La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Avis de tempête sur l’économie réelle

Posted by labetiseeconomique sur janvier 25, 2009

« Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête », c’est le titre d’un livre opportun de Jean-Marie Messier sur la crise économique. Jean-Marie Messier, surnommé J4M, Jean-Marie Messier Maitre du monde, avant l’éclatement de la bulle Internet et auteur de cette sublime formule « le groupe va mieux que bien », prononcée en 2002 alors que Vivendi annonçait une bonne dizaine de milliards de pertes, le record d’une entreprise basée en France.
Curieuse formule que ce titre, passif, à l’horizon irréel, invoquant le ciel. Dans la mythologie, c’est par le ciel que les divinités rappellent aux hommes leur puissance destructrice, leur envoyant la foudre, la tempête ou l’ouragan. Certaines religions y voient le lieu où vivent les dieux, le « Très-Haut », le lieu de la transcendance de l’homme et de la résurrection, à l’opposé de la « vallée de larmes » que serait l’existence terrestre. Le ciel, ici évoqué, serait-il le lieu de résidence et de convergence, mot fétiche de J4M, des dieux de la finance et de l’économie virtuelle ? Humains de l’économie réelle qu’aurions « nous » fait de mal ? De quelle conduite injuste serions-nous responsables ?
Curieuse formule donc que ce titre inversé, la tête tournée vers le ciel. Et s’il fallait penser autrement, radicalement autrement, de façon plus terre à terre. En opposant à cette invocation céleste et gauloise, cette formule de Marx « Etre radical, c’est prendre les choses à la racine. Et la racine de l’homme, c’est l’homme lui-même ».
Tout boursier sait que les « arbres ne montent pas jusqu’au ciel », même pas dans les forêts primitives, celles des Seychelles ou du Mozambique, qui plus est dans le monde de la finance ! Mais s’il était possible de numériser les racines des banques et des fonds d’investissement aujourd’hui que verrions-nous ? Des ramifications profondes et étalées ? D’immenses ramifications qui se perdent à l’infini, affaiblissant tout l‘ensemble ? Des racines pourries ici et là ? L’inquiétude est patente. Quand survient une énorme tempête, comme en 1999, comme celle qui a frappé ce week-end, tout dépend du système racinaire des arbres. Selon plusieurs études récentes, celle du CNRS/Inist réalisée après la grande tempête de 1999 ou celle de l‘INRA (« étude des relations entre systèmes racinaires et stabilité des arbres », laboratoire de rhéologie du bois de Bordeaux), certains arbres s’enfoncent dans le sol et restent debout, d’autres se déracinent, pénalisés par « un fort réseau de racines dans le vent et une faible profondeur d’enracinement », Quant aux arbres déjà affaiblis par une attaque précédente, ils ne s’en sortent jamais. Après le verglas, une bonne tempête et les voilà couchés sur le sol !
Selon ces différentes études, mieux connaître la structure et le comportement mécanique de l’arbre en cas de tempête, mieux comprendre les relations entre croissance et stabilité, a permis et permettra d’imaginer de nouveaux modèles de gestion des forêts. Voici une leçon simple de la sylviculture pour tous ceux qui réfléchissent à de nouveaux modèles de gouvernance et de transparence des entreprises.

Cette semaine en Allemagne, le patron chargé du fonds de sauvetage des banques a démissionné, opposé à l’idée d’une « bad bank », une banque où seraient rassemblés tous les actifs « toxiques ». Couper les racines intoxiquées et les enterrer dans une même forêt permettra-t-il de sauver tous les arbres?

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