La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Bettencourt-Banier-Woerth, les Mystères de Paris

Posted by labetiseeconomique sur juillet 19, 2010

C’est le paradoxe de la presse : on ne lit jamais autant qu’en vacances, mais comme tout le monde est en vacances, les journalistes, les politiques, la vie économique, à peine passé le 14 juillet, les journaux fondent comme neige au soleil, remplacent l’actualité par des « séries d’été » de seconde catégorie, des éditions spéciales « philosophie » ou des pages « jeux » et passent ainsi doublement l’occasion de séduire de nouveaux lecteurs au cerveau soudain plus disponible. Belle bêtise économique, comme le montre l’intérêt pour l’affaire Bettencourt-Banier-Woerth. En quelques mois, l’affaire est devenue feuilleton, pour de nombreuses raisons : l’histoire est exceptionnelle, elle traverse le siècle, les personnages, les lieux, du 7e arrondissement aux Seychelles, s’entre-mêlent dans le monde des affaires et de la politique, au plus au niveau, l’héritière d’un numéro un mondial et le gouvernement de la France. Et l’argent au coeur de tout. Pour tout cela mais pas seulement, il fallait réussir à l’étirer vers l’été pour qu’elle fasse l’été, tant c’est une belle aubaine économique quand l’actualité ralentit! Elle fera aussi l’été parce que, été ou pas, les vieux routiers du journalisme d’investigation, ceux qui savent « faire tomber » les politiques, sont à la manoeuvre. Et surtout, comme à chaque nouvelle « affaire », ce fut le cas pendant l’affaire Clearstream, parce que les médias redécouvrent combien l’art du feuilleton est un vrai moyen de fidélisation des lecteurs.

A l’origine, le feuilleton désignait le bas de page des journaux, appelé aussi le « rez-de-chaussée » par les metteurs en page. Sur cette partie, se trouvaient les articles critiques, y vinrent les feuilletons. A la fin du XIXe siècle, tout autant qu’elles permirent à la presse de conquérir un public plus vaste, ces publications en« bas de page » marquèrent l’avènement d’une littérature populiste et industrielle, caractéristique de l’émergence d’une culture de masse. Certains critiques y virent en revanche une dérive commerciale de la littérature, il est vrai que les auteurs étaient payés à la quantité et en peine d’idées dans des délais très courts prirent peu à peu l’habitude s’inspirer dans les archives médicales ou judiciaires pour donner plus de véracité de leurs romans. Ah, tiens? On croirait retrouver là le débat actuel entre la « presse d’investigation » et la presse de « procès-verbaux ». Eugène Sue publia en feuilletons Les Mystères de Paris. Aussi rocambolesque est l’affaire Bettencourt-Banier-Woerth, aussi utile est-elle à une réflexion sur l’économie des médias… et à une aigre alphabétisation des masses à des pratiques d’un autre monde!

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