La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Lire un extrait de…

La Poste au pied de la lettre, Catherine Malaval, Fayard, 2010
 
Extrait : Le courrier est face à son destin et vit au XXe siècle une révolution que nombre d’industries ont vécue au XIXe siècle : une rupture technologique doublée d’une querelle entre les anciens et les modernes. Les postiers se rassurent en pensant qu’un média n’a jamais chassé l’autre, le livre n’a pas disparu avec le cinéma, qui lui-même n’est pas mort avec la télévision. Si le courrier a déjà survécu au téléphone, au Minitel et au fax, il survivra donc aussi à Internet et au téléphone mobile. L’histoire des médias leur donne raison, l’histoire de l’innovation et des mutations techniques moins. L’électricité a chassé la vapeur, l’ampoule a remplacé la bougie… Depuis quelques temps, les commentaires qui bruissent chez les producteurs et les facteurs sont d’ailleurs très symptomatiques de la révolution culturelle qui agite le marché du courrier aujourd’hui. Avec des arguments différents, ces deux populations, qui depuis des siècles dominent la culture postale, se rejoignent sur une même ligne de résistance au modèle économique qui pourrait assurer l’avenir du courrier : un double passage dans les économies des services et du numérique.
 
La bêtise économique, Catherine Malaval et Robert Zarader, Perrin, 2008
 
Quand l’opinion publique, les politiques et les acteurs du monde industriel perdent toute raison économique. En 2001, une fuite dans la presse, annonçant un plan social, entraîne l’entreprise LU-Danone, l’entreprise préférée des Français, dans une vaste tourmente médiatique et politique, parachevée quelques mois plus tard à peine par la plus grosse opération de boycott jamais vue en France. En 2005, l’entreprise Metaleurop Nord, sacrifiée sur l‘autel d‘une gestion industrielle internationale des affaires peu soucieuse de l‘écologie, de l’histoire et des hommes, donne tout son sens à l‘expression alors abstraite « patrons voyous ». Metaleurop SA, sa maison-mère, et Glencore, son actionnaire, transforment cette affaire de désindustrialisation et de plan social en une affaire purement juridique et financière. En 2006 enfin, l’entreprise japonaise Toyal, ignorant toute raison économique et écologique sous la pression d’un député en grève de la faim, accepte de ne plus se développer ailleurs que dans une vallée pourtant devenue trop étroite. L’affaire Toyal devient avant tout l’affaire Lassalle. Toyal disparaît même du rôle titre de l’histoire, l’entreprise est effacée au bénéfice d’une fiction mise en scène en temps réel par le député Jean Lassalle dans la salle des Quatre-Colonnes de l’Assemblée nationale.
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 PAGE 20, EXTRAIT : (…) En 2001, Le Monde a beaucoup évolué et succombe plus naturellement à la recherche du scoop ; son service Entreprise traverse une situation complexe, sa direction se trouvant « très fortement » influencée par Laurent Mauduit, une des sources originelles de la révélation du passé trotskyste de Lionel Jospin et pourfendeur de la « trahison jospinienne » et la « nouvelle économie du Parti socialiste ». Il mène d’importants réquisitoires contre les abandons successifs de la gauche au pouvoir et dénonce l’idée d’un « pacte honteux avec le marché » (Le Monde, 6 avril 2001). L’affaire LU est une belle opportunité pour atteindre avec la même flèche la « deuxième gauche » et Lionel Jospin, ce Premier ministre qui, deux ans plus tôt à propos de l’affaire Michelin, déclarait « l’Etat ne peut pas tout ». (…)PAGE 52, EXTRAIT : (…) A la différence des histoires de Danone et de Toyal, celle de Metaleurop démontre les difficultés d’expression et de discernement de l’opinion, dès lors que médias et politiques ne créent pas l’événement médiatique ou pas au bon moment. Metaleurop, c’est une histoire de non-dits et de contre-temps, qui aurait dû devenir « affaire », bien avant qu‘il ne soit plus possible de ne rien faire. Metaleurop, c’est une histoire de dissimulations, de dérobades et de dupes, une longue suite de silences complices et coupables, une chape de plomb qui n’est pas seulement celle du bassin minier, mais celle qui cache la vérité des drames qui s’y jouent. Tout le monde le sait, les études sont publiques, Metaleurop c’est un siècle de présence et de pollution, de menaces sur l’environnement, la santé des salariés, des habitants et leurs enfants, mais au nom d’une raison supérieure, l’emploi et l’économie structurée autour du site de Noyelles-Godault, un fleuron industriel local et national, ce n’est pas le sujet, ce ne l’est même pas devenu quand, au début des années 2000, après le sommet de Johannesburg, les lobbyes et l’opinion publique ont reconnu, en France et dans le monde, l’impératif écologique, quand également, de plus en plus de dossiers liés à des maladies professionnelles, l’amiante particulièrement, sont venus devant les tribunaux. Trop tard.(…)

 

 

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PAGE 125, EXTRAIT : (…) A Paris, au Ministère de l’Economie, où le dossier était géré par le cabinet de François Loos, la grève de la faim de Jean Lassalle est une curiosité peu prise au sérieux. « Soit c’est un malentendu, soit c’est un procès d’intention, mais les craintes de Jean Lassalle ne reposent sur aucun élément objectif », remarque-t-on dans l’entourage de Thierry Breton à la fin mars. En pleine préparation de bagarres présidentielles à la tête de l’UMP et au sein du gouvernement, alors que la crise du CPE atteint son paroxysme, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin trouvent là cependant un autre terrain de confrontation, après une courte période d’hésitation. (…)
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4 Réponses to “Lire un extrait de…”

  1. Philippe CANDAS said

    Robert,

    Bravo pour ce livre et le talent de la plume.
    A bientôt pour une dédicace.
    Philippe CANDAS

  2. ochs eric said

    Robert,

    Bravo aux auteurs. Je trouve que le processus de traitement de l’information par les médias ainsi que ses dérives sont trés bien traîtés dans les cas étudiés.

    Il ne s’agit pas de tirer sur l’ambulance mais cette « dérive » ne s’applique pas seulement, à mon sens, aux dossiers complexes que vous décrivez. Alors que tout le monde sait que la diffusion et l’audience ont des ressorts économiques de moyen terme indépendants des sujets de Une, la presse française est devenue une presse « d’articles émotions », publiés par un journaliste qui se sait désormais « auteur » et qui est devenu comme tout le monde, avec les progrés de la vulgarisation économique, un « agent économique ».

    En clair on a souvent dans la presse française des équipes journalistiques qui savent comment « concurrencer » le web et redresser les courbes de la diffusion payante en multipliant « les Unes » qui font vendre en kiosque. Ce n’est pourtant pas la seule possibilité.

    Il est donc dommage que « l’information » soit limitée aujourd’hui à un traitement factuel ou de trafic sur le web et à des dossiers ou des Unes « émotions » avec de temps en temps l’incontournable dossier sur le prix de l’immobilier ou le salaire des cadres.

    Dans ce contexte que le monde politique « joue » avec la presse je trouve cela presque logique. D’autant que lorsque le monde politique est dépassé par un sujet d’actualité ce n’est pas rare qu’un projet de loi ou une réglementation lui permette de présenter un autre bilan au moment des échéances électorales.

    La presse ne sait pas faire cela et ne le fait pas.

    Au moment du renouvellement de son abonnement cela peut peser.

  3. […]   référence livresque : https://labetiseeconomique.wordpress.com/le-livre-extraits/   […]

  4. […] », raconter une histoire, raconter l’Histoire, les auteurs de La bêtise économique https://labetiseeconomique.wordpress.com/le-livre-extraits  (Perrin, 2008) s’interrogent sur la part de l’historicité et du réalisme […]

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