La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘france télévisions’

Lévy et Lévy (commentaires)

Posted by labetiseeconomique sur février 24, 2010

De nombre de commentaires à ce papier. Pour, contre, nsp. Voici en complément de nos échanges. Notre position est proche de celle de M.Habib dans le Figaro qui appelle à la vigilance et se garde de procès d’intention mal argumenté! Pour un positionnement « ni polémique,ni soviétique » mais analytique », il faut mener une analyse concurrentielle « sérieuse » selon les standards en vigueur : définition des marchés en cause, existence ou non de position(s)dominante(s) sur ces marchés, type de restrictions, effets unilatéraux et/ou coordonnés de concurrence, gain d’efficience engendrés par l’opération, etc…

Tout cela pour vérifier au total si des risques de restrictions verticales comme ceux évoqués dans l’article sont fondés ou non ; et si d’aventure ils le sont, quels remèdes structurels et/ou engagements comportementaux peuvent être proposables pour les endiguer… Je suis à la disposition de ces nouveaux défenseurs du service public que sont M.Brossard – pour qui j’ai véritablement beaucoup plus d’estime – et Mediapart pour les aider à analyser les vrais sujets économiques et éthiques..et non les guéguerres « sans compétences »

Posted in Autour de la bêtise, Polémique(s) | Tagué: , | 1 Comment »

Levy et Levy *

Posted by labetiseeconomique sur février 22, 2010

Au hasard de l’actualité et de l’homonymie, Bernard-Henri et Maurice Lévy se retrouvent au centre de polémiques médiatiques et prétendues intellectuelles. Au-delà du fond, que nous disent ces deux affaires ? Les faits d’abord : pour Bernard-Henri, la parution de deux ouvrages dont l’un d’eux fait écho des travaux sur Kant de Jean-Baptiste Botul, philosophe inventé de toute pièce par un journaliste du Canard Enchaîné, M. Pagès, qui aurait ainsi tiré un peu de célébrité de sa farce. Pour Maurice, la polémique alimentée par le « tout petit monde publicitaire » sur la reprise par Publicis, associé en la circonstance à Stéphane Courbit, de la régie publicitaire de France Télévisions.

Commençons par l’affaire Bernard-Henri. C’est vrai souvent BHL irrite, il est né beau et riche et parfois, au gré des écrits, se révèle-t-il intelligent et convaincant. De la farce Botul il a ri et admis s’être fait prendre. Il cite Botul dans le dernier chapitre de son livre « De la guerre en philosophie » (Grasset, 2010), qui s’intitule « Paradoxe des paradoxes : où en sommes nous avec la vérité ? ». Cette seule citation discréditerait dans le même mouvement ce livre, son auteur, sa pensée, son œuvre ! Rien de moins, tout serait dit ainsi et écrit. Mais du livre, de son contenu, des idées à débattre, rien. Ou presque. La guéguerre médiatique vaut mieux que la guerre en philosophie et pourtant ce livre n’était qu’une retranscription augmentée d’une Leçon prononcée en avril 2009 devant une docte assemblée à l’Ecole normale supérieure (Ulm) qui aurait sans doute laissé échapper l’imposture de Botul. Mais la presse veille, les anti-BHL, au nom de l’intérêt marketing, intellectuel ou politique, font fonctionner le piège avec efficacité. Bernard-Henri entendait rompre avec la dictature de l’opinion, le voilà de nouveau condamné par l’émeute d’internautes et quelques leaders d’opinion. Avec toujours aussi peu de critiques et d’argumentation, mais toujours plus d’insultes et d’a priori. En quoi la référence à Botul disqualifie-t-elle la pensée ? Peu importe. Notre temps n’est plus au débat d’idées. Il se réduit aux forums on line libres d’être occupés par des crétins dangereux… Où en sommes nous avec la vérité ? Pas très loin, Monsieur Lévy. Moi, je dis d’où je parle et je préfère de loin les écrits approximatifs mais souvent sincères du philosophe Lévy aux éructions des Badiou et consorts dont la rage anti-tout a depuis longtemps annihilé la capacité d’analyse.

Un Lévy peut en cacher un autre. Au tour de Maurice. Là, la polémique est policée, voire masquée. Elle pourrait elle aussi s’intituler « De la guerre en publicité », ou plutôt, en la circonstance, de la guéguerre. Délégué par ses pairs à celle-ci, Monsieur Pannaud, publicitaire, comme son patronyme l’y invitait, signe un article dans Le Monde (12 février 2010) : « publicité : le grand bond en arrière ». Rien de moins. N’est pas Mao qui veut… Ce Lévy là, Maurice, fait peur. Il est le seul vrai patron publicitaire à être connu par ses pairs, autres patrons de secteurs plus classiques. Vincent Bolloré l’est aussi, mais pour d’autres raisons. Courageux mais sans excès, dans l’article qu’il signe dans Le Monde, Monsieur Pannaud cite Stéphane Courbit et non Lov Group, en revanche Publicis et non Maurice Lévy. Symbolique de l’inconscient d’un publicitaire conscient du pouvoir de Maurice.  Là, l’argumentaire est travaillé ou prétend l’être : le Pannaud publicitaire se veut tour à tour économiste, déontologue, régulateur, sociologue et politique. L’argumentation économique qu’il relaie démontre combien la bêtise économique a la vie dure. Reprenons ses affirmations : le premier risque serait celui du conflit d’intérêt inhérent à toute concentration verticale, l’histoire de l’organisation industrielle du capitalisme est faite de concentrations verticales ! Et Monsieur Pannaud a sans doute oublié qu’il sert au quotidien les intérêts d’Omnicom, détenteur tout à la fois de TBWA, BBDO, DDB, PHD, DAS, etc.  Autant d’agences et de filiales que je n’ai pas nommées, créées pour servir l’intégration verticale et gérer des conflits d’intérêts entre annonceurs.  Faut-il, Monsieur l’économiste Pannaud interdire la concentration verticale ? Soyez un peu disruptif et avant de lire « l’idée qui tue », initiez vous à l’économie industrielle avec Michael Porter.  Deuxième risque : la distorsion de concurrence. Là, Monsieur Pannaud n’est qu’indicateur. Là, à l’image du sketch de Coluche, il s’autorise simplement à penser, autrement dit, il n’est certain de rien mais craint tout. Quelle distorsion, avec quelle régulation, quel contrôle des prix, quelle transparence ? Le troisième risque vaut son pesant de bêtise, il tiendrait à l’inégalité de traitement entre annonceurs, qu’elle soit réelle ou imaginaire. Tout est dit, la carte de l’imaginaire suffit aussi au discrédit. Du nouveau en économie : la suspicion vaudrait démonstration ? Le quatrième risque est  relatif aux menaces sur la liberté de la ligne éditoriale de France Télévisions. Dans le panneau, Monsieur Pannaud. Ne signe-t-il pas cet article dans Le Monde dont une part du capital et la régie sont détenues par Publicis. Monsieur Pannaud s’administre lui-même l’autodestruction de son argument qui au demeurant fait peu de cas de l’indépendance et de l’éthique des managers de France Télévisions. Enfin, pour conclure cette abracadabrantesque argumentaire, il s’auto glorifie et nous assène un nouveau risque, celui de la perception. « J’ai la chance d’appartenir à la première génération de publicitaires affranchis, affranchis des préjugés et des soupçons de collusion. Cette génération ne peut prendre le risque de laisser notre profession revenir  à des pratiques rétrogrades qui conduiraient logiquement à la déconsidération d’un métier qui peine déjà à se faire rémunérer à hauteur de sa valeur ajoutée. » Le voile tombe. L’argent, la valeur ajoutée, la peur de la concurrence et les mérites d’une nouvelle génération « affranchie ». « Affranchie », à combien ?Pour conclure, Monsieur Pannaud menace, les langues doivent se délier…

Les deux affaires Lévy et Lévy ont bien des points communs. Ce sont deux histoires sans argument, sans critique construite, sans réflexion et sans débat digne de ce nom, mais elles ont la même logique, celle des a priori, des procès d’intention et d’une forme de concurrence et de jalousie intellectuelle. En bref, avec Lévy et Lévy, deux polémiques pas bien catholiques à force d’être cathodiques.

* Le hasard de l’actualité et de l’imagination fait que ce titre est aussi celui retenu par Bernard-Henri Lévy pour un chapitre de Pièces d’identité (Grasset, 2010) témoignant de ses relations avec un autre Lévy, Benny.

Robert Zarader

Posted in Autour de la bêtise, Polémique(s) | Tagué: , , , | 3 Comments »