La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Raymond Davos ou l’économie d’Ubu

Posted by labetiseeconomique sur février 8, 2010

Le 31 janvier, le rideau est tombé sur le 40e forum économique de Davos qui ne faisait que modestement souhaiter « repenser », « redessiner », « reconstruire le monde ». Rien de moins. En toile de fond, tout le monde s’accorde autour d’un constat : l’Occident (Europe et Etats-Unis) est en désarroi et les pays émergeants (Brésil, Chine, etc.) jouent désormais les premiers rôles. Sur scène, les chefs d’entreprise se succèdent, perdus et sans conviction pour inviter chacun à repenser le système, son financement et les politiques publiques. Les banquiers, regonflés à l’hélium étatique dénoncent le populisme des politiques tout en restant tétanisés. Les économistes clament leur innocence et jurent qu’on ne les y prendra plus. Nicolas Sarkozy harangue des foules peu attentives en dénonçant les irresponsables du système… ceux-là mêmes qui, en masse, l’ont conduit au pouvoir. En bref, on entend de toutes parts un discours qui tourne en rond, un discours qui ne tourne plus rond…

Il y a du Raymond Devos dans le grand guignol de Davos. Le spectacle de l’économie-spectacle fait irrémédiablement penser au sketch de Raymond Devos, « le plaisir des sens », où des automobilistes sont prisonniers d’un sens giratoire et de rues qui n’offrent aucune sortie possible. « Qu’est-ce que c’est que cette voiture noir là qui ralentit tout? C’est le corbillard, il tourne depuis quinze jours ! Et la blanche là, qui vient de nous doubler? Ça, c’est l’ambulance! Priorité! Il y a quelqu’un dedans? Il y avait quelqu’un. Où il est maintenant? Il est dans le corbillard. »

Davos laisse le même sentiment : sans issue et ubuesque. Là aussi, ce sont des acteurs impuissants qui tournent en boucle et s’expriment pour ne rien dire. Et pendant ce temps-là, c’est ailleurs que le monde se repense, se redessine et se reconstruit, avec des agences de notation et des financiers sauvés des eaux par les Etats, qui attaquent la Grèce, l’Espagne et le Portugal en mettant à mal l’euro. Lord Robbins, un des pères de l’économie politique moderne, aussi cynique que Raymond Devos, aimait à définir l’économie comme l’art de sortir un lapin du chapeau où on l’avait préalablement placé. La finance actuelle ne ferait-elle que réinventer cette pratique en faisant ressortir la crise du chapeau où elle l’a placé?

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