La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

3000 , 200, d’une crise à l’autre, l’art du chiffre en politique

Posted by labetiseeconomique sur septembre 2, 2009

Les figures de la crise changent de visages au fil de l’année, mais régulièrement, tant que la crise n’est pas finie, il faut en présenter encore et encore au Tribunal de l’opinion, comme une compensation au prix payé par beaucoup pour l’irresponsabilité égoïste de quelques-uns, comme pour signifier virilement la reprise en main de l’économie par l’Etat. Jusqu’alors, elles se ressemblaient d’un pays à l’autre : Madoff, Kerviel et d’autres, des calculateurs de haute volée révélés par la crise partout dans le monde. Des individus, des institutions financières, une profession : les traders. Au printemps, quelque chose a changé en France, dans un pays qui, à chaque crise économique et sociale, montre qu’il n’en aura jamais fini des tourments de l‘Histoire. En moins de six mois, deux figures de la crise typiquement françaises ont été révélées à l’opinion. Ce fut d’abord, sans doute liée à la nature du dialogue social en France, la figure du patron séquestré. Selon un sondage réalisé par le CSA pour Le Parisien, 45 % des personnes interrogées jugeaient d‘ailleurs « acceptable » l’action de séquestrer des patrons. 50 % jugeaint que ce type d’action n’est « pas acceptable ». La presse étrangère ne s’étonnait guère de cette french touch. Après tout, un peuple régicide est bien capable de séquestrer un patron… L’été calma les esprits. Mais, comment se passerait la rentrée « sociale » ? La meilleure défense étant l’attaque, autant s’indigner avant que l’opinion ne grogne, autant trouver des figures qui feront l’unanimité au regard de l’opinion tant elles s’enracinent au plus profond de l’identité nationale. Autant choisir soi-même qui montrer du doigt, pour laisser souffler l’économie. C’est ainsi qu’à la fin de l’été, toute la presse relaya d’un même cri l’avis de recherche du ministre du budget. Wanted : 3000 fraudeurs, évadés fiscaux. 3000? Pourquoi pas 2994 ou 3012? Le ministre a la liste ! Etrange liste qui tombe sur un chiffre aussi rond. 3000…

D’une crise à l’autre, dans le contexte de la Grande Dépression économique des années 1930, de scandales financiers, le slogan des « 200 familles » (des 200 actionnaires de la Banque de France) fut très largement repris par les politiques. Le président du Conseil, Edouard Daladier, le premier, les montra du doigt lors du Congrès radical de Nantes en 1934 : « Deux cents familles sont maîtresses de l’économie française et, en fait, de la politique française. Ce sont des forces qu’un État démocratique ne devrait pas tolérer, que Richelieu n’eût pas tolérées dans le royaume de France. L’influence des deux cents familles pèse sur le système fiscal, sur les transports, sur le crédit. Les deux cents familles placent au pouvoir leurs délégués. Elles interviennent sur l’opinion publique, car elles contrôlent la presse. » 3000, un chiffre aussi rond, aussi facilement mémorisable que 200, d’abord un chiffre politique.

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