La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

La communication de crise en récession ? (Stratégies, 9 octobre 2008)

Posted by labetiseeconomique sur octobre 9, 2008

Tribune publiée dans la rubrique Idées. « Depuis 24 heures, la France est en récession ». C’était le 2 octobre dernier, l’information passait en boucle dans tous les médias. Deux trimestres négatifs, game over ! Récession ! Le mot tant redouté. D’un jour à l’autre, en vingt-quatre heures!, la France basculait d’une croissance molle ou en recul, à…le mot est lancé, la récession. A la Une de Libération, un plat de patates bouillies. Plus de beurre ! Dans le même temps, en moins d’un an outre-Atlantique, de grandes banques mondiales ont disparu ou presque, un géant de l’assurance sauvé in extremis, autant de compagnies dont la longévité était gage d’immortalité et d’invincibilité. Touchées, coulées! Fin de l’histoire. La liste des victimes de la bombe financière à fragmentation qui fractalise le monde capitaliste, s’allonge de jours en jours et… et que va-t-il se passer? Qui peut écrire la suite de l’histoire ? « Le moment est grave, la suite est imprévisible, mais n’ayez pas peur », voilà, en substance, ce que s’accordent aujourd’hui à dire politiques et experts, dans un art consommé de la diplomatie et de la guerre. Les causes sont connues, mais non l’ampleur du mal, le remède est incertain, la guérison va être longue. Si union il y a aujourd’hui dans l’analyse de la crise, elle est d’abord dans ce basculement d’une communication de crises à un mouvement planétaire et solidaire de communication de La Crise.

Dans une France déjà encline au pessimisme, où la défiance envers les entreprises perdure, le rôle des médias est essentiel dans la fabrique de l’opinion ; politiques et experts le savent. Crise financière ou crise systémique? Crise morale à sanctionner ou crise profonde du capitalisme ? Croissance négative ou récession? La bataille de mots fait rage. Crise de confiance durable, là tous sont d’accord et, depuis plusieurs semaines, cherchent plus ou moins implicitement à contraindre les médias à une forme d’union nationale. Quelle histoire s’agit-il de raconter? Comment donner au récit de La Crise sa juste signification, comment ne pas emporter le traitement de l’information dans une mécanique uniquement narrative et émotionnelle? Les faits, rien que les faits, des commentaires mesurés. Ne pas céder au commerce médiatique efficace de la peur et de ses corollaires qui conduirait des cohortes de citoyens vers leurs banques dans un mouvement de panique généralisée.

L’exercice d’équilibriste est difficile et non dénué de paradoxes : en septembre, la rentrée sociale se focalisait sur la baisse du pouvoir d’achat ; en octobre, désormais, dans un élan de pédagogie bancaire, les médias assurent les citoyens que l’Etat protégera leurs dépôts à hauteur de 70 000 euros. Voilà les braves gens désormais rassurés. Mais celui qui possède cette somme en banque peut-il avoir des inquiétudes sur son pouvoir d’achat? Et c’est ainsi, insidieusement, en même temps qu’il s’agit d’expliquer l’économie -monde à l’opinion publique, qu’une lecture morale de la crise s’installe peu à peu dans les médias et chez les politiques. Que dire encore de l’indécence suggérée de ces 70 000 euros face à la recherche des patrons golden parachutés d’une entreprise en faillite. Tout devient caricature de ce que l’opinion ou la morale réclameraient. Dans un monde d’images en réalité fort peu coutumier de l’information financière, il faut rendre tangible et visible ce qui paraît ne pas l’être. Les bons patrons et les mauvais patrons. Cette dialectique populiste va peut-être à nouveau écarter la véritable analyse économique et politique du sujet. Les politiques, à la manœuvre dans ce travail d’assainissement prétendu, s’affichent comme les garants de l’intérêt général mais ils n’oublient jamais leur intérêt propres et leurs tactiques de court terme.

La crise de confiance est bien là, partout présente. Et, peut-être que dans la litanie des articles qui affirment ou infirment avec la même certitude,au gré des analystes, l’analogie à la crise de 1929, ces « experts » oublient d’en rappeler une dimension sémantique,1929 fut qualifié de Grande Dépression, la crise de confiance actuelle risque de se transformer en des millions de »petites dépressions »…

Publicités

Une Réponse to “La communication de crise en récession ? (Stratégies, 9 octobre 2008)”

  1. anne-c said

    Ce qui me frappe pour rebondir sur « l’art consommé de la diplomatie et de la guerre », c’est qu’on essaie effectivement de faire de la pédagogie financière en désincarnant totalement le sujet, donnant l’impression qu’il n’y aura pas de « victimes humaines » à ce krach financier. Les frappes de répliques sont présentées comme « chirurgicales », comme si une crise ne fait aucun dégâts collatéral.

    Au sujet de la sémantique, il y aurait fort à dire : notamment sur le double sens des mots. Ce qu’on appelait avant « production de valeurs » s’appelle aujourd’hui dette publique, immobilière, automobiles, des cartes de crédit…

    Victimes de l’économie « casino » keynésien, on se rend compte que c’est l’ensemble du « château de cartes » financier qui s’écroule sous le séisme financier entraînant des dépression en cascade jusqu’au « fournisseurs » qu’on croyait épargnés (Chine et Inde)… On peut aussi y voir une forme de pandémie financière qui a réussi à se propager outre atlantique aujourd’hui. Les Etats essayent de s’entendre pour une réplique commune sans succès.

    Enfin, pour faire suite à ce que vous écrivez sur l’aspect moralisateur de cette crise. On a l’impression qu’il faut à tout prix trouver un « sens » à cette crise là pour expier nos fautes. C’est aussi assez « Nietzschien » : « tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », un peu comme la « wei », définition de la crise asiatique (mélange de risques et d’opportunités).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :