« Le scénario de l’homme seul » : l’expression est apparue dans l‘affaire Kerviel, la revoici dans les affaires Madoff et Satyam, repérée dans Le Figaro ou dans Libération notamment. Comment monter une fraude aussi incroyable seul ? Comment berner les auditeurs, les actionnaires, les plus proches collaborateurs ? Comment extraire autant de charbon tout seul ? Stakhanov, lui aussi, était soi-disant seul, pour repousser les limites du travail humain au nom du communisme. En 1985, alors qu’il s’agissait de fêter l’exploit, on apprit que le mineur soviétique avait reçu un coup de main. Déception. Le mythe du stakhanovisme s’effondrait, en même temps bientôt que l‘empire soviétique. Contre-héros d’un côté, héros de l’autre, dans les deux cas une affaire de rendement ! Extraire le plus de charbon, gagner le plus gros bonus, proposer les meilleurs rendements. Au nom de quoi ? Etrange pourtant, l’analyse reste souvent cartésienne, fascinée d’abord par la technique, le montage, la combine. Il s’agit de comprendre ici le montage Ponzi, là les contrôles qui n‘ont pas fonctionné, la façon dont ces hommes s’y sont pris pour presque réussir. Réussir avant de perdre l‘équilibre, emmenant la nappe, la vaisselle et tous les invités. Ah, s’il n’y avait pas eu la crise, la belle affaire !
« L’homme seul » est une figure classique de la fiction de la littérature, héros au grand cœur ou commissaire solitaire. Une figure également adulée de l’économie réelle, qui a rythmé l’histoire des techniques de la société industrielle, ou de la recherche scientifique. En la personne du juge d’instruction, « l’homme seul » a aussi eu son heure de gloire dans de grandes affaires politico-financières.
Dans une économie mondialisée, où tout se joue et se dénoue dans le lien du collectif, dans une économie financiarisée et virtuelle, le « scénario de l’homme seul » n‘est pas crédible dans ces différentes affaires. C’est le chapitre 1. Passé le réveil violent, (hélas, le monde n’est pas celui des bisounours), voici que commence le chapitre 2, la recherche des complices. De qui ces hommes ont-il reçu un coup de main (de pioche) ?