La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Le sorcier de l’Elysée

Posted by labetiseeconomique sur avril 23, 2010

François Bazin a écrit une biographie de Jacques Pilhan, conseiller politique de François Mitterrand, puis de Jacques Chirac, dont la lecture emportera avec fracas les dernières naïvetés d‘un lecteur passionné par le marigot politique. Dans ce livre, au-delà des clivages politiques, il n’est en effet jamais question que d’une seule chose : comment, à un moment de l’Histoire, un homme peut rencontrer l’opinion et devenir président de la République. Rien de moins. Quel que soit cet homme, qu’il soit de gauche ou de droite, s‘il est façonnable ou sait se façonner. Qui est-il? Comment doit-il changer? Comment paraître pour être en phase avec l‘opinion? Quels médias doit-il rencontrer ou faut-il manipuler ? Comment? Avec quel décor? « Qu’avons-nous en magasin ?», avait l’habitude de dire Jacques Pilhan. Il fit gagner François Mitterrand, à deux reprises, l’accompagna dans son positionnement de président, lors de deux phases de cohabitation, dans la rareté de sa parole présidentielle. Il aida Jacques Chirac avec brio, qui l‘emportera après être de loin parti perdant. A travers les portraits ciselés d’Edouard Balladur, de Michel Rocard, de Jacques Delors et d’autres, la lecture des dix-huit mois qui ont précédé son élection sont absolument passionnants. La nature humaine…

Tout au long de ce livre, peu d’économie, peu de social, c’est étrange, comme si la politique s’installait hors de ces conjectures, François Bazin nous emmène ailleurs à l’intérieur de l’Elysée, de l’agence Temps public, dans des réunions, des fins de dimanche après-midi, le nez dans des centaines d’études ou sondages sur l’opinion des Français et surtout il nous emmène dans le cerveau de Jacques Pilhan. « Le maître de Temps Public », comme se plaît à l’appeler François Bazin, avait l’art et le talent de créer des situations, de décrypter les groupes humains et les caractères individuels, de les traduire sur des mapping, d’écrire le storytelling des tactiques politiques, de définir des éléments de langage rabâchés pendant des heures de médiatraining. Mapping, storytelling, etc. Tout pourrait sembler reproductible par des générations de professionnels de la communication publique et d’influence, les « spins doctors »  d‘aujourd‘hui. Non. Comment transmettre? Jacques Pilhan ne le fit guère, sans doute parce que tous ces outils ne seraient rien sans une double passion qui explique tout : celle de Pilhan pour Debord et Levy-Strauss, le situationnisme et l‘anthropologie, magnifiques clefs de lecture de cet ouvrage qui interroge sur la fonction et la posture du Président dans la Ve République, dans un monde politique où tout ne serait que constructions, spectacles et tactiques.

La citation (p107) : « Le sondage quantitatif n’est jamais considéré comme un point de départ pour une juste compréhension du réel. Il s’intègre, en effet, dans un système en boucle où les sondés répètent ce que disent les commentateurs de presse, lesquels reprennent et amplifient leurs jugements initiaux, avec la conviction qu’ils expriment l’opinion des Français. (…) Le sondage quantitatif qui éclaire, l’enquête qualitative qui précise et l’intuition qui, au final, invente la solution : pour Jacques Pilhan, cet enchaînement-là, qui plait tant à ses confrères, est la formule de l’échec garanti ».

François Bazin, « Le sorcier de l’Elysée, l’histoire secrète de Jacques Pilhan », Plon, 2009.

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