La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Le carbone bientôt au pavillon de Breteuil?

Posted by labetiseeconomique sur janvier 9, 2010

Carbone, rarement un mot aura changé de sens en si peu de temps. Encore un storytelling bien orchestré? La génération quarantenaire se souvient du papier carbone, du crayon carbone et surtout du carbone 14. Il a fait une entrée en scène dans les années 1960 lorsque le chimiste Libby obtient le prix Nobel de Chimie pour le développement d‘une méthode nouvelle de datation par le carbone 14. Par ses vertus radioactives naturelles, la « datation carbone » permet de connaître « l’âge absolu ». Une révolution dans le petit monde des préhistoriens et des archéologues! L’époque est à la datation : dents de dinosaures, Suaire de Turin, bandages des momies, tout y passe. Au début des années 1980, Carbone 14 est même le nom de l’une des premières radios libres, l’une des plus marquantes, mais éphémère, rapidement interdite en 1983 ! L’univers sémantique du carbone est celui du primitif et des origines.
Et puis, plus rien, ou presque. Carbonisé, le carbone, par les hydrocarbures, le pétrole et les nouvelles technologies! Le carbone est presque devenu ringard. Rien jusqu’au début des années 2000, où le mot revient fanfare. 2004, année de naissance du bilan carbone®, 2006, création du programme solidaire « action carbone », 2007, projet de création d’un marché international du carbone consistant à mettre en place à l’échelle internationale un marché de crédits d’émissions de gaz à effet de serre, 2008, première « bourse internationale du carbone » (Bluenext). 2009, c’est encore le mot carbone qui est choisi pour la « taxe carbone ».

Elliptiquement le mot carbone a remplacé les mots « dioxydes de carbone (CO2) »  et les « émissions de gaz à effet de serre ». Serait-ce pour marquer l’opinion sur un nécessaire retour aux origines? Pour utiliser le bénéfice de la sémantique naturelle et patrimoniale du carbone (parce qu’on se sent responsable du carbone, mais coupable du CO2)? Pour vulgariser les grands enjeux climatiques (bientôt les particuliers feront leur bilan carbone ® comme un bilan de santé…)? En partie mais pas seulement. Comme élément de mesure du passé, le carbone n’avait pas de valeur autre que celle de la vérité historique, « l‘âge absolu », il avait une valeur culturelle et universelle. Même si les discussions des grands sommets environnementaux se parent de cette même universalité, la valeur du carbone a changé de nature. En entrant dans le monde de l’économie et de la finance, le carbone est devenu une unité de mesure et de compte. Surtout, c’est lui qui a désormais un prix.

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