La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Les Américains, d’abord !

Posted by labetiseeconomique sur février 1, 2009

Le 21 janvier dernier, le monde entier se levait avec Obama. Obama super star, Obama, le président, qui allait redonner gloire à l’Amérique et sauver le monde de cette crise financière venue des Etats-Unis. A Paris, la Mairie de Paris avait installé un grand écran sur son parvis. Un magnifique moment de fraternité. Bush, c’était fini. De nouveau, les Français aimaient l’Amérique. Les Américains étaient toujours fâchés avec le Roquefort (+300% de taxe), puisque l’Europe ne voulait pas du boeuf aux hormones (même l‘année du bœuf!). Mais on y croyait, à ce « Yes we can ! » aussi beau que le « Just do it » de Nike.
Depuis une semaine, le Yes we can a une suite : Yes we can… buy America ! Serait-ce gâcher la fête d’en parler trop ? Jeudi dernier, occupés à compter grévistes et manifestants ou toujours à comparer Michelle et Carla, peu de médias, hors la presse économique, se sont intéressés à la clause « Buy America » qui accompagne le plan de sauvetage de 825 milliards adopté par le Congrès américain. Et à la rupture, que cette clause signifie, d’une hypothétique gestion de crise au niveau mondial. Le Buy America Act est une loi issue de la crise de 1929, remaniée plusieurs fois, elle impose que tous les achats liés à des projets fédéraux (infrastructures, routes, etc.) soient issus d‘entreprises américaines. Le texte de jeudi dernier impose ainsi l’utilisation de l’acier et du fer américains, sauf s’il n’y en pas assez sur le marché (ce qui ne devrait pas être le cas, depuis septembre la production a chuté de moitié) et que le prix des produits américains ne gonfle pas la facture de plus d’un quart. La clause pourrait bientôt être étendue à l’asphalte, au ciment ou aux machines-outils.
825 milliards, magnifique ! Pas tout à fait. Dans la grande tradition américain d’un libre-échangisme isolationiste, c’est bien un retour au protectionnisme qui a été voté jeudi dernier. Certes, les règles de l’OMC, tout autant que les dispositions de l’ALENA et autres accords de libre-échange, l’interdisent, comme ont essayé de le défendre les voisins canadiens, fortement exportateurs d‘acier vers les Etats-Unis, rien n’y a fait. Le lobby de l’acier américain a été le plus fort !
Le mot d’ordre énoncé par les congressistes : « American jobs in America, not Chinese jobs in China » n’est rien d’autre qu’une guerre commerciale qui s’annonce. Dans une économie mondiale, où les gouvernements ont peu de pouvoir sur les stratégies d’investissements des entreprises, comment croire pourtant que le protectionnisme peut créer des emplois ? Plusieurs médias américains pointent d’ailleurs du doigt les dangers populistes de cette promesse politique désormais honorée. Barack Obama pourrait faire la même erreur historique que Herbert Hoover en 1933, peu avant de quitter la Maison Blanche. C’est au plus profond de la Grande Dépression qu’il acta le Buy America Act, « the innocent-souding Buy America Act » souligne le Times, qui enfonça l‘Amérique dans la récession et le monde dans le même élan.
* Les Canadiens figurent parmi les experts de la politique commerciale américaine. Le site du gouvernement canadien explique aux entreprises comment contourner le Buy America Act. On se reportera aussi utilement aux travaux du Centre d’études internationales et mondialisation de Montréal et à l’étude de Gabriel Goyette (2006), « protectionnisme et réciprocité commerciale, répertoire des obstacles au commerce maintenus par les Etats-Unis ».
* La sidérurgie française cherche son Barack Obama. En février dernier, Nicolas Sarkozy avait promis aux salariés de Gandrange de trouver une solution à la fermeture du site envisagée par Arcelor-Mittal, espérant renouveler le « sauvetage d‘Alstom ». Le rêve s’est envolé.
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