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Posté par labetiseeconomique le novembre 1, 2009
Next, le supplément magazine de Libération nous interroge. Quel mot ou quel objet auront marqué des dix premières années 2000? Google, googleearth, Ipod, blackberry, Internet, cupidité, argent, clef usb. Quelques autres : eau, sabot, écologie. La révolution technologique l’emporte. Confusion souvent du contenant et du contenu. Faisons l’exercice différemment. Quels sont les mots dont vous ignoriez l’existence il y a dix ou vingt ans? Difficile de s’en souvenir. Et pourtant, Trois mots seulement : résilience, procrastination ou storytelling. Qui les connaissait il y a dix ans? Cette semaine, Le Nouvel Economiste nous propose le mot “Serendipité”. Cela signifie approximativement : trouver quelque chose alors qu’on cherchait autre chose. Deux chercheurs viennent d’y consacrer un livre, développant ses usages dans les domaines de la veille intellectuelle et de la prospective économique. Comment détecter des idées, des tendances à partir parfois d’un ensemble de choses anodines, comment formaliser la recherche d’idées en matière d’innovation?
En cherchant une définition plus précise de “serendipité”, nous avons découvert le néologisme “wilfeur”, qui consiste à “surfer” sans but sur Internet. Le mot vient de “What whas I Looking For?”. L’office québécois de la langue française a traduit cela par la “naviguerrance” ou la “cyberdérivance”. Joli non? Revenons à nos moutons. Sérendipité, le mot viendrait d’un conte persan du XVIe siècle, “Les trois princes de Serendip” (Serendip est le nom de Ceylan en vieux persan). Il raconte l’histoire de trois princes partis en mission. En chemin, ils font des trouvailles, apparemment sans rapport avec le but de leur mission. Et, vous l’aurez deviné, évidemment tout cela a un rapport et tout cela finit bien.
Dernière question, qui a dit : “le Net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventé les hommes” (Jacques Seguela, oct 2009). No comment. Le Net permet aussi, en quelques secondes, de découvrir, un dimanche de pluie, qu’un conte persan est à l’origine d’un concept du XXIe siècle, qui analyse les phénomènes d’alliances du hasard et de l’intelligence. Et d’en lire avec bonheur quelques passages.
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Posté par labetiseeconomique le octobre 31, 2009
Durant ces trois dernières semaines, la communication présidentielle nous a proposé un curieux collage cubiste. Certains appelleront cela du storytelling. Nous, nous appelons cela du collage. Des images réelles, collées les unes avec les autres. Les communicants de l’Elysée ont sélectionné les facettes les plus pertinentes de l’objet à déconstruire (mais qu’est-il ?), y ont apporté un peu de réalité et de matière, des fragments, chaque semaine ont ajouté de nouveaux mots : destin (Jean Sarkozy), travailler dur (discours sur la réforme des lycées), terre (discours de Poligny devant les agriculteurs), identité nationale. Tout est dans l’équilibre, disent les historiens de l’art à propos des collages cubistes. « L’exercice d’identification est inefficace pour comprendre l’oeuvre car s’impose le caractère arbitraire de la découpe, de la sélection, de l’échelle et du placement des signes. Seuls les rapports contrastés et équilibrés entre les signes comptent » (Tristan Tremeau à propos de Braque).
Et peu à peu, une image s’est construite dans nos têtes ou plutôt une fable : celle du Laboureur et ses enfants.
Travaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
“Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents :
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’oût :
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.”
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout….
si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.
D’argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.
En 2012, la France fêtera le centenaire de la première œuvre cubiste de Picasso, Nature morte à la chaise cannée. L’Elysée s’y prépare. Merci Jean (de La fontaine).
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Posté par labetiseeconomique le octobre 17, 2009
Jean Sarkozy vient d’avoir 23 ans. Il est né le 1er septembre 1986 à Neuilly-sur-Seine. Il pensait devenir acteur, il a finalement choisi homme politique et bientôt président de l’Etablissement public d’aménagement de la Défense, comme un enfant choisit la panoplie de Lucky Luke ou de Zorro. Et partout dans les médias, le voici cette semaine qui défend son prochain premier rôle, comme un enfant de star nous explique qu’il a décroché le rôle, comme tous les autres, après un casting… Tout seul, sans devoir rien à personne, sans que ce que soit par « la volonté et l’acharnement d’un homme » (comme dirait “DV”), tentant même de nous expliquer comment avec ce nom là, c’est plus difficile encore ! Enfants de la balle ou politic natives, politique et spectacle, star system et politique, la dérive continue.
Si le fils d’un prix Nobel de chimie, à 23 ans encore 2e année de chimie, voulait diriger le laboratoire, lui donnerions-nous les clefs? Pourquoi ce qui vaut dans de nombreux domaines ne vaut pas pour la conduite des affaires publiques? A moins que là seule compte la “surface sociale” de l’impétrant?
*
C’est l’histoire d’une jeune femme magnifique qui dit à Einstein : marions nous et faisons des enfants, ils seront beaux comme moi et intelligents comme vous. Et si l’inverse se produisait, demande Einstein ?
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Posté par labetiseeconomique le septembre 24, 2009
Cette semaine, Le Monde, dans son supplément Economie, s’interroge : s’il n’y avait qu’une et une seule leçon à tirer de la crise, laquelle choisiriez-vous? A n’en plus douter, que cette crise est sexuée : son histoire s’écrit au masculin pluriel. 13 personnalités interrogées, triées sur le volet et semble-t-il représentatives du monde des affaires et de la politique, dont une seule femme : Dominique Sénéquier, présidente du fonds d’investissement Axa Private Equity. Voilà l’histoire qui nous est racontée, la crise est encore et toujours une affaire d’hommes. Belle parité.
* Hier, Nadine Morano a convié à déjeuner toutes les anciennes secrétaires d’Etat ou ministres des droits des femmes de ces trente dernières années….pour parler de la lutte contre les inégalités salariales, la réforme du congé parental et le combat contre les violences faites aux femmes. Trente ans et encore tant de chemin à parcourir.
* Et si Lehman Brothers s’était appelée Lehman Sisters ? La banque centenaire aurait-elle fait faillite? La boutade fait bien rire aux Etats-Unis alors qu’on commémore la faillite de Lehman Brothers. Et si nous la prenions au sérieux?
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Posté par labetiseeconomique le septembre 4, 2009
Peut-on aujourd’hui, au coeur d’une dépression mondiale sans précédent, commencer à réfléchir à un autre monde économique? Au-delà de l’urgence, penser l’émergence? La crise n’est ni simplement financière ni classiquement cyclique. Elle traduit un déboitage de l’économie et de la société. Tout bouge en même temps : la valeur des biens et des actifs, les limites des entreprises et des réseaux, les frontières de l’intime et du collectif. Quelle lumière peut surgir d’un tel maelstrom? C’est à cette interrogation que se sont confrontés, selon de multiples approches, les membres du groupe Economie du Forum d’Action Modernités. Auteurs : C. Blondel, F. Fourquet, P. Frémeaux, M. Guillaume, M. Henochsberg, P. Lemoine, P. Moati, Y. Moulier Boutang, F. Rachline, A. Rebiscoul, D. Toussaint, M. Volle, R. Zarader. A lire : “Vers un autre monde économique”, Descartes & Cie, 2009.
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Posté par labetiseeconomique le juin 26, 2009
Les lauréats du grand prix Paris Match du Photoreportage étudiant 2009 avaient truqué leur reportage sur la précarité étudiante, le jury n’y avait rien vu et vient d’annuler le trophée. Rien vu, ou simplement été aveuglé par un miroir médiatique parfait ? Comment imaginer que ce photoreportage n‘était que trucage, quand « le vrai n’est qu’un moment du faux » dans une actualité qui privilégie les émotions, le choc visuel, et développe de plus en plus de formes d’information qui floutent la perception du réel, la téléréalité ou le docu-fiction ?
A mettre en parallèle, les derniers chiffres de l’INA sur la place du fait divers dans l’actualité. Entre 1999 et 2008, les éditions du soir ont évolué jusqu’à consacrer 10% de leur temps d’antenne aux catastrophes et faits divers. Soit une augmentation de 270%… le poids des mots, le choc des photos… de catastrophes et de nouvelles lacrymales, qui nourrissent la compassion. Les médias sont de plus en plus des « entreprises » de presse en concurrence, tant et si bien que, pour certains, la distinction entre le journalistique et le médiatique vaut parfois plus en théorie qu’en pratique…
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Posté par labetiseeconomique le juin 13, 2009
Après la Princesse de Clèves, la Chartreuse de Parme? L’expression, « Comme Fabrice à Waterloo », rarement employée, resurgit ici et là depuis quelque temps, très exagérément au détour d’un article sur le cyclisme et Laurent Fignon (Le Point, cette semaine), ou peu modestement dans un témoignage politique (Challenges, mars 2009). Elle pourrait également qualifier François Bayrou, certain qu’un destin différent, héroïque lui est réservé, mais l’homme, face à la défaite, quittant la figure de l’opposant et arbitre, a préféré se comparer à Zidane. Encore un coup de tête !Etre « comme Fabrice à Waterloo » : vivre un événement, une bataille, sans en avoir une vue d’ensemble, avec une certaine naïveté du monde, une rêverie héroïque sur les choses. « Ceci est-il une véritable bataille ?[...] cette bataille était-elle Waterloo ? » L’expression porte une part d’indulgence. A moins d’une construction épique du présent, elle nous rappelle surtout l’impossible conscience du présent historique et du moment d’Histoire.
A lire : « Waterloo et les regards croisés de l’interprétation », Philippe Mongin, Cahiers de la Recherche, IHPST / CNRS, janvier 2009.
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Posté par labetiseeconomique le juin 1, 2009
C‘est la question posée à ses internautes par Le Nouvel Economiste. « Passage obligé », la formulation a valeur d’usage. Comment faire la Une du 20h00? Comment créer le buzz dans les médias? Ségolène Royal, en storyteller du pardon, ou François Bayrou auteur d’ Abus de pouvoir, comme un écho sémantique au Coup d’Etat permanent de François Mitterrand, excellent dans l’exercice. Une idée simple, une impulsion, des sentiments, l’incarnation d’une figure héroïque. Sans se rappeler des détails, la mémoire se souvient toujours d’une prise de position en rupture et qui selon la règle des trois unités, de temps, de lieu et d’action, de la tragédie classique, permet au dramaturge politique d’établir la vraisemblance de l‘histoire. « Qu’en un jour, qu’en un lieu, un seul fait accompli, tienne le théâtre rempli », écrivait Boileau. La mémoire se souvient des mots : pardon, abus de pouvoir. Il suffit de se souvenir de l’affaire Toyal : en 2006, l’entreprise Toyal a disparu du rôle titre de sa propre histoire, effacée au bénéfice d’une fiction mise en scène en temps réel par le député Jean Lassalle dans la salle des Quatre-Colonnes de l’Assemblée nationale. Alors que « l’actualité » est une notion fondamentalement a-historique, fondamentalement volatile et périssable, la mise en récit dramatique de l’événement donne à celui-ci une perspective passée et future nouvelle. L’événement entre dans un présent historique. Alors que même répétée, même renouvelée, une information perd de son intérêt par l‘effet de saturation que crée l’arrivée de nouvelles actualités, la mise en récit la pare d’une forme de pérennité et d’éternité.
Sur le même thème, Catherine Malaval et Robert Zarader, “du Storytelling au Sorry-telling”, Communication sensible, 2008
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Posté par labetiseeconomique le mai 3, 2009
1968-2008 : l’an dernier, 40 ans célébrés par des livres, débats, films et conférences. Mais la plus belle et plus aboutie des célébrations n’était-elle pas celle qui, en 2008, de Kerviel à Madoff, de Lehman Brothers à AIG donnait à voir les mauvais rêves d’un monde réel et les vérités prétendues d‘un monde irréel… Un monde prisonnier, perdu entre deux thèses de Debord (La Société du spectacle, 1967) : « le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir, le spectacle est le gardien de ce sommeil », et « dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux ». Que nous dit-on d’autre aujourd’hui ? Les libéraux découvrent la critique du capitalisme, les marxistes n’existent plus ou se cachent, les keynésiens donnent des leçons qu’ils sont incapables de mettre en œuvre. Ce spectacle est aussi celui des idées qui n’en sont pas. Prophéties situationnistes de Raoul Vaneigem (Traité de savoir vivre à l‘usage des jeunes générations) : « l’histoire présente évoque certains personnages de dessins animés, qu’une course folle entraîne soudain au-dessus du vide sans qu’ils s’en aperçoivent, de sorte que c’est la force de leur imagination qui les fait flotter à une telle hauteur ; mais viennent-ils à en prendre conscience, ils tombent aussitôt. » Imagination ou prise de conscience, le système hésite et vascille. Crises en série ou séries en cours? Pour quelles fins?
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Posté par labetiseeconomique le avril 19, 2009
A la manière des séries américaines qui font le bonheur des chaînes par leur audience et la publicité qu’elles drainent, cette crise est un spectacle. Découpée en saisons et en épisodes, elle obéit à toutes les lois du genre. Héros, traîtres, passions, douleurs, rebondissements, rien n’y manque. Même s’il y apporte une réponse idéologique avant tout, Alain Badiou pose une question cruciale quand il demande « de quel réel cette crise est-elle le spectacle? ».
Quelqu’un doit s’en aller, c’est donc le nom d’une nouvelle série américaine développée par Endemol, qui sera diffusée sur la Fox à l‘été 2009. La série a pour décor une entreprise au bord du dépôt de bilan. Aux salariés de décider qui doit s’en aller, feuilles de salaire et aide d’un coach à l’appui ! Cynique façon de leur laisser la responsabilité d’assumer la réduction des effectifs et, par renversement, d’avoir à résoudre une situation qu’ils subissent… Non, affirme un porte-parole d’Endemol, « cela va être une expérience intéressante d’inverser les rôles de pouvoir ». De quel pouvoir cette série est-elle en réalité le spectacle? Les salariés peuvent-ils virer le boss?, s’interroge pour sa part le Washington Post. La boucle est bouclée, à force de décrire la crise comme autant d’histoires fictionnelles, l’économie réelle fait son entrée dans la fiction télévisée. Dans Loft Story, les « éliminés » retournaient dans la vraie vie. Qu’en sera-t-il pour les éliminés de « Someone’s Gotta Go! »? Bienvenue dans le monde de l’éco-réalité !
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