La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Posts Tagged ‘capitalismes’

Dans les comptes de la crise

Posted by labetiseeconomique sur septembre 29, 2010

Dans le numéro de la revue Le Débat, daté de septembre-octobre (n°161), une contribution fort intéressante de Jacques Richard, « Comment la comptabilité modèle le capitalisme ». Professeur à Paris Dauphine, il propose une analyse de la crise vue de l’histoire de la comptabilité, du XIXe siècle aux normes IFRS. Selon lui le capitalisme, au regard de l’évolution de ses normes comptables, a traversé trois phases : au XIXe siècle, un capitalisme prudent, « de valeur liquidative », autrement dit « effrayé par l’idée de faillite », « obsédé par l’indépendance et l’autosuffisance » et d’abord comptable de ses pertes potentielles, puis un capitalisme « de valeur réalisée », enfin un capitalisme « anticipateur », comptable imprudemment surtout de ses profits potentiels.  « Ce n’est plus la peine d’attendre qu’il y ait des ventes réalisées, il suffit d’espérer que les profits apparaissent. (…), écrit-il, pointant les dangers d’une part de ce capitalisme boursier qui perdure, quand bien même la crise et ses corollaires, les stratégies financières d’endettement, le court-termisme absolu, ont été largement analysés, d’autre part, les théories développées par les partisans de la « full fair value : « leur projet, c’est de faire de la comptabilité carrément le reflet d’une valeur boursière théorique. On gèrerait l’activité des entreprises comme on parie en Bourse ». Finalement, il défend la recherche de nouvelles règles, notamment la prise en compte du capital humain dans les bilans et pas seulement, quelles que soient les formes de capitalisme, le « capital financier fait par l’homme ».  D’autres contributions sont à lire dans ce numéro qui donne suite à des thèmes déjà abordés, notamment le déclin de la gauche occidentale et l’analyse de l’après crise.

http://www.le-debat.gallimard.fr/

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A la recherche d’une nouvelle croissance

Posted by labetiseeconomique sur juin 27, 2010

Voici le thème d’actualité choisi cette année par le Cercle des Economistes, présidé par Jean-Hervé Lorenzi, à l’occasion des 10e Rencontres d’Aix en provence, du 2 au 4 juillet 2010. Nouvelle croissance? Pourquoi nouvelle ? Et au-delà du court terme, quelles perspectives de croissance à long terme?  A suivre.

Session du vendredi 02. Les années à venir, croissance ou décroissance : Les années à venir vont probablement accentuer la différence entre le potentiel de croissance des pays riches, limités par de fortes rigidités, et les pays émergents marqués par une frénésie de croissance et de création de richesses. Cette problématique suscite de nombreuses questions sur les limites de la croissance globale : effets du réchauffement climatique, notamment dans les pays les plus pauvres, croissance probable des inégalités, bouleversement des équilibres politiques du fait de la croissance démographique inégale. Par ailleurs, une question se pose sur la qualité d’une nouvelle croissance dans les pays riches. Croissance verte ? Risque d’apparition d’une bulle verte.

Les années à venir, conflits ou coopérations ? Après 20 ans de mondialisation, la rareté des ressources, la crise, le retour des États comme acteurs déterminants, la tentation du patriotisme économique, tout cela peut introduire des facteurs de tension dans les relations internationales. Rien, pourtant, ne serait pire que de renoncer aux bénéfices d’une économie ouverte : comment, dans le prolongement de ce qu’a amorcé le G20, développer les mécanismes de coopération qui maximiseront les chances de retour à une croissance durable ?

http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/spip.php?article336

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L’abeille et l’économiste

Posted by labetiseeconomique sur juin 20, 2010

Pour nombre de nos contemporains, la finance est devenue scandaleuse. Yann Moulier Boutang (L’abeille et l’économiste, Carnets nord, 2010) prend le contrepied de cette vue de l’esprit : sans finance, pas d’économie, avance t-il ; en revanche, la finance ne mène pas forcément au chaos. Voyons la crise sous un autre angle que la doxa des économistes à la mode : la crise n’est pas économique, c’est une crise de l’économie ; ce n’est pas une crise de la finance mais une crise de la croissance. L’accumulation des profits s’approche du moment où elle n’a désormais plus de sens ni de légitimité. Nous sommes en train de passer d’une économie de l’échange et de la production à une économie de pollinisation et de contribution. D’où ce titre : L’abeille et l’économiste. Les hommes doivent faire du miel mais aussi polliniser. Un livre à lire.

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Perte d’identité aux Caisses d’Epargne (paru dans La Tribune, 30 octobre 2008)

Posted by labetiseeconomique sur octobre 30, 2008

Tribune parue dans la rubrique Opinions. « Les relations que l’entreprise entretient avec sa culture et son histoire sont propres à chacune d’elles, écrivait l’historien François Caron, en préface d’un ouvrage consacré aux 75 ans de la Caisse Centrale des Banques Populaires. Une identité trop affirmée, trop respectueuse des traditions, peut-être un obstacle à son adaptation à l’environnement macroéconomique et devenir mortelle. A l’inverse, une gestion fondée sur une quête ininterrompue de la modernité qui rejette, sans ménagement, l’héritage du passé, peut déboucher sur une perte d’identité, tout aussi mortelle. La culture d’entreprise peut tout à la fois la détruire ou la sauver ».

 

A l’échelle de l’histoire bancaire et du crédit populaire, sur fond de crise financière mondiale, en quinze jours à peine, deux événements ont brutalement marqué la fin d’une époque : l’affaire des 600 millions des Caisses d’épargne (750 millions apprendra-t-on plus tard), des fonds propres joués sur la table du grand casino et perdus en deux temps trois mouvements par quelques traders échappés de la matrice de l’économie, et l’annonce d’un rapprochement possible avec les Banques Populaires. En vingt-cinq années d’une quête ininterrompue de modernité, ces deux groupes bancaires génétiquement liés à l’économie réelle ont ainsi voulu à tout prix pratiquer les mêmes métiers que leurs concurrents – les grandes banques diversifiées – et, au risque d’y perdre beaucoup, ont joué avec leur identité. Ah, être une banque comme les autres, financière et internationale, le rêve enfin réalisé pour les Caisses d’épargne, après tant et tant d’années de condescendance des banques de La Place puis vingt-cinq années de développement accéléré depuis cette loi de 1983 qui permit « la métamorphose en groupe bancaire moderne ». S’en suivit la prise de contrôle d’Ixis, la création de Natixis, le rachat de Nexity et bien d’autres opérations. Finalement, près de deux siècles après la création des premières Caisses d’épargne en 1818, quel grand écart avec le projet philanthropique de leurs deux fondateurs, le baron Benjamin Delessert et le duc François de La Rochefoucauld-Liancourt ! Et pourtant quelle formidable actualité des mots et des ambitions de ces deux hommes! N’espéraient-ils pas tous deux « faire comprendre au peuple les bienfaits, on peut presque dire, les miracles de l’économie », défendant, par la pratique de l’épargne, une morale fondée sur le travail et la prévoyance individuelle?

 

En octobre 2008, peu de bienfaits pour le peuple, une morale introuvable et point de « miracles de l’économie » pour les Caisses d’épargne et leurs dirigeants… Mais dépassons un moment l’incident à 600 millions pour nous interroger sur le sens caché du rapprochement programmé et aujourd’hui contraint de ces deux institutions nées d’ambitions différentes, l’une pour le soutien du crédit populaire, l’autre, pour celui des petites et moyennes entreprises. Ce sens caché, c’est celui évoqué par une étonnante combinaison de l’héritage idéologique libéral du XIXe siècle et de l’héritage idéologique radical de la IIIe et de la IVe République ! A leur création et durant les Trente Glorieuses, tant les Caisses d’épargne que les Banques Populaires ont en effet constitué une pièce maîtresse d’un projet social et politique, destiné d’une part, à insuffler des comportements capitalistes, l’épargne, l’investissement, etc., dans les milieux populaires, d’autre part à favoriser l’assise sociale et l’essor d’une classe moyenne principalement composée de petits entrepreneurs. L’histoire de ces banques se confond avec l’histoire de leur clientèle historique, les classes moyennes notamment, qui a joué le rôle structurant que l’on sait dans la croissance économique et le développement d’une consommation de masse, et figure au cœur de la crise sociale actuelle. Vingt-cinq ans de banalisation des Caisses d’épargne et des Banques Populaires, c’est aussi vingt cinq ans d’éloignement de cette clientèle qui leur était naturelle.

 

L’Etat a favorisé en permanence la consolidation du lien entre ces groupes bancaires et une classe moyenne dont il faisait son socle politique. Durant l’entre-deux-guerres, l’Etat a donné aux Banques Populaires les moyens d’exister tandis que les Caisses d’épargne bénéficiaient avec La Poste, du monopole de la distribution du Livret A. Même si l’Etat n’est plus le financier des Banques Populaires depuis longtemps et que la banalisation du Livret A est programmée au 1er janvier 2009, la « colère » gouvernementale contre les Caisses d’Epargne et leurs dirigeants à la suite de cet incident à 600 millions d’euros reste une illustration du rapport inconscient et du lien génétique qui lient l’Etat au futur groupe bancaire. C’est une première lecture de la colère du Président. Une seconde lecture existe, plus politique celle-ci. Alors que le désenchantement des Français s’accroît à mesure que décroît leur pouvoir d’achat et que la crise financière devient récession, cet obstacle inattendu n’a-t-il pas mis à mal, ne serait-ce qu’en apparence, son projet politique qui vise l’émergence d’un nouveau capitalisme populaire national, exprimée dans les mots et dans cette ambition « récente »  de refonder le capitalisme, du désormais célèbre Discours de Toulon aux prochaines Assises de l’UMP? Aux côtés de grandes banques internationales comme BNP Paribas, nécessaires pour affronter un concert de concurrence mondiale, ce néo-capitalisme a plus que jamais besoin en temps de crise de « sa » banque. Fort de ses liens originels avec les classes moyennes dans toutes leurs dimensions, le groupe Caisses d’épargne – Banques Populaires incarnait à ses yeux une solution idéale, il continue de l’incarner…même à 600 millions d’euros près.

 

CM/RZ

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