envoler, de l’autre les réjouissances d’un livret A relevé de 1,25% à 1,75% ? Au pays de l’égalité et de la fraternité, tout se joue violemment dans cette opposition entre deux mondes qui se découvrent. Politiques et médias le savent. Mais qui va tomber? A suivre… Car l’opinion n’a pas toutes les clefs d’un autre match qui se joue en coulisses, où des vieux routiers de l’information, de sa construction et de sa déconstruction, ont décidé d’en découdre. Il y va de l’économie de leurs marchés respectifs. Le coup de Libé n’aura-t-il pas un effet boomerang de victimisation d’Eric Woerth? C’est l’avis d’un blogueur averti de Médiapart : « Libération contre Médiapart? »?  On pourra aussi se demander pourquoi désormais la recherche du nom « Woerth » dans Google, propose automatiquement les cinq occurrences suivantes, dans cet ordre : « Eric, Bettencourt, Florence, Peugeot et juif »…. Pourquoi tant d’internautes se sont-ils posés cette question?

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La face cachée des discours politiques

Posted by labetiseeconomique sur juin 21, 2010

Dans la veine du datajournalisme, peu couru en France mais très prisé par les médias anglosaxons, une expérience passionnante menée par un collectif américain « Sosolimited » qui, en direct lors des législatives britanniques, a analysé les discours des trois prétendants, David Cameron, Gordon Brown,  et Nick Clegg. L’expérience était retransmise en direct sur le site du Guardian. Une autre façon de regarder et d’écouter les hommes politiques. Un décryptage des mots, des contenus qui s’affiche en temps réel à l’écran. Rendez-vous en 2012?

http://sosolimited.com/

http://vimeo.com/11755205

http://vimeo.com/11712971

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Le sorcier de l’Elysée

Posted by labetiseeconomique sur avril 23, 2010

François Bazin a écrit une biographie de Jacques Pilhan, conseiller politique de François Mitterrand, puis de Jacques Chirac, dont la lecture emportera avec fracas les dernières naïvetés d‘un lecteur passionné par le marigot politique. Dans ce livre, au-delà des clivages politiques, il n’est en effet jamais question que d’une seule chose : comment, à un moment de l’Histoire, un homme peut rencontrer l’opinion et devenir président de la République. Rien de moins. Quel que soit cet homme, qu’il soit de gauche ou de droite, s‘il est façonnable ou sait se façonner. Qui est-il? Comment doit-il changer? Comment paraître pour être en phase avec l‘opinion? Quels médias doit-il rencontrer ou faut-il manipuler ? Comment? Avec quel décor? « Qu’avons-nous en magasin ?», avait l’habitude de dire Jacques Pilhan. Il fit gagner François Mitterrand, à deux reprises, l’accompagna dans son positionnement de président, lors de deux phases de cohabitation, dans la rareté de sa parole présidentielle. Il aida Jacques Chirac avec brio, qui l‘emportera après être de loin parti perdant. A travers les portraits ciselés d’Edouard Balladur, de Michel Rocard, de Jacques Delors et d’autres, la lecture des dix-huit mois qui ont précédé son élection sont absolument passionnants. La nature humaine…

Tout au long de ce livre, peu d’économie, peu de social, c’est étrange, comme si la politique s’installait hors de ces conjectures, François Bazin nous emmène ailleurs à l’intérieur de l’Elysée, de l’agence Temps public, dans des réunions, des fins de dimanche après-midi, le nez dans des centaines d’études ou sondages sur l’opinion des Français et surtout il nous emmène dans le cerveau de Jacques Pilhan. « Le maître de Temps Public », comme se plaît à l’appeler François Bazin, avait l’art et le talent de créer des situations, de décrypter les groupes humains et les caractères individuels, de les traduire sur des mapping, d’écrire le storytelling des tactiques politiques, de définir des éléments de langage rabâchés pendant des heures de médiatraining. Mapping, storytelling, etc. Tout pourrait sembler reproductible par des générations de professionnels de la communication publique et d’influence, les « spins doctors »  d‘aujourd‘hui. Non. Comment transmettre? Jacques Pilhan ne le fit guère, sans doute parce que tous ces outils ne seraient rien sans une double passion qui explique tout : celle de Pilhan pour Debord et Levy-Strauss, le situationnisme et l‘anthropologie, magnifiques clefs de lecture de cet ouvrage qui interroge sur la fonction et la posture du Président dans la Ve République, dans un monde politique où tout ne serait que constructions, spectacles et tactiques.

La citation (p107) : « Le sondage quantitatif n’est jamais considéré comme un point de départ pour une juste compréhension du réel. Il s’intègre, en effet, dans un système en boucle où les sondés répètent ce que disent les commentateurs de presse, lesquels reprennent et amplifient leurs jugements initiaux, avec la conviction qu’ils expriment l’opinion des Français. (…) Le sondage quantitatif qui éclaire, l’enquête qualitative qui précise et l’intuition qui, au final, invente la solution : pour Jacques Pilhan, cet enchaînement-là, qui plait tant à ses confrères, est la formule de l’échec garanti ».

François Bazin, « Le sorcier de l’Elysée, l’histoire secrète de Jacques Pilhan », Plon, 2009.

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Le journaliste, le politique et la langue de bois

Posted by labetiseeconomique sur février 21, 2010

Revenons sur trois échanges récents. Face à face, sur Public Sénat, un journaliste du Courrier Picard pas très à l’aise et un ministre tendu, prêt à en découdre. Nerveusement, le premier se lance en oubliant de dire bonjour, Xavier Bertrand saisit la balle au bond et accentue les deux syllabes du mot « bonsoir ». Premier revers et bonne ambiance assurée entre les deux hommes. Ces deux là nous cachent quelque chose, se dit-on immédiatement, dont l’image et l’échange verbal nous montrent seulement l’écume. Une écume qui remue des petitesses locales, une écume qui trahit les relations difficiles que les médias locaux entretiennent avec leurs politiques. Pour les premiers, comment trouver la bonne distance entre le relais, le décryptage et la critique ? Pour les seconds, basiquement, ne pas jouer un média local contre un autre. La suite de l’échange le confirme. Le journaliste est littéralement terrassé par le ministre. Indéniablement, il découvre le terrain de l’interview en direct sous les ors du Sénat, il n’a sans doute jamais couru cette distance là, le ministre a derrière lui des heures de médiatraining.  Morale de l’histoire : A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire…

http://www.wikio.fr/video/2723028 <http://www.wikio.fr/video/2723028>

Dimanche, face à face, Anne-Sophie Lapix et Marine Le Pen. Un début discutable : sauf à faire de l’audience à tout prix et se faire prendre au piège du discours du Front national, pourquoi inviter Marine Le Pen sur le sujet des hamburgers hallal de la marque Quick? N’importe qui d’autre, oecuménique et républicain, aurait pu traiter de ce sujet. L’audience, toujours l’audience. Finalement, la journaliste montre une réelle pugnacité en fin d’émission en interrogeant la politique sur une phrase de son père et finit par déclencher le rire nerveux de la fille de Jean-Marie Le Pen. Pourtant qui a gagné le match ?

http://www.wikio.fr/video/2795183 <http://www.wikio.fr/video/2795183>

Lundi dernier, autre face à face, Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat en charge de l’emploi, est sur France Inter. Le ton est parfait, il dit tout ce qu’il a à dire, il déroule ses « éléments de langage ». Aucune place pour une « conversation » ou une « discussion », cet art qui se joue à deux. Nicolas Demorand et le journaliste Thomas Legrand tentent de le désarçonner. Pas facile, l’homme est très bien entraîné au rodéo médiatique. Soudain, une micro joute s’installe. Enfin, se dit-on, il se passe quelque chose. Le journaliste explique alors qu’il cherche les aspérités dans les « mais » de ce langage si prêt à être servi. Gagné ! Le ministre finit par se trahir d’un mot : vous vous « amusez » répond-il à une série de questions qui le poussent dans ses retranchements. « Vous vous amusez »? Curieuse assertion…

http://www.dailymotion.com/video/xav5r4_laurent-wauquiez-sur-france-inter_news <http://www.dailymotion.com/video/xav5r4_laurent-wauquiez-sur-france-inter_news>

Fin 2009, Christian Delporte nous proposait une histoire de la « langue de bois » (Flammarion). Dans ses conclusions, il se posait la question : peut-on éviter la langue de bois? Il lui opposait une nouvelle idéologie médiatique, le parler-vrai, tout en étant conscient qu’aux mains des spin doctors le parler-vrai ne serait plus une nouvelle forme de la langue de bois. Dans un même élan, Xavier Bertrand, Marie Le Pen et Laurent Wauquiez? A force de médiatrainings intensifs et de surconsommation de conseillers en communication, les interviews comme les conférences de presse se réduisent à un jeu de rôles où, alternativement, le journaliste et le politique sont « putching balls » ou « sparing partners ». Ce spectacle construit d’avance ennuie et ne sert à rien.

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Tout va très bien?

Posted by labetiseeconomique sur février 5, 2010

Sortie de crise ? Les politiques la décrètent. Les experts désespèrent. Mais les opinions publiques restent dubitatives.la reprise dans l’ensemble des pays de l’OCDE se révèle timide. Même si dans quelques pays comme en France l’emploi a connu une petite embellie fin 2009, les tensions à venir sont inévitables. En 2008 et 2009, au prix de dettes publiques considérables, les Etats ont investi massivement dans l’économie et en particulier dans le système financier. Les effets de court terme sont bien là, et le soutien public a été efficace. Mais les dettes sont telles que les Etats vont retrouver plus de réserve dans leurs interventions, et les entreprises sont loin de prendre le relais. Les investissements sont atones et les plans sociaux se préparent ou se déploient en nombre. Croissance et emploi sont fragiles. Qui plus est, de façon classique, depuis longtemps la théorie des cycles nous a enseigné que les effets dépressifs sur l’emploi perdurent et qu’il faut attendre en moyenne six à neuf mois pour que la reprise ait un effet positif sur l’emploi.

Les ménages affichent une confiance modérée et brident leur retour à la consommation. Là aussi, les mesures de court terme en soutien au pouvoir d’achat vont voir leurs effets progressivement s’estomper en 2010 (prime à la casse, baisse de la fiscalité sur la consommation,…). Conjuguées aux incertitudes sur la croissance et l’emploi, les tensions sur le pouvoir d’achat vont au mieux alimenter l’attentisme des consommateurs, au pire conforter la crise de confiance. L’aversion au risque va perdurer voire s’aggraver. Tout va très bien,  donc !

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Nicolas, Jean, Le laboureur et ses enfants

Posted by labetiseeconomique sur octobre 31, 2009

Durant ces trois dernières semaines, la communication présidentielle nous a proposé un curieux collage cubiste. Certains appelleront cela du storytelling. Nous, nous appelons cela du collage. Des images réelles, collées les unes avec les autres. Les communicants de l’Elysée ont sélectionné les facettes les plus pertinentes de l’objet à déconstruire (mais qu’est-il ?), y ont apporté un peu de réalité et de matière, des fragments, chaque semaine ont ajouté de nouveaux mots : destin (Jean Sarkozy), travailler dur (discours sur la réforme des lycées), terre (discours de Poligny devant les agriculteurs), identité nationale. Tout est dans l’équilibre, disent les historiens de l’art à propos des collages cubistes. « L’exercice d’identification est inefficace pour comprendre l’oeuvre car s’impose le caractère arbitraire de la découpe, de la sélection, de l’échelle et du placement des signes. Seuls les rapports contrastés et équilibrés entre les signes comptent » (Tristan Tremeau à propos de Braque).

Et peu à peu, une image s’est construite dans nos têtes ou plutôt une fable : celle du Laboureur et ses enfants.

Travaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
« Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents :
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’oût :
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse. »
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout….
si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.
D’argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.

En 2012, la France fêtera le centenaire de la première œuvre cubiste de Picasso, Nature morte à la chaise cannée. L’Elysée s’y prépare. Merci Jean (de La fontaine).

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Trucages et faits divers

Posted by labetiseeconomique sur juin 26, 2009

Les lauréats du grand prix Paris Match du Photoreportage étudiant 2009 avaient truqué leur reportage sur la précarité étudiante, le jury n’y avait rien vu et vient d’annuler le trophée. Rien vu, ou simplement été aveuglé par un miroir médiatique parfait ? Comment imaginer que ce photoreportage n‘était que trucage, quand « le vrai n’est qu’un moment du faux » dans une actualité qui privilégie les émotions, le choc visuel, et développe de plus en plus de formes d’information qui floutent la perception du réel, la téléréalité ou le docu-fiction ?

A mettre en parallèle, les derniers chiffres de l’INA sur la place du fait divers dans l’actualité. Entre 1999 et 2008, les éditions du soir ont évolué jusqu’à consacrer 10% de leur temps d’antenne aux catastrophes et faits divers. Soit une augmentation de 270%… le poids des mots, le choc des photos… de catastrophes et de nouvelles lacrymales, qui nourrissent la compassion. Les médias sont de plus en plus des « entreprises » de presse en concurrence, tant et si bien que, pour certains, la distinction entre le journalistique et le médiatique vaut parfois plus en théorie qu’en pratique…

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Le storytelling, passage obligé des politiques?

Posted by labetiseeconomique sur juin 1, 2009

C‘est la question posée à ses internautes par Le Nouvel Economiste. « Passage obligé », la formulation a valeur d’usage. Comment faire la Une du 20h00? Comment créer le buzz dans les médias? Ségolène Royal, en storyteller du pardon, ou François Bayrou auteur d’ Abus de pouvoir, comme un écho sémantique au Coup d’Etat permanent de François Mitterrand, excellent dans l’exercice. Une idée simple, une impulsion, des sentiments, l’incarnation d’une figure héroïque. Sans se rappeler des détails, la mémoire se souvient toujours d’une prise de position en rupture et qui selon la règle des trois unités, de temps, de lieu et d’action, de la tragédie classique, permet au dramaturge politique d’établir la vraisemblance de l‘histoire. « Qu’en un jour, qu’en un lieu, un seul fait accompli, tienne le théâtre rempli », écrivait Boileau. La mémoire se souvient des mots : pardon, abus de pouvoir. Il suffit de se souvenir de l’affaire Toyal : en 2006, l’entreprise Toyal a disparu du rôle titre de sa propre histoire, effacée au bénéfice d’une fiction mise en scène en temps réel par le député Jean Lassalle dans la salle des Quatre-Colonnes de l’Assemblée nationale. Alors que « l’actualité » est une notion fondamentalement a-historique, fondamentalement volatile et périssable, la mise en récit dramatique de l’événement donne à celui-ci une perspective passée et future nouvelle. L’événement entre dans un présent historique. Alors que même répétée, même renouvelée, une information perd de son intérêt par l‘effet de saturation que crée l’arrivée de nouvelles actualités, la mise en récit la pare d’une forme de pérennité et d’éternité.

Sur le même thème, Catherine Malaval et Robert Zarader, « du Storytelling au Sorry-telling », Communication sensible, 2008

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« Someone’s Gotta Go! »

Posted by labetiseeconomique sur avril 19, 2009

 A la manière des séries américaines qui font le bonheur des chaînes par leur audience et la publicité quelles drainent, cette crise est un spectacle. Découpée en saisons et en épisodes, elle obéit à toutes les lois du genre. Héros, traîtres, passions, douleurs, rebondissements, rien ny manque. Même sil y apporte une réponse idéologique avant tout, Alain Badiou pose une question cruciale quand il demande « de quel réel cette crise est-elle le spectacle? ».

 

 

Quelqu’un doit s’en aller, c’est donc le nom d’une nouvelle série américaine développée par Endemol, qui sera diffusée sur la Fox à l‘été 2009. La série a pour décor une entreprise au bord du dépôt de bilan. Aux salariés de décider qui doit s’en aller, feuilles de salaire et aide d’un coach à l’appui ! Cynique façon de leur laisser la responsabilité d’assumer la réduction des effectifs et, par renversement, d’avoir à résoudre une situation qu’ils subissent… Non, affirme un porte-parole d’Endemol, « cela va être une expérience intéressante d’inverser les rôles de pouvoir ». De quel pouvoir cette série est-elle en réalité le spectacle? Les salariés peuvent-ils virer le boss?, s’interroge pour sa part le Washington Post. La boucle est bouclée, à force de décrire la crise comme autant d’histoires fictionnelles, l’économie réelle fait son entrée dans la fiction télévisée. Dans Loft Story, les « éliminés » retournaient dans la vraie vie. Qu’en sera-t-il pour les éliminés de « Someone’s Gotta Go! »? Bienvenue dans le monde de l’éco-réalité !

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