La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Total, face à la fabrique de l’opinion

Posted by labetiseeconomique sur mars 14, 2009

Un article de Slate.fr revient sur l’annonce par Total de suppressions de postes dans les raffineries françaises et la polémique qui a suivi cette semaine. Le moment n’était pas le bon moment, remarquent les spécialistes de la communication. Le fut-il du point de vue de l’économie, puisqu’il s’agit ici de rapidement réorienter une production entre essence et diesel (sans licenciements secs), combien de temps attendre alors? En réalité, s’agissant de Total, le moment n’est jamais le bon moment. Cela vaut pour Total, cela vaut pour Danone en 2001 avec l’affaire LU, pour Areva ou pour L’Oréal, pour tous les champions français à l’international. L’opinion attend d’eux plus que de tous les autres, plus de vertu, plus de protectionnisme de l’emploi, elle les voudrait figés (créer de nouveaux emplois en gardant tous les autres, lorsqu’il s’agit de restructuration, c’est économique idiot, mais on a envie d’y croire)… alors qu’il faut parfois que « tout change pour que rien ne change ». Fallait-il dire « restructuration », plutôt que « suppressions »? Le débat n’est pas dans la sémantique non plus. Car là aussi, quel que soit le mot, il est toujours pris pour un autre. Et les emplois créés par Total, les investissements à venir en 2009, passent à la trappe de la non-information.

La « fabrique de l’opinion » se pose souvent comme une énigme à résoudre pour les entreprises. Sous quelle influence, politique et médiatique, se construit le récit des faits économiques dans l’imaginaire de l’opinion? Il est finalement un certain paradoxe entre le peu de confiance accordée aux médias par l’opinion et la fusion-confusion des médias avec l’opinion publique, comme l’a une nouvelle fois prouvé cette envolée médiatique à propos de Total. Là encore, un fait économique se réduit à la fonction symbolique d’événement, toute explication rationnelle du point de vue de l’économie et du marché devient inaudible du point de médias et de politiques qui s’enflamment, tous sur la ligne de départ de la course à l’échalote. Raconter à l’opinion ce que d’aucuns croient qu’elle a envie d’entendre, jouer les censeurs et les moralisateurs, alors qu’il s’agirait, surtout en période de crise, d’oeuvrer pour plus de pédagogie.

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