La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘Délocalisations’

se relocaliser

Posted by labetiseeconomique sur mai 19, 2011

Dans la série « les nouveaux mots » de la science économique régionale, voici la « relocalisation », pendant positif de la « délocalisation ». L’augmentation des coûts de production en Asie, la hausse des prix du pétrole, la réussite d’entreprises qui réussissent à produire en Europe tout en restant compétitives, la mode des petites séries, mais aussi l’argument écologique incitent certains secteurs (le textile par exemple) à se poser la question du retour au plus près des marchés de consommation. C’est Décathlon qui installe B’twin en France par exemple.

S’interrogeant en 2005 sur les facteurs d’accélération des délocalisations, un rapport du Sénat faisait l’analyse suivante, « une dichotomie de plus en plus marquée apparaît entre les trois statuts simultanés de l’individu « employé » / « consommateur » / « citoyen ». Elle s’exprime par une contradiction entre la recherche permanente des prix les plus bas (logique des bonnes affaires), la non réceptivité du consommateur aux discours de consommation citoyenne (on se rappelle du peu d’impact d’une campagne de sensibilisation autour du concept « nos emplettes sont nos emplois ») et les multiples revendications sociales de ces mêmes individus. Le phénomène semble comparativement plus fort en France que dans d’autres pays (États-Unis, Allemagne…) où la consommation « nationale » est privilégiée. »

La crise est passée par là, la tendance est souvent au repli sur soi. Le consommateur pourrait jouer le jeu et se laisser séduire par un discours « made in France » et même au plus près de chez soi, dans sa région ou dans sa ville . En la matière, les résultats du mouvement « jerelocalise » lancé en Bretagne est donc à observer. 

Publicités

Posted in A voir | Tagué: , , | Leave a Comment »

les derniers jours de Sediver, à Saint-Yorre

Posted by labetiseeconomique sur juin 13, 2008

Didier Le Gorrec, Journaliste indépendant

Bravo pour votre livre, qui met en valeur une certaine dérive du traitement médiatique et politique des affaires de ce type. Dans les questions liées aux fermetures de site, la vérité est rarement dite car elle n’arrange ou n’intéresse personne. Je voudrais dire deux mots ici de l’affaire Sediver, à Saint-Yorre, qui semble tout à fait bien correspondre à ce que vous nommez pertinemment la « bêtise économique ». L’entreprise a d’ailleurs rapporté ces événements dans un « Livre Noir », n’ayant pu trouver d’autre solution pour que l’on écoute sa version des faits. Constatant une perte de compétitivité de son site auvergnat (par rapport à son principal site de production transalpin, le coût de l’heure de travail à Saint-Yorre y était plus élevé de 87 % et le coût par personne et par an, de 57 %), Sediver, qui fait partie du groupe italien Seves, a voulu fin 2003 en finir avec la dégradation chronique de son bilan sur 8 exercices. Début 2004, la direction a demandé la consultation du Comité central d’entreprise sur un projet de fermeture. Après une première période houleuse de négociations marquées par une stratégie de blocage de la part du CCE (absence aux réunions, refus de signer les PV), Sediver a proposé finalement un projet alternatif visant à sauver 166 emplois sur 286, soit plus de la moitié des effectifs, sans compter les possibilités de départs en pré-retraite (pour une cinquantaine de personnes ni les reclassements). Le Groupe s’est alors dit prêt à investir 10 millions d’euros pour adapter l’outil industriel à de nouvelles fabrications. Un projet que l’État était prêt à soutenir {via un « plan Sarkozy », ce dernier étant alors ministre de l’Économie et des Finances} et que le Préfet a qualifié de « sérieux ; cohérent et fiable ». Mais ce plan de sauvegarde a été refusé par le CCE. Et le site a donc fini par fermer.
Il est une chose de constater le jusqu’auboutisme qui a alors été mis en œuvre par les instances représentatives du personnel (blocage des fabrications, demande d’augmentation des salaires de plus d’un tiers, proposition d’un plan B non viable, refus de signer les PV de réunion, recours systématique à l’obstruction, etc. ). Bien que contre-productif dans le cas de Sediver à Saint-Yorre (puisqu’aucun emploi n’a été sauvé de ce fait), il fait partie d’un jeu traditionnel d’intimidation et de défense des intérêts, même si ce jeu est allé un peu plus loin dans ce cas.


Il est autre chose d’analyser le traitement politico-médiatique de cette « affaire Sediver ». Avec un constat clair : les protagonistes de cette affaire ont fait l’objet d’un écho différencié dans les médias. « L’aventure humaine » étant plus encline à captiver le lecteur que « l’aventure économique », c’est l’histoire du personnel de l’usine de Saint-Yorre qui a servi de « prisme » pour évoquer le conflit. De facto, l’opinion de l’intersyndicale, ainsi que ses arguments, ont été repris dans la presse régionale et locale comme autant d’éléments supposés (et en quelque sorte légitimés) d’un récit objectif des événements. Une portée médiatique d’autant plus large qu’autour du « problème Sediver » se sont cristallisées les difficultés économiques du bassin d’emploi de Vichy-Cusset et, au-delà, celles du département et de la région. Les préoccupations actuelles de la population (en premier lieu, l’emploi et les délocalisations) ont servi de caisse de résonance à l’affaire Sediver. Dans ce contexte, les élus locaux (municipalité, conseil général, conseil régional) ont eu tendance à se positionner comme porte-parole des salariés de Sediver en particulier et de la population auvergnate en général. Ainsi ont-ils régulièrement demandé des comptes aux autres acteurs que sont l’État (ministère, préfecture) et l’entreprise. Réflexe légitime, à bien des égards : ils sont les représentants du peuple, élus par lui. On peut regretter toutefois que la classe politique locale (et parfois nationale) n’ait pas souvent développé auprès de son électorat une « pédagogie de la réalité » qui aurait contribué à sauver un nombre très important d’emplois. L’un des faits les plus caractéristiques de ce traitement médiatique est l’utilisation à tout bout de champ du mot « délocalisation » dans la presse, en particulier régionale et locale. Parallèlement au plan de sauvegarde de ce site non rentable, le groupe Seves a en effet souhaité rapprocher sa production de sa clientèle chinoise. Pour le groupe, l’ouverture d’un site de production en Chine avait pour but de se rapprocher de ce marché local, où les prix pratiqués sont très inférieurs aux prix européens. C’était donc produire en Chine pour vendre en Chine, ce qui n’a rien à voir avec une délocalisation « off shore » qui serait destinée à vendre à bas coût en France.

Dans cette affaire, la politique politicienne a donc pris  le pas sur toute réflexion d’ensemble de la part des élus, notamment locaux. À cet égard, certains politiciens ont alimenté dans la communauté locale l’espoir de modifier les décisions de l’entrepreneur. Une attitude que l’on peut qualifier d’irresponsable sur un plan social : dans un pays de droit où les stratégies industrielles sont clairement élaborées par l’entrepreneur (ce que ces politiciens n’ignorent pourtant pas), alimenter de tels espoirs signifie sacrifier les travailleurs et leur famille au bénéfice de la prise de parole politique.

De ce point de vue, les propos tenus  par le maire de Vichy, au conseil municipal du 8 juillet 2005, ont témoigné d’un renversement de situation notable. « Cela fait un an que je m’interdis de répondre aux attaques dont fait l’objet {le plan} Sarkozy, un an que j’ai envie de crier à la manipulation, a déclaré Claude Malhuret en séance. Maintenant que tout est fini, je ne vais pas me gêner. Parce que moi, je n’ai rien à me reprocher, contrairement à tous ces irresponsables qui ont conduit au gâchis. Aujourd’hui, chacun sauf vous {à l’adresse de l’opposition municipale} s’est aperçu de la réalité. La réalité, c’est qu’au nom des grands principes, il y a eu zéro emploi à Sediver, c’est qu’on est passé à côté de 160 emplois. Aujourd’hui, tout le monde a compris que les arguments de ceux qui ont refusé le plan Sarkozy, c’était du vent. Un jour ou l’autre, il faudra bien dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. » Des propos qui se passent de commentaires…
 
 
 
 
 

 

Posted in Autour de la bêtise, Derniers articles, Histoires d'hier | Tagué: , , , | 11 Comments »