La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

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Articles reli´s: «:crise financière»

La crise au masculin pluriel

Posté par labetiseeconomique le septembre 24, 2009

 Cette semaine, Le Monde, dans son supplément Economie, s’interroge : s’il n’y avait qu’une et une seule leçon à tirer de la crise, laquelle choisiriez-vous? A n’en plus douter, que cette crise est sexuée : son histoire s’écrit au masculin pluriel. 13 personnalités interrogées, triées sur le volet et semble-t-il représentatives du monde des affaires et de la politique, dont une seule femme : Dominique Sénéquier, présidente du fonds d’investissement Axa Private Equity. Voilà l’histoire qui nous est racontée, la crise est encore et toujours une affaire d’hommes. Belle parité.

* Hier, Nadine Morano a convié à déjeuner toutes les anciennes secrétaires d’Etat ou ministres des droits des femmes de ces trente dernières années….pour parler de la lutte contre les inégalités salariales, la réforme du congé parental et le combat contre les violences faites aux femmes. Trente ans et encore tant de chemin à parcourir.

* Et si Lehman Brothers s’était appelée Lehman Sisters ? La banque centenaire aurait-elle fait faillite? La boutade fait bien rire aux Etats-Unis alors qu’on commémore la faillite de Lehman Brothers. Et si nous la prenions au sérieux?

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Subprimes : desesperate housewives

Posté par labetiseeconomique le mai 1, 2009

Tout comme la série Desesperate Housewives commence par un suicide, l’effondrement du marché immobilier et la chute libre de ménages sans parachutes dorés, a marqué en réalité le début d’une introspection dans la société américaine, où l‘on a découvert que la crise financière ne peut être réduite à une histoire de subprimes et de ménages abusés mais qu’un projet politique et idéologique en porte également la grande responsabilité. Mais cette histoire là est-elle moins « politically correct » ? 

En réalité, le « tous propriétaires », comme la politique monétaire qui lui fut associée aux Etats-Unis, a participé de la volonté néo-conservatrice de régénérer le rêve américain et de détruire, avec un succès relatif, le rapport salarial classique, et la conception d’une société de classes structurée sur ce rapport, pour lui substituer un monde régi par le droit de propriété. En France, adoptant cette nouvelle grammaire de la réussite, la droite a compris, si elle voulait remporter les élections en 2007, qu’elle devait se défaire de l’opposition de classe traditionnelle entre le travail et le capital, et insuffler des comportements capitalistes dans les milieux populaires : l’épargne, l’investissement, l’acquisition par l‘endettement. Bref, dans un pays d’épargnant, où l’hypothèque est surtout synonyme de faillite personnelle, introduire un modèle de société où la distinction se fait entre celui a possède et celui qui ne possède pas. Faire de chacun un capitaliste, même modeste, pour le rendre plus sensible à des thèse libérales.

Le scénario a pris la tournure d’un film catastrophe : peu importe… C’est toutefois à cette aune qu’il faut relire les exhortations à la propriété immobilière du candidat Sarkozy, sa volonté de redéfinir les règles du crédit hypothécaire en France et ses passes d’armes avec Jean-Claude Trichet.

La crise financière a brutalement cassé le rêve sarkozyste de faire émerger en France un nouveau capitalisme populaire national, par une morale du travail et de l‘enrichissement. « Endettez-vous » disait-il. (Robert Zarader, article à paraître)

 

 

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Vieilles carnes ou nouveaux étalons ? Tous aux abris !

Posté par labetiseeconomique le février 21, 2009

La semaine passée, le mot d’actualité était celui de « protectionnisme ». Dans le même esprit, celui de cette fin de semaine ne serait-il pas « refuge » ? Tous aux abris ! L’histoire de l’économie, qui fut longtemps réduite à celle de la monnaie, se résumerait-elle à un retour aux valeurs d’origine ? Alors qu’avec la crise, l’opinion publique a découvert tant de mots sophistiqués, les swaps, les hedge funds, le side pocket, la titrisation, et autres produits toxiques, le temps que l’orage ne passe, voici le grand retour des placements de « bon père de famille », l’or et le livret d’épargne ! En janvier, les Français ont déposé 19 milliards sur leurs livrets d’épargne et démontré ainsi leur capacité à augmenter leur pouvoir… d’épargner. Pouvoir d’achat en berne contre pouvoir d’épargner en hausse, dilemme de crise.

Les voilà également qui suivent le cours du Napoléon. Deuxième valeur refuge : l’or, qui a franchi la barre symbolique des 1000 dollars l’once. L’or, cette valeur qui a marqué toute l’histoire économique jusqu’en 1971, lorsque fut mis un terme à la convertibilité du dollar en or. L’or et évidemment l’emprunt-or d’Antoine Pinay, un rendement modéré (3% indexé sur le Napoléon) mais une exemption fiscale totale. Quelques milliards d’aujourd’hui rapidement dans les caisses de l’Etat. La bonne idée.

Moins connu, Antoine Pinay associa aussi son nom à une amnistie fiscale qui favorisait le retour en France des capitaux placés à l’étranger à la Libération. L’amnistie fiscale au nom du patriotisme économique, chapeau Monsieur Pinay ! Le fisc américain, soucieux de faire entrer dans l’argent dans les caisses, s’en serait-il inspiré cette semaine en demandant la levée du secret bancaire suisse pour 52 000 citoyens américains qui auraient tenté de lui échapper?

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Guadeloupe et Martinique, 1987-2009, la fin d’un cycle

Posté par labetiseeconomique le février 14, 2009

“Menaces sur les équilibres économiques, situation financière délicate pour certains ménages : les dangers d’un développement excessif du crédit existent. Il faudra surveiller au cours des prochains semestres si cette envolée des crédits aux particuliers n’est qu’une flambée de paille ou bien un phénomène durable.” Cette citation concluait un rapport de l’insee de la fin des années 1980, insistant sur les dangers d’un changement si brutal des mentalités aux Antilles, en une génération à peine. Si les anciennes générations n’avaient pas un tempérament épargnant (“plus cigales que fourmis” dit le rapport), au moins elles ne s’endettaient pas, préférant payer cash leurs achats. La donne a changé à la fin des années 1980, où le crédit aux particuliers a connu une croissance exceptionnelle, les jeunes générations pratiquant le crédit, sans réelle maturité économique. Logement, automobile, électroménager, hifi, etc. : le “tout, tout de suite” est alors devenu un mode de vie. Banques et instituts de crédit se sont ruées sur ce fromage. L’année 1987 a ainsi marqué un tournant avec une progression de plus de 80% des crédits aux particuliers. La situation s’est aggravée tout au long des années 1990 avec le boom du crédit-revolving (cf. le nombre de dossiers déposés en commissions de surendettement). Le surendettement touche aujourd’hui majoritairement des familles monoparentales, comme le montrent les chiffres avancés par l’Institut d’émission des départements d’outremer et de nouvelles études Insee. En 2008, la crise économique est venue mettre un terme brutal à ce cycle de vingt années. La suite s’écrit dans la rue aujourd’hui…  

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La crise, une affaire d’hommes ?

Posté par labetiseeconomique le février 13, 2009

Madoff, Kerviel, et les autres. Tous des hommes. Peu de femmes font l’actualité de la crise économique. Faut-il y voir une simple confirmation du plafond de verre ou s’interroger plus loin, comme lors du Women’s Forum en octobre dernier : s’il y avait eu plus de femmes aux postes de décision, le monde aurait-il vécu une crise financière d’une telle ampleur ?

- « Les hommes font la guerre, les femmes pansent les blessés » disait-on naguère. Une image à la Une : celle du photographe américain Anthony Suau, qui vient de recevoir le World Press Photo Award, le plus prestigieux concours de photojournalisme. Un policier armé dans une maison dévastée, qu’on croirait à la recherche d’un dangereux terroriste… et “simplement” venu s’assurer du départ de ses habitants. Triste époque.

- En janvier dernier, à la recherche de solutions pour faire face à la crise, le forum économique de Davos proposait une conférence intitulée « the girl effect on development ». Il y était question de femmes qui ne cherchent pas la charité des plus riches, mais de femmes qui veulent donner un avenir à leurs enfants, de femmes comme Anita, une jeune indienne devenu apicultrice pour faire tourner sa maison et donner une éducation à ses enfants, de femmes aidées par la Grameen Bank du professeur Yunus. Les Danie Ladies de Danone en Afrique du Sud par exemple.

- En Islande, dans ce pays de marins, où les hommes sont souvent absents, les femmes ont toujours su s’organiser entre elles et faire entendre leur voix. Elles étaient 30 000 dans la rue en 2005 pour réclamer l’égalité des salaires, deux fois plus en 2005, leur colère gronde avec l’effondrement de l‘économie islandaise. Une femme vient d’être nommée premier ministre. La chanteuse Björk vient de donner son nom à un fonds d’investissement afin “d’introduire des valeurs féminines dans le monde de la finance”.

- Les femmes seraient plus stressées que les hommes face à la crise économique. Explication des sondeurs : elles sont plus proches des réalités économiques et des problèmes d’argent, plus conscientes de l’instabilité de l’emploi à temps partiel où elles sont les plus nombreuses.

- Une étude McKinsey montre que les sociétés ayant au moins trois femmes sur dix dans leurs fonctions de direction affichent des performances nettement meilleures que les autres en terme d’excellence organisationnelle. Cela vaut aussi pour l’excellence financière. Cette étude démontre, de manière statistiquement fiable, que les entreprises qui ont une plus grande proportion de femmes dans leurs comités de direction sont aussi celles qui sont les plus performantes.

- Bravo à Samantha Davies qui vient de franchir la ligne d’arrivée du Vendée Globe. :-)

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Dette des Etats : l’introuvable principe de précaution

Posté par labetiseeconomique le janvier 27, 2009

Le développement durable est « un développement qui répond aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». La définition, ainsi écrite dans le rapport Notre avenir à tous (Commission Brundtland), valait en 1987 pour l’environnement. Elle s’applique aujourd’hui en matière d’investissement, de recherche et d‘innovation, alors que le gouvernement lance un nouveau Grenelle, consacré cette fois-ci à l‘innovation. Elle s’applique aussi à la question de la dette publique. Comment sera financé in fine le sauvetage des banques ? Première édition et bientôt Deuxième édition. De quel principe de précaution s’entoure-t-on ? En matière environnementale, le principe de précaution a été inscrit dans la Constitution en 2005, en y adossant la Charte de l‘environnement. Pour ou contre l’inscription du principe de précaution dans la Constitution ? Le débat anima de nouveau la communauté scientifique, les juristes et les politiques en 2007 lorsque la Commission Attali proposa de revenir sur ce point. Ne peut-on admettre que la tentation de réduire (voire le fantasme d’abolir) le risque, au nom de ce principe de précaution, pèse sur la dynamique de l’innovation et de la recherche? Ne faut-il pas relire l’histoire et mieux considérer une vision du progrès qui a fait ses preuves, où l’inconnu et le risque étaient partie intégrante de la recherche? Ne faut-il pas tout simplement faire confiance aux chercheurs et admettre que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »?Pour les défenseurs de l‘environnement, le principe de précaution est l’un des piliers du développement durable. Dont acte. Revenons donc aux générations futures et à la dette publique, en opposant à la finance ce qui l’a été la science en matière de risque. De quel principe de précaution ne s’est-on pas entouré, même finalement, en tirant les leçons de l’affaire Enron ? En 2009, le total des emprunts des Etats va franchir la barre des 3000 milliards de dollars. 3000 milliards de dollars! De quel principe de précaution s’entourent les Etats en s’endettant à des hauteurs si considérables ?

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Avis de tempête sur l’économie réelle

Posté par labetiseeconomique le janvier 25, 2009

« Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête », c’est le titre d’un livre opportun de Jean-Marie Messier sur la crise économique. Jean-Marie Messier, surnommé J4M, Jean-Marie Messier Maitre du monde, avant l’éclatement de la bulle Internet et auteur de cette sublime formule « le groupe va mieux que bien », prononcée en 2002 alors que Vivendi annonçait une bonne dizaine de milliards de pertes, le record d’une entreprise basée en France.
Curieuse formule que ce titre, passif, à l’horizon irréel, invoquant le ciel. Dans la mythologie, c’est par le ciel que les divinités rappellent aux hommes leur puissance destructrice, leur envoyant la foudre, la tempête ou l’ouragan. Certaines religions y voient le lieu où vivent les dieux, le « Très-Haut », le lieu de la transcendance de l’homme et de la résurrection, à l’opposé de la « vallée de larmes » que serait l’existence terrestre. Le ciel, ici évoqué, serait-il le lieu de résidence et de convergence, mot fétiche de J4M, des dieux de la finance et de l’économie virtuelle ? Humains de l’économie réelle qu’aurions « nous » fait de mal ? De quelle conduite injuste serions-nous responsables ?
Curieuse formule donc que ce titre inversé, la tête tournée vers le ciel. Et s’il fallait penser autrement, radicalement autrement, de façon plus terre à terre. En opposant à cette invocation céleste et gauloise, cette formule de Marx « Etre radical, c’est prendre les choses à la racine. Et la racine de l’homme, c’est l’homme lui-même ».
Tout boursier sait que les « arbres ne montent pas jusqu’au ciel », même pas dans les forêts primitives, celles des Seychelles ou du Mozambique, qui plus est dans le monde de la finance ! Mais s’il était possible de numériser les racines des banques et des fonds d’investissement aujourd’hui que verrions-nous ? Des ramifications profondes et étalées ? D’immenses ramifications qui se perdent à l’infini, affaiblissant tout l‘ensemble ? Des racines pourries ici et là ? L’inquiétude est patente. Quand survient une énorme tempête, comme en 1999, comme celle qui a frappé ce week-end, tout dépend du système racinaire des arbres. Selon plusieurs études récentes, celle du CNRS/Inist réalisée après la grande tempête de 1999 ou celle de l‘INRA (« étude des relations entre systèmes racinaires et stabilité des arbres », laboratoire de rhéologie du bois de Bordeaux), certains arbres s’enfoncent dans le sol et restent debout, d’autres se déracinent, pénalisés par « un fort réseau de racines dans le vent et une faible profondeur d’enracinement », Quant aux arbres déjà affaiblis par une attaque précédente, ils ne s’en sortent jamais. Après le verglas, une bonne tempête et les voilà couchés sur le sol !
Selon ces différentes études, mieux connaître la structure et le comportement mécanique de l’arbre en cas de tempête, mieux comprendre les relations entre croissance et stabilité, a permis et permettra d’imaginer de nouveaux modèles de gestion des forêts. Voici une leçon simple de la sylviculture pour tous ceux qui réfléchissent à de nouveaux modèles de gouvernance et de transparence des entreprises.

Cette semaine en Allemagne, le patron chargé du fonds de sauvetage des banques a démissionné, opposé à l’idée d’une « bad bank », une banque où seraient rassemblés tous les actifs « toxiques ». Couper les racines intoxiquées et les enterrer dans une même forêt permettra-t-il de sauver tous les arbres?

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Rouge baiser

Posté par labetiseeconomique le janvier 16, 2009

Ce mois-ci, les PUF ont vendu 150 exemplaires du « pavé rouge », le Capital de Karl Marx. Rouge comme le petit livre rouge. Et soudain on se souvient d‘un pavé rouge, deux mêmes, deux tomes publiés aux PUF : Histoire économique et sociale de la France, 1880-1950, 1950-1980. Le « Braudel-Labrousse ».
Quelques minutes plus tard, le nez dans la bibliothèque, on feuillette l‘index. « Crises et cycles », nous y voilà. Tiens, pas de crises sans cycles? « On a cru éliminer les cycles mais aujourd’hui la réalité se venge », analysait récemment Christian Schmidt. «  Le National Bureau of Economic Research, qui est aujourd’hui la seule institution à travailler sur les cycles, a tiré très tôt la sonnette d’alarme ». Marx, Keynes, beaucoup de vieux ténors de l’économie sont évoqués depuis le début identifié de la crise. Que reste-t-il aujourd’hui de Juglar et Kondratieff ?

« Crédit public », « Crises », « Crises et cycles », « Croissance ». Ainsi va l’index du Braudel-Labrousse, dans une étonnante promiscuité linguistique, qui sonne comme un plan de relance.

Extrait (tome 1, page 136) : « Fréquemment, en 1889-1890 comme en 1881-1882, c’est dans la sphère de la circulation de l’argent (Bourse-banque) que se produisent les craquements préalables. (…) La mécanique de la crise boursière est toujours élémentaire : la rudesse de la chute est proportionnelle à la hauteur de la spéculation. »

 

 

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Essai d’interprétation de la crise, à travers les théories marxistes ou néolibérales

Posté par labetiseeconomique le janvier 10, 2009

Pour donner une interprétation de la crise actuelle, de nombreux économistes et observateurs ont interrogé la théorie économique. Qu’ils soient de gauche ou de droite, tous les gouvernements évoquent de manière explicite ou implicite – depuis le début de la crise – un retour aux théories de Keynes. Cette évocation tient surtout aux politiques économiques qui partout – aux plans nationaux ou internationaux (Europe, G20, G7, FMI …) – s’inspirent des doctrines keynésiennes de relance. De manière plus rare, certains essaient de donner une lecture de la crise qui fasse appel à des interprétations différentes, marxistes ou néo-classiques (ou libérales).

Avant d’aborder les grandes lignes de cette interprétation, un bref rappel de la chronologie et des formes de cette crise est nécessaire. En guise d’introduction : histoire d’une crise. On peut considérer que depuis le début des années 2000, une bulle s’est développée aux Etats-Unis au sein du secteur de l’immobilier résidentiel (en d’autre terme celui de la propriété individuelle). Par le jeu du marché de l’immobilier et grâce à « la complicité » rapide du secteur bancaire, le prix des maisons a augmenté tout en permettant aux ménages peu aisés d’accéder eux aussi à la propriété individuelle grâce à des prêts hypothécaires, désormais célèbres, les subprimes.

Pour continuer d’exister et de croitre, le secteur immobilier avait besoin d’un flux constant de nouveaux clients et donc d’une demande croissante de maisons individuelles et de crédits associés. La bulle immobilière appelait ainsi de manière mécanique à son gonflement permanent. Mais dès 2006, on note les premiers signes d’un essoufflement, voire d’un premier éclatement de cette bulle. La demande des ménages américains commencent en effet à ralentir, les prix de l’immobilier stagnent avant de baisser. Par construction, la mécanique même des subprimes ne pouvait fonctionner sans une augmentation permanente du prix des logements puisque c’est sur cette base que les emprunteurs « à risque » pouvaient faire face aux remboursements de leur crédit. Face à des dizaines de milliers de défauts de paiement, la mise sur le marché des logements saisis a tout à la fois donné à voir cette crise avec force et en plus l’a aggravé en faisant grossir les stocks et le marché. C’est la fin du premier acte où la crise est en apparence américaine et financière.

L’industrie financière à l’origine de la bulle s’est adaptée à la situation durant cette période des années 2000 en mettant au point de nouveaux type de prêts, de plus en plus risqués et sophistiqués. A posteriori, force est de constater que les contrôles nécessaires sur ces produits n’ont  visiblement pas fonctionné. Ce qu’on appelle la titrisation (regroupements de plusieurs milliers de créances dans un même contrat ou une même obligations) a permis de transférer les risques en vendant ces produits financiers très particuliers à des milliers d’investisseurs partout dans le monde. Par ce processus, l’effet subprimes se généralise et devient mondial en touchant les institutions financières et bancaires très largement en dehors des Etats-Unis.

Progressivement, le nombre d’emprunteurs subprimes défaillants a augmenté dans une telle proportion que ces obligations titrisées sont passées sous le seuil de rentabilité. Cela a entrainé des pertes considérables pour un grand nombre de banques et d’institutions financières, conduisant même certaines à la faillite. L’ampleur de ce phénomène si elle commence à être perçue reste encore probablement à quantifier de façon précise.

 

Difficultés ou faillites bancaires (Lehman Brothers), intervention massives de l’Etat dans le secteur bancaire (Fannie Mae, Freddie Mac) partout dans le monde, et d’abord aux Etats-Unis, la crise financière est bien réelle et elle va très normalement touchée de plein fouet l’économie réelle. Les Etablissement financiers très affaiblis octroient de moins en moins de crédit aux entreprises, or la croissance de ces acteurs dépend pour beaucoup de l’accès aux marchés des capitaux et du crédit.

 

Aujourd’hui la crise est donc globale, financière et réelle. Elle a conduit à des plans de relance massifs partout dans le monde et au constat actuel des premiers signes de récession et d’accélération du chômage. Américaine et financière en apparence à ses débuts (premier acte), on vit aujourd’hui le deuxième acte d’une crise qui est mondiale et globale (financière et réelle, économique et sociale). C’est sur cette base qu’on peut essayer d’appliquer les interprétations d’inspiration néo-classiques ou marxistes.

 

I. L’interprétation « néo-classique » de la crise : turbulences d’une économie qui ne permet pas aux marchés de fonctionner pleinement

 

Si on essaie de développer une analyse de la crise d’un point de vue néo-classique, l’essentiel de l’argumentation va porter sur la dimension financière de la crise et sur un dysfonctionnement prétendu des marchés. Le focus de l’analyse porte plus sur le second acte de la crise telle qu’on l’a décrite précédemment. Tout d’abord, comme à chaque crise, les néoclassiques ont tendance à évoquer les turbulences d’une économie libérale plutôt qu’une crise. La notion de crise est souvent ignorée ou niée par les néo-classiques, ils admettent tout juste des dysfonctionnements de marché qu’ils imputent à différents facteurs sur lesquels nous allons revenir. Pascal Salin n’écrit il pas encore fin 2008 : « Le capitalisme financier est universel et a de beaux jours devant lui, tout simplement parce qu’il n’est pas une création arbitraire, mais l’expression d’innombrables processus spontanés créés pour répondre aux besoins des être-humains. »

Tout est dit ou presque sur l’interprétation néoclassique. Le marché financier -comme tous les autres marchés- est une création naturelle, optimale dès lors que rien d’externe ne vient en perturber le fonctionnement. Le système est vertueux, il doit permettre tout à la fois une orientation efficace de l’épargne vers les activités rentables et une répartition équitable des risques. Pour les néo-classiques, les difficultés actuelles tiennent exclusivement à ce que des facteurs externes n’ont pas permis ce fonctionnement optimal. La crise financière serait due avant tout à l’intervention de l’Etat. Les gouvernements auraient multiplié la création d’autorités de régulation -nationales et internationales- dont les contrôles et les actions sont non seulement inefficaces mais nuisent au fonctionnement des marchés financiers. Ces marchés pouvaient selon eux s’organiser de manière bien plus efficace en s’autorégulant. Les règlements ont modifié les comportements, participés paradoxalement à une mauvaise information des acteurs et conduit à une répartition infondée des risques. Selon eux, l’autorégulation des marchés et les échanges d’information naturels qui en seraient ressortis auraient permis d’éviter ces imperfections. On retrouve les axiomes clés de la pensée néoclassique : primauté du marché sur toutes les autres formes d’organisation économique, information et transparence nécessaire…

 

Mais au-delà de ces principes très classiques de l’analyse libérale, les néoclassiques dénoncent dans leurs argumentaires actuels, l’interventionnisme et la politique monétaire américaine menées depuis une décennie. Principal accusé, Alan Greenspan et sa politique : les turbulences actuelles de l’économie seraient dues à l’instabilité des politiques monétaires, une gestion désordonnée des taux d’intérêt et une stratégie de change (dollar) au service de politique commerciale américaine. Pour eux, la politique monétaire -qui n’est  évident pas contrôlé par le marché dans ces situations- est l’expression parfaite de l’inefficacité d’une intervention publique décidée arbitrairement par des autorités à des fins politiques ou idéologiques (croissance forcée des Etats-Unis), et non strictement économique.

En effet, dans la théorie néoclassique, le niveau des taux d’intérêt marquent le prix du capital et il doit s’ajuster en fonction des offres et demandes de fonds prêtables. En pratiquant volontairement une politique de taux d’intérêt bas, Alan Greenspan a biaisé le fonctionnement du marché et l’allocation optimale des ressources. Les ménages ont consommés et se sont endettés dans des conditions « exceptionnelles » que jamais un marché naturel néoclassique n’aurait rendu possible. La politique monétaire menée a ignoré ce principe. Les taux d’intérêt ne représentaient donc en rien les prix de marché.

Le jeu des autorités monétaires est d’autant plus déstabilisant pour les marchés dans la mesure où pour les néoclassiques la monnaie n’est qu’un voile, et plus une variable d’ajustement qu’un paramètre fondamental de l’économie.

 

Et pour conclure, Pascal Salin écrit : « Sur le long terme, la crise actuelle apparaitra comme un simple accident de parcours qui aura peut être permis de liquider les entreprises financières les plus mal gérées. La plus grande menace vient du renforcement probable des réglementations.

 

II.L’interprétation « marxiste » de la crise : à l’origine une crise classique de surproduction… mais aussi le résultat des contradictions du capitalisme.

 

Comme bien souvent s’agissant des interprétations marxistes, elles peuvent très vite différer voir même apparaitre totalement contradictoires. Deux citations récentes pour l’exprimer, Paul Jorion, économiste français vivant aux Etats-Unis, réfutant l’analyse de Marx écrit ainsi : « Karl Marx appartient, bien entendu, au camp des pessimistes puisque le capitalisme présente, selon lui une prédisposition à disparaitre un jour à l’occasion de l’une de ses crises majeures qui signera alors son extinction. » alors que Jacques Attali dans Les Echos du 14 novembre 2008 écrit de façon de façon tout aussi catégorique : « Marx aurait analysé cette crise comme un soubresaut ».

Fin du capitalisme ou simple soubresaut : le grand écart des interprétations prêtées à Marx est d’emblée impressionnant. Pourtant, si l’on en reste aux racines de l’analyse des crises par Marx, on est assez proche, au moins à l’origine de cette crise, d’une crise classique de surproduction.

Dans le cas présent, on aurait assisté à une crise de surproduction de logements individuels aux Etats-Unis c’est-à-dire du point de vue marxiste à une marchandise produite en quantité pour être échangé (valeur d’échange) contre de l’argent. Pour consommer cette marchandise, encore faut-il posséder l’équivalent de sa valeur d’échange en argent, en d’autre terme il faut pouvoir l’acheter. Les crises de surproduction adviennent quand les producteurs des marchandises ne peuvent plus rencontrer des clients possédant suffisamment d’argent pour les acheter toutes à leur valeur d’échange. Pour les marxistes, c’est ce dédoublement de la valeur, en marchandises et en argent, qui crée la possibilité des crises générales de surproduction capitaliste. Avec cette grille de lecture il n’est pas étonnant que différents économistes aient fait le parallèle entre d’un coté, la surproduction de maison individuel aux Etats-Unis, et leur contrepartie en argent, en l’occurrence, artificiellement offerte grâce aux prêts hypothécaires (subprimes). La baisse de la valeur d’échange des maisons individuelles et l’incapacité de trouver des acheteurs faute d’argent, a conduit à la crise.

 

La crise est ainsi l’expression de ce que Marx désigne comme les contradictions du capitalisme. Si la vente des marchandises, ici les logements, a leur valeur n’a pas lieu ou n’a lieu qu’en partie, les capitalistes ne pourront pas recommencer le procès sur une échelle élargie. Cela peut arriver aussi bien à un capitaliste individuel qu’à l’ensemble des capitalistes c’est-à-dire au capital dans son ensemble. La reproduction élargie du capital qui est vital pour le système selon Marx est momentanément interrompu. En résumé, pour Marx la valeur doit non seulement être produite sous forme de marchandises mais aussi convertie sous forme d’argent. Si cette équation n’est pas remplie, la crise est possible.

 

Dans le cas présent, il y une évidente « similitude » avec ce qui s’est passé aux Etats-Unis en matière de logements. Pour prolonger l’interprétation marxiste, il faut aussi tenir compte de la façon dont la demande a été rendue solvable de façon artificielle.

 

La politique monétaire menée -associée à la croissance de la bulle financière- a permis un accès massif au crédit des ménages américains même défavorisés. Politiquement et économiquement, la distribution de ce revenu d’endettement s’est largement faite au détriment de la progression du salaire. Pour les marxistes, c’est une option idéologique qui vise à casser le rapport salarial classique et précarise de fait les travailleurs. Derrière cette mécanique qui distribuait du crédit plutôt que des salaires, les marxistes perçoivent deux objectifs du système : remettre de fait en cause la valeur travail et imposer une idéologie conservatrice du « tous propriétaire ». Pour eux, cela dessine une société américaine où l’on voit d’un coté des salariés au travail mais précarisé et insuffisamment payé, d’un autre coté une incitation permanente à l’accession à la propriété. C’est alors le développement de masse du crédit hypothécaire à risque qui est la solution imaginé pour résoudre cette équation néolibérale.

 

 

Au delà des Etats-Unis, au plan mondial, on retrouve les grandes lignes de ce mouvement des salaires, de la consommation et de l’investissement comme une explication de la crise.

Michel Husson montre l’importance de la croissance du profit non accumulé (non réinvestit dans le cycle de production) qui résulte de deux mouvements : le recul généralisés des salaires et la stagnation voire le recul des taux d’accumulation malgré la restauration des taux de profit. Dès lors, en posant la question suivante  -« Si la part des salaires baissent et si l’investissement stagne, qui va acheter la production ? »- il rejoint les interprétations marxistes de surproduction ou sous-consommation. La seule réponse possible comme il le démontre est que la consommation issu des revenus non salariaux (stock-options, rémunération financière, distribution de crédits à risque…) compense la baisse de la consommation salariale. 

 

C’est la finance qui sert à réaliser cette compensation globale face à la baisse des revenus salariaux, elle joue un rôle a part entière ; comme le dit Michel Husson « la finance n’est donc pas un paradis sur un corps sain. Elle se nourrit du profit non investit, mais avec le temps, elle acquiert un degré d’autonomie qui renforce ce mécanisme (…) Cette concurrence pour un rendement maximal élève la norme de rentabilité et raréfie un peu plus les lieux d’investissement jugé rentable, dégageant ainsi de nouveaux capitaux libres qui vont à leur tour partir à la recherche d’une hyper-rentabilité financière. Ce cercle vicieux repose encore une fois sur une répartition des revenus défavorable aux travailleurs et à la reconnaissance de leur besoin sociaux. ».

A travers cette analyse, on retrouve les mécanismes qui conduisent à une déformation du partage de la valeur ajoutée entre profits et salaires et la façon mécanique dont la crise financière se propage à l’économie réelle.

  

En guise de conclusion, entre les néoclassiques et les marxistes, les keynésiens ?

 

Il est difficile au regard des interprétations néoclassiques et marxistes de conclure à la pertinence totale de l’une ou l’autre des interprétations. D’un coté les néoclassiques apparaissent très optimistes et souvent loin des réalités de marché (information imparfaite, dysfonctionnement…) en analysant cette crise comme la turbulence d’une économie qui redeviendra très vite prospère, de l’autre, les marxistes pessimistes y voient la croissance inexorable des contradictions du capitalisme et le germe de son autodestruction. Dès lors, même si leur analyse présente comme on l’a vu un intérêt véritable, ils n’offrent par construction aucune analyse des issues de la crise.

En cela, Keynes et les postkeynésiens sortent « vainqueurs » non seulement des interprétations de la crise mais aussi et surtout des politiques nécessaires en matière de sortie de crise : politique de relance, intervention publique, coopération des Etats et conjointement retour  aux politiques économiques des Etats-nations… partout on retrouve les grands principes de la théorie keynésienne.

 

RZjunior.

 

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Perte d’identité aux Caisses d’Epargne (paru dans La Tribune, 30 octobre 2008)

Posté par labetiseeconomique le octobre 30, 2008

Tribune parue dans la rubrique Opinions. « Les relations que l’entreprise entretient avec sa culture et son histoire sont propres à chacune d’elles, écrivait l’historien François Caron, en préface d’un ouvrage consacré aux 75 ans de la Caisse Centrale des Banques Populaires. Une identité trop affirmée, trop respectueuse des traditions, peut-être un obstacle à son adaptation à l’environnement macroéconomique et devenir mortelle. A l’inverse, une gestion fondée sur une quête ininterrompue de la modernité qui rejette, sans ménagement, l’héritage du passé, peut déboucher sur une perte d’identité, tout aussi mortelle. La culture d’entreprise peut tout à la fois la détruire ou la sauver ».

 

A l’échelle de l’histoire bancaire et du crédit populaire, sur fond de crise financière mondiale, en quinze jours à peine, deux événements ont brutalement marqué la fin d’une époque : l’affaire des 600 millions des Caisses d’épargne (750 millions apprendra-t-on plus tard), des fonds propres joués sur la table du grand casino et perdus en deux temps trois mouvements par quelques traders échappés de la matrice de l’économie, et l’annonce d’un rapprochement possible avec les Banques Populaires. En vingt-cinq années d’une quête ininterrompue de modernité, ces deux groupes bancaires génétiquement liés à l’économie réelle ont ainsi voulu à tout prix pratiquer les mêmes métiers que leurs concurrents – les grandes banques diversifiées – et, au risque d’y perdre beaucoup, ont joué avec leur identité. Ah, être une banque comme les autres, financière et internationale, le rêve enfin réalisé pour les Caisses d’épargne, après tant et tant d’années de condescendance des banques de La Place puis vingt-cinq années de développement accéléré depuis cette loi de 1983 qui permit « la métamorphose en groupe bancaire moderne ». S’en suivit la prise de contrôle d’Ixis, la création de Natixis, le rachat de Nexity et bien d’autres opérations. Finalement, près de deux siècles après la création des premières Caisses d’épargne en 1818, quel grand écart avec le projet philanthropique de leurs deux fondateurs, le baron Benjamin Delessert et le duc François de La Rochefoucauld-Liancourt ! Et pourtant quelle formidable actualité des mots et des ambitions de ces deux hommes! N’espéraient-ils pas tous deux « faire comprendre au peuple les bienfaits, on peut presque dire, les miracles de l’économie », défendant, par la pratique de l’épargne, une morale fondée sur le travail et la prévoyance individuelle?

 

En octobre 2008, peu de bienfaits pour le peuple, une morale introuvable et point de « miracles de l’économie » pour les Caisses d’épargne et leurs dirigeants… Mais dépassons un moment l’incident à 600 millions pour nous interroger sur le sens caché du rapprochement programmé et aujourd’hui contraint de ces deux institutions nées d’ambitions différentes, l’une pour le soutien du crédit populaire, l’autre, pour celui des petites et moyennes entreprises. Ce sens caché, c’est celui évoqué par une étonnante combinaison de l’héritage idéologique libéral du XIXe siècle et de l’héritage idéologique radical de la IIIe et de la IVe République ! A leur création et durant les Trente Glorieuses, tant les Caisses d’épargne que les Banques Populaires ont en effet constitué une pièce maîtresse d’un projet social et politique, destiné d’une part, à insuffler des comportements capitalistes, l’épargne, l’investissement, etc., dans les milieux populaires, d’autre part à favoriser l’assise sociale et l’essor d’une classe moyenne principalement composée de petits entrepreneurs. L’histoire de ces banques se confond avec l’histoire de leur clientèle historique, les classes moyennes notamment, qui a joué le rôle structurant que l’on sait dans la croissance économique et le développement d’une consommation de masse, et figure au cœur de la crise sociale actuelle. Vingt-cinq ans de banalisation des Caisses d’épargne et des Banques Populaires, c’est aussi vingt cinq ans d’éloignement de cette clientèle qui leur était naturelle.

 

L’Etat a favorisé en permanence la consolidation du lien entre ces groupes bancaires et une classe moyenne dont il faisait son socle politique. Durant l’entre-deux-guerres, l’Etat a donné aux Banques Populaires les moyens d’exister tandis que les Caisses d’épargne bénéficiaient avec La Poste, du monopole de la distribution du Livret A. Même si l’Etat n’est plus le financier des Banques Populaires depuis longtemps et que la banalisation du Livret A est programmée au 1er janvier 2009, la « colère » gouvernementale contre les Caisses d’Epargne et leurs dirigeants à la suite de cet incident à 600 millions d’euros reste une illustration du rapport inconscient et du lien génétique qui lient l’Etat au futur groupe bancaire. C’est une première lecture de la colère du Président. Une seconde lecture existe, plus politique celle-ci. Alors que le désenchantement des Français s’accroît à mesure que décroît leur pouvoir d’achat et que la crise financière devient récession, cet obstacle inattendu n’a-t-il pas mis à mal, ne serait-ce qu’en apparence, son projet politique qui vise l’émergence d’un nouveau capitalisme populaire national, exprimée dans les mots et dans cette ambition « récente »  de refonder le capitalisme, du désormais célèbre Discours de Toulon aux prochaines Assises de l’UMP? Aux côtés de grandes banques internationales comme BNP Paribas, nécessaires pour affronter un concert de concurrence mondiale, ce néo-capitalisme a plus que jamais besoin en temps de crise de « sa » banque. Fort de ses liens originels avec les classes moyennes dans toutes leurs dimensions, le groupe Caisses d’épargne – Banques Populaires incarnait à ses yeux une solution idéale, il continue de l’incarner…même à 600 millions d’euros près.

 

CM/RZ

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