La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

Caveat emptor

Posted by labetiseeconomique sur décembre 14, 2008

Depuis deux jours, l’affaire du montage Ponzi imaginé par l’ex-dirigeant du Nasdaq est toujours illustrée par la même image, partout dans le monde. Une image lisse et rassurante, qui en dit long sur le choc qu’a dû être la nouvelle de l’escroquerie pour tous ceux qui ont fait confiance à cet homme, réputé à Wall Street pour ses talents de financier mais aussi pour sa grande générosité. La photo date de 1999, c’est le portrait de Bernard Mardoff, chemise claire, cravate sombre, le regard efficace, face objectif. Un décor grand angle, des murs sombres, ses équipes devant de complexes écrans d’ordinateurs, des dossiers bien classés, des horloges indiquant l‘heure en quatre endroits du monde. Une image finalement étrange, comme surgie d‘un autre monde et soudainement décryptée par la violence des titres qu’elle illustre. Dans le New York Times, le témoignage d’un ami de Bernard Mardoff laisse imaginer l’onde de choc créée par cette révélation sur la face cachée de l‘homme d‘affaires : « The pain is just unbelievable. He was part of the family for so many people. There was this quiet culture of people, slightly older-money, who maybe weren’t that interested in the market, who kept saying to each other, ‘Just give Bernie your money, you’ll be fine.’ » A qui faire confiance désormais… si même Bernie n‘était pas fiable?

En 2002, Daniel Kahneman et Vernon Smith ont obtenu le prix Nobel d’économie pour leurs travaux respectifs en matière d’économie psychologique et comportementale. Ces travaux ouvrent une voie d’analyse qui donne toute sa place au récit comme un facteur d’influence des prises de positions et des décisions d‘action. Caveat emptor (« que l’acheteur soit vigilant ») disait les latins. Et pas seulement de la marchandise achetée dirions nous aujourd’hui, mais de l’histoire qui nous est racontée. Comment ne pas faire confiance à un ex-dirigeant du Nasdaq? Comment résister aux charmes d’une belle histoire et à la success story de son narrateur ? « Just give Bernie your money, you’ll be fine »…

Pas simple. Depuis Adam Smith, la science économique a construit sa boîte à outils théoriques sur la fiction de l’homo oeconomicus, un individu rationnel recherchant son intérêt rationnel et la maximisation de sa satisfaction au regard d’un calcul raisonné de probabilité. C’est pourtant cette part de sciences humaines qu’il s’agit désormais d’intégrer dans les sciences de la finance. Les grandes écoles s‘y attèlent (cf. la tribune du 12 décembre).

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