La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

La surface sociale, selon Clearstream et chez les Toubous

Posted by labetiseeconomique sur septembre 27, 2009

Alors qu’en pleine crise économique, nous nous étions laissé distraire par le calcul du Bonheur Intérieur Brut du professeur Stieglitz, un nouvel étalon socio-économique a soudain surgi dans l’actualité : « la surface sociale » ! Le Journal du dimanche d’aujourd’hui y fait référence, évoquant « un tableau de quatre pages […] recensant les frais de réception et de restauration remboursés à Lahoud par EADS en 2004 et 2005. ». Noms des invités, lieux, tout y est. « 99 repas de février 2004 à juillet 2005. Pour environ 16 000 euros ». Résultat de l’addition : une belle « surface sociale » !

Comment se calcule la surface sociale d’un invididu ? Croît-elle par sa capacité à déjeuner aux frais de la princesse, mais croît-elle également s’il est généreux et invite sur ses propres deniers? Il semblerait que non, quand bien même cela ajouterait à son Bonheur intérieur brut… Décroît-elle ou croît-elle si les invités « rendent » leur invitation, tant pour remercier que pour n’être pas redevables? Décroît-elle dès que la source des notes de frais se tarit ? Au fur et à mesure que la vie passe, combien ajoutent et ôtent un mariage, de nouvelles positions professionnelles ? (L’illusion biographique, Bourdieu).

Ces interrogations valent dans les entreprises, qui elles aussi calculent leurs surfaces sociales. Selon l’Observatoire politico-économique des structures du Capitalisme, la surface sociale désigne « le nombre d’entreprises du CAC 40 avec lesquelles une société de l’Indice entretient des relations directes par l’intermédiaire de son Conseil ou de sa direction exécutive. » Un peu comme chez les Toubous du Niger, pour lesquelles la richesse et le nombre de parents sont les deux composantes essentielles de la surface sociale (Anarchie et cohésion sociale chez les Toubous, Catherine Barion, MSH, 1985). « Plus ces derniers sont nombreux, plus le gendre peut espérer de dons d’animaux et plus ses soutiens seront diversifiés en cas de nécessité ». Pourquoi tant de numéros spéciaux de magazines sur les grandes fortunes, sur le prix du m2 dans l’immobilier… et rien sur les grands propriétaires de surfaces sociales ?

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