La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘developpement durable’

L’environnement, ça commence à bien faire

Posted by labetiseeconomique sur mars 28, 2010

Voici quelques mois, un opérateur téléphonique nous annonçait pour bientôt la fin de l’envoi de factures papier. Derrière une belle cause, « faites un geste pour l‘environnement », il nous était désormais proposé d‘aller regarder nous-mêmes le montant de notre facture sur Internet. Nulle part il n’était question de nous rembourser les économies ainsi faites par cette dématérialisation : l’enveloppe, le timbre et tout le toutim. Un détail pour chacun de nous, mais des millions d’euros économisés pour les opérateurs téléphoniques. « L’environnement, ça commence à bien faire », oui, quand il s’agit de se draper dans du « green-washing », quand le prétexte écologique est l’arbre qui cache la forêt d’une stratégie de rationalisation économique. Mais, c’est certain, écrire à un consommateur « dans un intérêt bien compris d’économie de papier, de gestion et de rationalisation de notre facture postale, vous ne recevrez plus de courrier de notre part » serait bien maladroit. Mieux vaut le sensibiliser, le rendre responsable, dans le double sens du terme. Ne pas même prendre le soin de lui dire « faisons un geste pour l’environnement »… Non, le mettre seul face à lui-même par cette injonction : « faites un geste pour l’environnement »! Vous, oui, vous là, « faites un geste pour l’environnement ». Quoi ? Des mois qu’on vous le répète et vous n’avez toujours pas opté pour la facturation sur Internet? On le fera pour vous… pour nous.

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Le paysan et le facteur à la croisée des mondes

Posted by labetiseeconomique sur mars 1, 2010

Ce week-end a ouvert le Salon de l’Agriculture, cette semaine des milliers de petits franciliens vont découvrir une ferme géante, en pleine campagne électorale de nombreux politiques vont s‘y presser, partagés entre regards sur l‘avenir et syndrome Amélie Poulain. Aujourd’hui, La Poste devient une société anonyme à capitaux publics et partout dans les médias, c’est sans doute la figure du facteur qui va incarner la représentation de cette entreprise publique en pleine mutation, plus précisément le facteur à la campagne. Dans son dernier numéro (n°9, hiver 2010), la revue XXI a ainsi consacré dix pages à un reportage du photographe Jean-Luc Luyssen  (agence Gamma), parti dans le Morvan à la rencontre d’un facteur rural, « dans le contexte de la réforme postale ». De page en page, l’ombre de Depardon plane, et celle de son reportage sur les paysans. On pense aussi à Bienvenu chez les Ch’tis. Agriculteurs ou facteurs, aux uns comme aux autres, l’opinion est attachée comme à un patrimoine, voudrait que demeurent évidemment ces liens à la terre et aux autres, en oublie tout sens critique (ce que fut l‘agriculture intensive, ce que freinent les corporatismes, etc.)… Elle y est attachée comme citoyenne, moins regardante en tant que consommatrice de produits de grande distribution à moindre prix ou comme internaute qui envoie de moins en moins de courrier. 

Pour les agriculteurs, depuis peu appelés de nouveau paysans, comme pour 100 000 facteurs, la crise économique a accéléré les enjeux de transformation de leur métier, elle a rendu plus visibles les paradoxes de l‘opinion. Plus que jamais, elle montre leur utilité dans l’aménagement du territoire et la vie locale. Les premiers traversent une période difficile : baisse des revenus, volatilité des cours, etc. Les seconds voient leur sacoche se vider, en 2009, le volume du courrier a chuté de 6%. Etre à même d’aller au domicile de chacun des Français, six jours sur sept porter du courrier, techniquement, La Poste sait faire et c’est d’ailleurs un atout concurrentiel important. Mais s’il y a moins de courrier à porter, que faire? Pour les uns comme pour les autres, la crise économique interroge les modèles économiques, le sens des métiers et leur transformation. « Le paysan du futur aura plusieurs visages, analyse Marion Guillou (directrice de l’INRA et membre du think tank de Bruno Le Maire sur l’avenir de la PAC) : céréalier, aquaculture agro-forestier. Au quotidien, il sera à la fois technicien et naturophile, capable de marier technologie et écologie ». Le Salon de l’Agriculture est aussi une vitrine de la recherche agronomique française, la deuxième au monde. Il faut sur ce point être positif, même si, en pleine campagne électorale, il fait bon flatter la fibre nostalgique. Quel visage aura le facteur de demain? La Poste expérimente : portage de médicaments ou relevé des compteurs de gaz par exemple. Et si d’autres expressions d’un service public étaient possibles, tout aussi citoyennes?

Tandis qu’on parle d’Europe et de mondialisation, dans la transformation de ces deux métiers, dans l’enrichissement de leurs savoir-faire par la technologie ou de nouveaux métiers, c’est la France de l’économie réelle qui se transforme. Agriculteurs et facteurs : l’évolution de leur métier est un enjeu de société fondamentale tant les uns comme les autres sont des acteurs essentiels de la vie locale, tant il s‘agit aujourd‘hui de concilier développement économique et responsabilité écologique pour les uns, développement économique et responsabilité sociétale pour les autres.

Catherine Malaval, La Poste au pied de la lettre, Fayard, 2010

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Dette des Etats : l’introuvable principe de précaution

Posted by labetiseeconomique sur janvier 27, 2009

Le développement durable est « un développement qui répond aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». La définition, ainsi écrite dans le rapport Notre avenir à tous (Commission Brundtland), valait en 1987 pour l’environnement. Elle s’applique aujourd’hui en matière d’investissement, de recherche et d‘innovation, alors que le gouvernement lance un nouveau Grenelle, consacré cette fois-ci à l‘innovation. Elle s’applique aussi à la question de la dette publique. Comment sera financé in fine le sauvetage des banques ? Première édition et bientôt Deuxième édition. De quel principe de précaution s’entoure-t-on ? En matière environnementale, le principe de précaution a été inscrit dans la Constitution en 2005, en y adossant la Charte de l‘environnement. Pour ou contre l’inscription du principe de précaution dans la Constitution ? Le débat anima de nouveau la communauté scientifique, les juristes et les politiques en 2007 lorsque la Commission Attali proposa de revenir sur ce point. Ne peut-on admettre que la tentation de réduire (voire le fantasme d’abolir) le risque, au nom de ce principe de précaution, pèse sur la dynamique de l’innovation et de la recherche? Ne faut-il pas relire l’histoire et mieux considérer une vision du progrès qui a fait ses preuves, où l’inconnu et le risque étaient partie intégrante de la recherche? Ne faut-il pas tout simplement faire confiance aux chercheurs et admettre que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »?Pour les défenseurs de l‘environnement, le principe de précaution est l’un des piliers du développement durable. Dont acte. Revenons donc aux générations futures et à la dette publique, en opposant à la finance ce qui l’a été la science en matière de risque. De quel principe de précaution ne s’est-on pas entouré, même finalement, en tirant les leçons de l’affaire Enron ? En 2009, le total des emprunts des Etats va franchir la barre des 3000 milliards de dollars. 3000 milliards de dollars! De quel principe de précaution s’entourent les Etats en s’endettant à des hauteurs si considérables ?

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