La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

La confiance ne se décrète pas

Posted by labetiseeconomique sur novembre 11, 2008

Le mot « confiance » figurant ces jours-ci en bonne place dans les critères de recherche et d’accès à ce blog, voici un extrait d’une tribune parue dans Les Echos…. du 29 décembre 2006. Et qui reste fortement d’actualité.

Envie de changer ou recherche de protection, optimisme ou moral en berne, épargne ou investissement, engagement ou rupture de contrat… Chaque jour, l’actualité peut se lire à l’aune de la confiance que citoyens, consommateurs ou salariés portent aux grands acteurs de l’économie, l’Etat et l’entreprise. L’Insee la mesure d’ailleurs chaque mois. L’indicateur de confiance des ménages, fondé sur le niveau de vie, l’envie de consommer et la situation financière personnelle, est même l’un des deux indices majeurs de l’enquête mensuelle de conjoncture réalisée par l’institut national !

La confiance en un avenir matériel et individuel comme gage de croissance et de prospérité collective ? Rien n’est moins sûr. Le mieux n’est-il pas l’ennemi du bien ? La recherche d’indicateurs alternatifs fait ainsi l’objet de nombreux débats depuis quelques années, d’aucuns cherchant à démontrer l’incomplétude des indicateurs seulement liés à la seule activité économique comme indicateurs exclusifs de richesse et de « bonne santé » d’une société. C’est ainsi qu’est née, sous l’impulsion notamment de l’économiste Lars Osberg, l’idée séduisante d’un indice de bien-être économique durable des individus et de leur environnement. Par l’influence qu’elle exerce sur les relations interpersonnelles et intergroupes, la question de la confiance a partie liée à cette réflexion, où se mêlent également de nouvelles exigences en matière de responsabilité et de gouvernance.

La confiance se gagne, se perd, s’effondre et se restaure. Deux chiffres seulement : les trois quarts des jeunes de 15 à 30 ans (source Ipsos) déclarent aujourd’hui qu’ils « aimeraient travailler dans la fonction publique s’ils en avaient l’opportunité », la garantie de l’emploi étant leur principale motivation. Seulement 48 % des Français jugent la presse écrite crédible (TNS Sofres). Comment expliquer ces chiffres ? Question de confiance ! Depuis une dizaine d’années, pour mieux comprendre la dynamique des groupes, l’irrationalité des représentations ou la versatilité des jugements, l’économie, trouvant là ses limites, fait de plus en plus appel à la sociologie et la psychologie. Et on ne peut que constater l’usage désormais récurrent de la notion de confiance pour définir la qualité des relations et des échanges entre les individus et la société.

Si la confiance a bien une incidence, à la hausse ou à la baisse, sur la qualité d’une relation économique, personnelle ou politique (partenariats, alliances, contrats, investissements communs, etc.), en quoi vient-elle la rendre plus performante, simplement plus sereine, formellement ou durablement ? Comment décrypter les déclarations d’intention, parfois polysémiques, des acteurs (un consommateur a-t-il le même degré de confiance en une marque ou une entreprise, selon qu’il se place de son point de vue de salarié, d’actionnaire ou de citoyen) ?

La notion de confiance, modélisée, a ainsi acquis un véritable statut dans l’analyse économique et politique des acteurs et de leur environnement, au point que la logique s’est inversée. La confiance n’est plus seulement perçue comme un tiers facteur d’influence. Dans un monde de plus en plus complexe, où de multiples intervenants contribuent à la prise d’une décision, la confiance est devenue une notion centrale ; elle détermine le passage à l’acte, ce moment indicible de la bascule vers un oui ou vers un non, elle nourrit le doute ou contribue au rejet d’une politique, d’une entreprise, d’une marque ou d’un produit.

Face à cette nouvelle tendance qui tendrait à fonder le management des opinions sur la seule dialectique du « avoir confiance ou pas », il est bon de rappeler que la confiance n’est pas une valeur en soi. A statut de valeur ce qui crée ou détériore la confiance : l’honnêteté, la transparence, l’ouverture ou la loyauté, par exemple. La confiance, elle, relève du résultat et de la garantie transitoire. La confiance ne se décrète pas. C’est d’abord une question de temps, et ce n’est pas qu’une affaire de mots. Une relation de qualité sur la durée, la cohérence d’un discours et une capacité à se remettre en question en permanence en sont les constituants majeurs.

Pour inspirer confiance à l’ensemble de ses parties prenantes, l’entreprise ou l’institution doit aussi et d’abord avoir confiance en elle, par elle et à travers ceux qui la représentent. Croire en l’intelligence de ses partenaires comme de ses différents publics est un acte fondateur. C’est penser que son propre discours ne devient légitime que parce des hommes et des femmes acceptent de l’incarner et d’autres de le critiquer. Sans explication, sans dialogue, sans perspective, chacun a tendance à privilégier le court terme ou sa propre trajectoire. Quand, à l’instar de Kaa, le serpent du « Livre de la jungle », certains disent : « Aie confiance, crois en moi », le conseil en communication corporate réplique : « Qu’as-tu fait, que fais-tu, et demain que feras-tu pour que l’on garde confiance en toi ? »

(Texte co-écrit par Philippe Pailliart, Eric Zajdermann et Robert Zarader)

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