La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

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Papier contre internet, un débat stérile

Posted by labetiseeconomique sur octobre 5, 2010

Voici quelques jours, nous nous interrogions sur la nature économique de l’initiative de Leclerc, invitant ses clients à dire non aux prospectus et à s’attaquer avec lui à une « pollution emblématique ».  Outre l’impact de cette décision sur plusieurs secteurs économiques à forte main d’oeuvre, la filière papier d’une part, les spécialistes du marketing direct et de la distribution en boîtes aux lettres d’autre part, nous nous interrogions sur le risque économique d’une telle décision et sa véritable nature. En effet, les deux médias, si leurs usages sont bien positionnés, peuvent être tout à fait complémentaires économiquement, et à impact environnemental comparable. Faisant ce constat récemment, des pure-players de l’internet se sont d’ailleurs lancés dans l’édition papier (Médiapart, Backchich, Le Monde et son nouveau mensuel, etc.) . L’impact de l’informatique sur l’environnement (rubrique Signaux, Le Monde 2, 2 octobre ) est par ailleurs loin d’être nul. Aujourd’hui, l’informatique produit 5% des émissions carbone, 10% dans dix ans, autrement dit en 2020, date objectif du programme Leclerc. En réalité, le débat papier contre internet, s’il paraît vertueux et nourrit efficacement une communication citoyenne dans le vent, est un débat aussi faux que stérile. L’informatique « verte » est même un concept très nouveau. En 2010, la société Atos était ainsi la première société de services informatiques à communiquer ses réalisations en matière de développement durable, des réalisations qui permettent à ses clients de réduire leur empreinte carbone. Finalement, comme le chantait Régine « Laissez glisser Papier glacé Les sentiments Papier collant Ça impressionne Papier carbone Mais c’est du vent »…

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Atos, les activistes et le syndrome d’Artagnan

Posted by labetiseeconomique sur juin 1, 2008

La Tribune – 15/05/08 – 763 mots / La chronique du cercle des économistes – OLIVIER PASTRÉ, PROFESSEUR À L’UNIVERSITÉ DE PARIS VIII ET ROBERT ZARADER, PRÉSIDENT D’EQUANCY & CO

Tout le monde croit connaître le commandant des mousquetaires du roi Louis XIV au travers du célèbre roman d’Alexandre Dumas. Mais il n’en est rien. On ne sait pas ainsi que c’est lui qui avait arrêté Fouquet avec Athos, Porthos et Aramis. Mais, surtout, on ne sait pas qu’il est mort en défendant la France à Maastricht. En 1673 déjà, un Français payait de sa vie l’invasion de la France par les capitalistes venus de l’étranger (à l’époque des Hollandais).

L’industrie des services informatiques française est aujourd’hui menacée et, en première ligne, Atos, numéro deux du secteur. Cette industrie est stratégique. Elle croît cinq fois plus vite que le reste de l’économie. C’est aussi un important bassin d’emploi (800.000 postes), le premier pour les cadres. Selon les prévisions les plus réalistes, 150.000 pourraient être créés d’ici à 2015. Par ailleurs, ce secteur est probablement le plus innovant. Il permet donc à la France de participer activement au processus de Lisbonne visant – sans réel succès à ce jour – à faire de l’Europe le numéro un mondial de l’économie de la connaissance, seul moyen de lutter efficacement contre l’irrépressible montée en puissance des pays émergents. Or que se passe-t-il pour nos champions nationaux dans ce secteur ? Qu’il s’agisse de Cap Gemini (90 %), d’Atos (80 %), de GFI (80 %) ou de Steria (75 %), le capital de ces entreprises est  » flottant « , c’est-à-dire soumis aux appétits des investisseurs étrangers à la recherche de plus-values faciles pour compenser leurs pertes sur le marché des subprimes et, plus généralement, de la titrisation. Or que feriez-vous si vous étiez un hedge fund ?

Aller faire son marché…

Ne pouvant plus investir, pour quelques années, dans l’immobilier ou la finance, vous chercheriez des relais de croissance dans les industries à fort potentiel de développement. Donc les services informatiques. Et vous iriez faire votre marché dans les pays leaders de ce secteur qui n’ont pas une politique protectionniste avérée. Vous n’iriez donc pas aux États-Unis, au Japon et en Allemagne. Vous choisiriez tout naturellement la France (numéro cinq mondial du secteur), en profitant de la baisse des cours boursiers (- 27 % en 2007), ce qui vous donnerait l’impression d’acheter des produits Chanel ou Dior en hard discount.

C’est là où les fonds activistes interviennent.­ Ces fonds, en achetant quelques pourcentages d’entreprises qu’ils estiment sous-valorisées, font basculer le contrôle d’entreprises souvent séculaires et, presque toujours, s’en repartent une fois les entreprises démantelées et leur plus-value réalisée. Ces fonds ont parfois une vertu disciplinaire, contraignant les directions à respecter leurs actionnaires. Mais ils ont souvent un rôle déstabilisateur qui conduit l’entreprise à sa perte. Ils ont failli faire passer Euronext, seule Bourse vraiment paneuropéenne, sous le contrôle de la Bourse allemande. Ils ont contribué à dépecer ABN-Amro, deuxième banque néerlandaise. Quel succès pour leurs quelques actionnaires ! Quel échec pour l’Europe…

Les fonds Centaurus (déjà actifs dans le dossier ABN) et Pardus ont décidé de  » se faire  » Atos. Si leur opération de déstabilisation marchait, ce serait un encouragement donné à d’autres pour partir à l’assaut de Cap Gemini et autres Steria ou Sopra. On peut s’acheter aujourd’hui l’ensemble de l’industrie des services informatiques française pour moins de 15 milliards d’euros. À peine trois Kerviel, le trader fou de la Société Générale qui a perdu seulement 4,9 milliards.

Face à une telle menace, que faire ? D’abord, en prendre conscience. L’industrie des services informatiques est stratégique par sa capacité à créer de la vraie valeur pour l’économie française (emploi, R&D…) mais aussi par ses effets externes sur le reste de l’économie. Atos n’était-il pas jusqu’à très récemment le coeur du système informatique d’Euronext ? Et combien de SSII françaises travaillent directement pour la défense nationale et pour nos institutions les plus sensibles ?

Un fonds souverain

Sans céder au mythe d’une financiarisation sans limites des questions industrielles, il faut réagir. Nous disposons de nombreux instruments de patriotisme économique. Cela va de la Caisse des dépôts au Fonds de réserve pour les retraites en passant par nos grands investisseurs institutionnels. Accélérons la création d’un véritable fonds souverain français, dont la CDC constitue une préfiguration. Mais, en attendant, commençons par faire en sorte que, lorsqu’il sera créé, il lui reste encore un fonds de commerce…

 

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