La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

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    Pour partager des exemples présents et passés de la bêtise économique : traitement des médias, interventions politiques, relations entre l'entreprise et l’opinion, déraison économique des entreprises…
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Quand la faim justifie les moyens

Posté par labetiseeconomique le avril 13, 2009

De faim et de politique, il est beaucoup question en ces temps de crise, de grève de la faim par des hommes politiques et de familles qui se serrent la ceinture. En décembre dernier, une étude du Centre de Recherche pour l’Etude sur les Conditions de vie, commandée par le Haut commissariat aux Solidarités actives contre la pauvreté, soulignait les effets de la crise sur les ménages français les plus pauvres ; 60% des ménages concernés avaient changé leurs habitudes alimentaires pour des raisons budgétaires.
Que penser alors d’un élu du peuple, député ou président, qui use de sa fonction d’élu en faisant la grève de la faim, comme le ferait un sans-papier ou un prisonnier politique qui n‘aurait plus d’autre issue? Quelle image cet élu donne-t-il de sa fonction? Quelle fausse morale impose-t-il aux regards, par cette stratégie de l’émotion? Pire, que penser d’une grève de la faim « tournante », par 24 heures et à tour de rôle?

Ce sont pourtant les deux informations politiques qui ont animé la fin de ce week-end pascal. Depuis lundi, deux députés PS, David Habib et Martine Lignières-Cassous, sont en grève de la faim « tournante », pour soutenir les salariés de l’usine chimique Célanèse, située sur le bassin de Lacq. De l’autre côté de l’Atlantique, en Bolivie, le président Evo Morales a choisi le même moyen de pression, faute d’avancée au parlement de l’adoption de la loi électorale et dort sur un matelas dans le palais présidentiel. Au 3e jour pour lui, il vient d’être rejoint avec le préfet de La Paz et quelques dirigeants sympathisants.

« Politique de l’émotion des peuples » selon l’expression employée lors de la grève de Jean Lassalle en 2006 par François Bayrou, ou marketing politique du désespoir à la veille d’élections, la grève de la faim n’est rien d’autre qu’un mode de chantage. Il fut utilisé une première fois en 1984 par le député-maire Robert de Caumont, qui voulait accélérer la reconversion d’une usine Péchiney dans les Hautes-Alpes. Dans les Pyrénées-Atlantiques, bis repetita. Ce mode de chantage connut surtout un célèbre adepte, le député Jean Lassalle, qui en 2006 jeûna 39 jours dans la salle des Quatre Colonnes, pour protester contre la soi-disant délocalisation de l’usine Toyal, également dans les Pyrénées-Atlantiques. Chacun sait combien cette action, façon indirecte de prendre en otage les dirigeants de l’entreprise locale, fut marquée d’une grande ambiguïté politique. Sans doute est-ce pour cela que les deux députés, dont l’un joua un rôle de médiateur auprès du député Lassalle avant qu’il ne prît cette ultime décision, s’attachaient aujourd’hui dans les médias à ne pas être comparés au député Modem?

 

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Facebook, l’enregistrement de soi, à fleur de peau

Posté par labetiseeconomique le avril 11, 2009

En 2001, le musée d’Orsay proposait une magnifique exposition : à fleur de peau, le moulage sur nature au XIXe siècle. Le visiteur du XXe siècle découvrait des visages figés dans le temps, sans sourire, les yeux fermés, mais si étonnement présents, figés par le moulage, des corps dont la peau révélait le froid du plâtre sur la peau, dans l’atelier du sculpteur. Cette pratique du moulage sur nature rencontra au XIXe siècle un vrai enthousiasme dans les milieux bourgeois. Comme la photographie naissante, le moulage sur nature était une façon de s’enregistrer au présent, de figer pour l’éternité la jeunesse d’un visage ou les petites mains potelées d’un enfant, de cultiver le souvenir d’une jeunesse passée par le réalisme si présent d’un moulage. Nous voici deux siècles plus tard. Et si facebook n’était que cela, un « calque inanimé de la vie »*? Plus qu’une volonté d’exister au présent, un culte du souvenir de soi ?

* Le plâtre, l’art et la matière.

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Le livre en 2009, dernière année à l’abri des pirates ?

Posté par labetiseeconomique le mars 21, 2009

Le marché du disque et du DVD s’effondre, touché de plein fouet par la crise que traverse ce secteur. La copie illégale est un phénomène massif. Cette pratique a un impact économique, elle induit pertes d’emplois et de revenus, empêchant l’émergence de modèles économiques innovants garantissant la rémunération des droits de propriété intellectuelle. 

Le marché du livre résiste, qui entre à tous petits pas dans la révolution numérique, comme l’a souligné le rapport Patino (Ministère de la Culture, 2008). Les “readers”, qui seront à la lecture ce qu’est le mp3 pour la musique, sont encore d’un usage peu confortable, même si des progrès considérables (poids, autonomie de la batterie, capacité de stockage) ont été faits depuis le flop des premiers e-books. Selon une étude réalisée par l’agence Equancy & Co et le cabinet Terra Consultants, de nombreux signes du décollage du livre dans l’ère numérique sont identifiables : les jeunes ont une pratique plus aisée de la lecture à l’écran, les supports se développent tandis que de plus en plus de bibliothèques investissent dans des contenus numériques. La Commission européenne a lancé en 2004 un projet de bibliothèque numérique qui doit offrir l’accès à six millions d’ouvrages. Cette année, l’offre de livres numérisés reste encore faible, en quantité comme en qualité (cf. le catalogue I-Tunes), mais chez de nombreux éditeurs, les projets sont dans les cartons.

Et le phénomène de piratage existe bien ! Il concerne essentiellement les livres scolaires, qui représentent toutefois 9% du chiffre d’affaires de l’édition française, avec des sites qui proposent le téléchargement gratuits de quantité de manuels. L’édition magazine pourrait être rapidement touchée, si l’on en croit les pratiques qui se développent dans le monde anglosaxon.  Dès que les supports deviendront plus confortables, on peut imaginer les phénomènes de pillage massif qui pourraient toucher l’édition jeunesse, la bande dessinée ou le roman…

Comment estimer l’impact du piratage illégal sur le secteur de l’édition ? Selon cette étude, “l’impact potentiel du piratage s’élèverait à 147 millions, soit 16 millions pour les auteurs, 21 millions pour les éditeurs, 28 millions d’euros pour les diffuseurs et 53 millions pour les détaillants”.

 

Source : Etude Equancy &Co / Terra Consultants, l’impact économique de la copie illégale des biens numérisés en France, novembre 2008.

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Total, face à la fabrique de l’opinion

Posté par labetiseeconomique le mars 14, 2009

Un article de Slate.fr revient sur l’annonce par Total de suppressions de postes dans les raffineries françaises et la polémique qui a suivi cette semaine. Le moment n’était pas le bon moment, remarquent les spécialistes de la communication. Le fut-il du point de vue de l’économie, puisqu’il s’agit ici de rapidement réorienter une production entre essence et diesel (sans licenciements secs), combien de temps attendre alors? En réalité, s’agissant de Total, le moment n’est jamais le bon moment. Cela vaut pour Total, cela vaut pour Danone en 2001 avec l’affaire LU, pour Areva ou pour L’Oréal, pour tous les champions français à l’international. L’opinion attend d’eux plus que de tous les autres, plus de vertu, plus de protectionnisme de l’emploi, elle les voudrait figés (créer de nouveaux emplois en gardant tous les autres, lorsqu’il s’agit de restructuration, c’est économique idiot, mais on a envie d’y croire)… alors qu’il faut parfois que “tout change pour que rien ne change”. Fallait-il dire “restructuration”, plutôt que “suppressions”? Le débat n’est pas dans la sémantique non plus. Car là aussi, quel que soit le mot, il est toujours pris pour un autre. Et les emplois créés par Total, les investissements à venir en 2009, passent à la trappe de la non-information.

La “fabrique de l’opinion” se pose souvent comme une énigme à résoudre pour les entreprises. Sous quelle influence, politique et médiatique, se construit le récit des faits économiques dans l’imaginaire de l’opinion? Il est finalement un certain paradoxe entre le peu de confiance accordée aux médias par l’opinion et la fusion-confusion des médias avec l’opinion publique, comme l’a une nouvelle fois prouvé cette envolée médiatique à propos de Total. Là encore, un fait économique se réduit à la fonction symbolique d’événement, toute explication rationnelle du point de vue de l’économie et du marché devient inaudible du point de médias et de politiques qui s’enflamment, tous sur la ligne de départ de la course à l’échalote. Raconter à l’opinion ce que d’aucuns croient qu’elle a envie d’entendre, jouer les censeurs et les moralisateurs, alors qu’il s’agirait, surtout en période de crise, d’oeuvrer pour plus de pédagogie.

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Journée de la femme, merci Virginie…

Posté par labetiseeconomique le mars 8, 2009

Je me souviens d’avoir appris à lire avec Daniel et Valérie. Papa fume la pipe, maman fait des gâteaux. A Noël, d’avoir eu pour cadeaux, un étal de fruits et légumes en plastique pour jouer à la marchande, un landau pour promener des poupées…
Je me souviens d’avoir eu une poupée Barbie, elle avait de petites ballerines noires, un rouge à lèvres et un petit peigne minuscules, à glisser dans un sac à mains noir tout aussi petit. Dans les années 1970, de quoi Barbie aurait-elle eu besoin de plus? Je me souviens de Caroline, plus moderne que Martine. Elle portait une salopette… 
Je me souviens de l’année 1975, l’arrivée de la mixité à l’école primaire… Je me souviens de monsieur Haby, de la loi qui portait son nom, tant son nom courait d’une cour d’école à l’autre. A cause (grâce!) de la loi Haby, soudain, nous retrouvions les garçons que nous avions quittés après la maternelle. Ils venaient dans nos « écoles de filles », nous allions dans leurs « écoles de garçons »… Au temps du Big Bazar et de Rock Collection, filles et garçons mélangés, nous avons appris à partager nos jeux, les billes, les « gendarmes et les voleurs », pour les uns, « passe, passera, la dernière restera », pour les autres. Merci monsieur Haby.
« Nos histoires d’amour sont les mêmes, comme si nous avions pratiqué dans des piscines parallèles la natation synchronisée », chante Vincent Delerm dans « Les filles de 1973 ont trente ans »…

Je me souviens d’avoir pensé à cette chanson en regardant le magnifique documentaire de Virginie Linhart, « 68, mes parents et moi », partie à la rencontre de ses frères et sœurs de mai 68, Nathalie Krivine, Samuel Castro, Mao Peninou, tous nés de parents militants et intellectuels engagés, maoïstes, trotskystes, etc, dont certains ont sacrifié leur vie professionnelle et personnelle au service d’un idéal révolutionnaire. Leurs parents fumaient, vivaient en communauté. Robert Linhart, le père de Virginie, normalien, fondateur de l’Union des Jeunesses Communistes, partit travailler chez Citroën comme ouvrier. Il raconta L’établi. Ses parents avaient des choses plus importantes à faire que « s’occuper d’elle »…

Aujourd’hui, les filles de 1968 ont quarante ans. Une génération de filles. Même âge, même époque, et pourtant, quelle mémoire collective à partager? Peu de souvenirs, de livres d’enfants, peu de comptines. Autre autorité, autre famille, autre éducation, des histoires individuelles confrontées à l’Histoire, pour les unes… ou si peu, pour les autres. Virginie et ses sœurs de 68 ont grandi dans un monde sans Barbie, interdite par leurs mères féministes. Qu’elles en soient rassurées, elle n’ont rien raté… Enfants de 1968, nous n’avons pas “pratiqué dans des piscines parallèles la natation synchronisée”… Pourtant, à regarder en arrière ces années passées, un fil commun nous relit : mai 1968. Grâce à l’histoire des unes, Virginie, Nathalie et les autres, aux passions de leurs mères, le cours de l’Histoire a pu changer pour les autres.

Le 8 mars, c’est la journée de la femme. Le quotidien du Vatican rend hommage à la machine à laver, qui a tant fait pour l’émancipation des femmes.

Et, le 9 mars, la poupée Barbie fête ses 50 ans, plus “barbie girl” que jamais.

 

 

 

 

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François Pérol : « un homme, une voix », le vrai sujet

Posté par labetiseeconomique le mars 1, 2009

Cette semaine, la Picardie a laissé un temps de côté l’emballement sur la taxe professionnelle. Nos provinces, pardon, nos régions, voilà un sujet sans doute plus médiatique! Sujet encore meilleur pour s’empailler entre Pour et Contre : Paris a débordé sur l’Ile de France ! Ah, Le Grand Paris. Le « grand » Paris, pompeuse formule, on pense au Grand siècle, à Louis XIV, à Voltaire, à ce siècle où le « français du roy » peu à peu tenta de dominer les patois, le picard, le flamand, l’occitan, de faire de la France une grande puissance européenne et internationale…

Carte judiciaire, carte hospitalière, n’en aura-t-on jamais fini avec Napoléon et la géographie politique ? N’en aura-t-on jamais fini d’invoquer la Révolution? « Souvenez vous de la Révolution, disait Ségolène Royal depuis la Guadeloupe. Ça va mal finir ». Curieuse formule encore puisque pour ne prendre que deux exemples, c’est justement, en 1790 que fut créé le département, symbole de la jeune République, pour affaiblir les provinces de l’Ancien Régime. Qu’en 1791, la loi Le Chapelier mit fin aux corporatismes interdisant du même coup tout mouvement structuré d’aide et amorçant l’idée d’un Etat Providence responsable de l’aide sociale. Tout cela a-t-il mal fini?

Puissance de l’Etat et mutualisme, sont donc à l’honneur donc cette semaine, avec ce grand pari aussi du côté des banques françaises, chez les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires. Medias, observateurs, politiques… Après le temps de l’information émotion, voici celui de l’information morale. Le trouble mental est le même. On se mobilise pour débattre, polémiquer sur la nomination de François Pérol à la tête du 2e groupe bancaire français (juste derrière Crédit Agricole-LCL) et l’un des tout premiers ensembles européens. Le projet économique est passé le plus souvent au second plan. Sa nomination est-elle ou non déontologique ? Que disent les sages ? Curieuse pratique de recrutement toutefois qui n’interroge pas l’impétrant sur son projet économique ? Comment François Pérol fusionnera deux cultures qui, un grand siècle durant, ont façonné leurs différences, alors qu’elles avaient tant de points communs ? Comment managera-t-il 110 000 personnes?

En ce début d’année 2009, en pleine crise économique, quelque chose a basculé. Les deux premières banques françaises sont désormais des banques mutualistes. Voilà le vrai sujet. L’Etat revient dans l’économie… Les réseaux mutualismes, jugés ringards voici dix ans et poussés vers des modèles capitalistiques qui leur coûtent des pertes historiques, portent un modèle de gouvernance, « un homme, une voix », utile pour la réflexion sur la moralisation du capitalisme.

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Vieilles carnes ou nouveaux étalons ? Tous aux abris !

Posté par labetiseeconomique le février 21, 2009

La semaine passée, le mot d’actualité était celui de « protectionnisme ». Dans le même esprit, celui de cette fin de semaine ne serait-il pas « refuge » ? Tous aux abris ! L’histoire de l’économie, qui fut longtemps réduite à celle de la monnaie, se résumerait-elle à un retour aux valeurs d’origine ? Alors qu’avec la crise, l’opinion publique a découvert tant de mots sophistiqués, les swaps, les hedge funds, le side pocket, la titrisation, et autres produits toxiques, le temps que l’orage ne passe, voici le grand retour des placements de « bon père de famille », l’or et le livret d’épargne ! En janvier, les Français ont déposé 19 milliards sur leurs livrets d’épargne et démontré ainsi leur capacité à augmenter leur pouvoir… d’épargner. Pouvoir d’achat en berne contre pouvoir d’épargner en hausse, dilemme de crise.

Les voilà également qui suivent le cours du Napoléon. Deuxième valeur refuge : l’or, qui a franchi la barre symbolique des 1000 dollars l’once. L’or, cette valeur qui a marqué toute l’histoire économique jusqu’en 1971, lorsque fut mis un terme à la convertibilité du dollar en or. L’or et évidemment l’emprunt-or d’Antoine Pinay, un rendement modéré (3% indexé sur le Napoléon) mais une exemption fiscale totale. Quelques milliards d’aujourd’hui rapidement dans les caisses de l’Etat. La bonne idée.

Moins connu, Antoine Pinay associa aussi son nom à une amnistie fiscale qui favorisait le retour en France des capitaux placés à l’étranger à la Libération. L’amnistie fiscale au nom du patriotisme économique, chapeau Monsieur Pinay ! Le fisc américain, soucieux de faire entrer dans l’argent dans les caisses, s’en serait-il inspiré cette semaine en demandant la levée du secret bancaire suisse pour 52 000 citoyens américains qui auraient tenté de lui échapper?

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Guadeloupe et Martinique, 1987-2009, la fin d’un cycle

Posté par labetiseeconomique le février 14, 2009

“Menaces sur les équilibres économiques, situation financière délicate pour certains ménages : les dangers d’un développement excessif du crédit existent. Il faudra surveiller au cours des prochains semestres si cette envolée des crédits aux particuliers n’est qu’une flambée de paille ou bien un phénomène durable.” Cette citation concluait un rapport de l’insee de la fin des années 1980, insistant sur les dangers d’un changement si brutal des mentalités aux Antilles, en une génération à peine. Si les anciennes générations n’avaient pas un tempérament épargnant (”plus cigales que fourmis” dit le rapport), au moins elles ne s’endettaient pas, préférant payer cash leurs achats. La donne a changé à la fin des années 1980, où le crédit aux particuliers a connu une croissance exceptionnelle, les jeunes générations pratiquant le crédit, sans réelle maturité économique. Logement, automobile, électroménager, hifi, etc. : le “tout, tout de suite” est alors devenu un mode de vie. Banques et instituts de crédit se sont ruées sur ce fromage. L’année 1987 a ainsi marqué un tournant avec une progression de plus de 80% des crédits aux particuliers. La situation s’est aggravée tout au long des années 1990 avec le boom du crédit-revolving (cf. le nombre de dossiers déposés en commissions de surendettement). Le surendettement touche aujourd’hui majoritairement des familles monoparentales, comme le montrent les chiffres avancés par l’Institut d’émission des départements d’outremer et de nouvelles études Insee. En 2008, la crise économique est venue mettre un terme brutal à ce cycle de vingt années. La suite s’écrit dans la rue aujourd’hui…  

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La crise, une affaire d’hommes ?

Posté par labetiseeconomique le février 13, 2009

Madoff, Kerviel, et les autres. Tous des hommes. Peu de femmes font l’actualité de la crise économique. Faut-il y voir une simple confirmation du plafond de verre ou s’interroger plus loin, comme lors du Women’s Forum en octobre dernier : s’il y avait eu plus de femmes aux postes de décision, le monde aurait-il vécu une crise financière d’une telle ampleur ?

- « Les hommes font la guerre, les femmes pansent les blessés » disait-on naguère. Une image à la Une : celle du photographe américain Anthony Suau, qui vient de recevoir le World Press Photo Award, le plus prestigieux concours de photojournalisme. Un policier armé dans une maison dévastée, qu’on croirait à la recherche d’un dangereux terroriste… et “simplement” venu s’assurer du départ de ses habitants. Triste époque.

- En janvier dernier, à la recherche de solutions pour faire face à la crise, le forum économique de Davos proposait une conférence intitulée « the girl effect on development ». Il y était question de femmes qui ne cherchent pas la charité des plus riches, mais de femmes qui veulent donner un avenir à leurs enfants, de femmes comme Anita, une jeune indienne devenu apicultrice pour faire tourner sa maison et donner une éducation à ses enfants, de femmes aidées par la Grameen Bank du professeur Yunus. Les Danie Ladies de Danone en Afrique du Sud par exemple.

- En Islande, dans ce pays de marins, où les hommes sont souvent absents, les femmes ont toujours su s’organiser entre elles et faire entendre leur voix. Elles étaient 30 000 dans la rue en 2005 pour réclamer l’égalité des salaires, deux fois plus en 2005, leur colère gronde avec l’effondrement de l‘économie islandaise. Une femme vient d’être nommée premier ministre. La chanteuse Björk vient de donner son nom à un fonds d’investissement afin “d’introduire des valeurs féminines dans le monde de la finance”.

- Les femmes seraient plus stressées que les hommes face à la crise économique. Explication des sondeurs : elles sont plus proches des réalités économiques et des problèmes d’argent, plus conscientes de l’instabilité de l’emploi à temps partiel où elles sont les plus nombreuses.

- Une étude McKinsey montre que les sociétés ayant au moins trois femmes sur dix dans leurs fonctions de direction affichent des performances nettement meilleures que les autres en terme d’excellence organisationnelle. Cela vaut aussi pour l’excellence financière. Cette étude démontre, de manière statistiquement fiable, que les entreprises qui ont une plus grande proportion de femmes dans leurs comités de direction sont aussi celles qui sont les plus performantes.

- Bravo à Samantha Davies qui vient de franchir la ligne d’arrivée du Vendée Globe. :-)

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Les Américains, d’abord !

Posté par labetiseeconomique le février 1, 2009

Le 21 janvier dernier, le monde entier se levait avec Obama. Obama super star, Obama, le président, qui allait redonner gloire à l’Amérique et sauver le monde de cette crise financière venue des Etats-Unis. A Paris, la Mairie de Paris avait installé un grand écran sur son parvis. Un magnifique moment de fraternité. Bush, c’était fini. De nouveau, les Français aimaient l’Amérique. Les Américains étaient toujours fâchés avec le Roquefort (+300% de taxe), puisque l’Europe ne voulait pas du boeuf aux hormones (même l‘année du bœuf!). Mais on y croyait, à ce « Yes we can ! » aussi beau que le « Just do it » de Nike.
Depuis une semaine, le Yes we can a une suite : Yes we can… buy America ! Serait-ce gâcher la fête d’en parler trop ? Jeudi dernier, occupés à compter grévistes et manifestants ou toujours à comparer Michelle et Carla, peu de médias, hors la presse économique, se sont intéressés à la clause « Buy America » qui accompagne le plan de sauvetage de 825 milliards adopté par le Congrès américain. Et à la rupture, que cette clause signifie, d’une hypothétique gestion de crise au niveau mondial. Le Buy America Act est une loi issue de la crise de 1929, remaniée plusieurs fois, elle impose que tous les achats liés à des projets fédéraux (infrastructures, routes, etc.) soient issus d‘entreprises américaines. Le texte de jeudi dernier impose ainsi l’utilisation de l’acier et du fer américains, sauf s’il n’y en pas assez sur le marché (ce qui ne devrait pas être le cas, depuis septembre la production a chuté de moitié) et que le prix des produits américains ne gonfle pas la facture de plus d’un quart. La clause pourrait bientôt être étendue à l’asphalte, au ciment ou aux machines-outils.
825 milliards, magnifique ! Pas tout à fait. Dans la grande tradition américain d’un libre-échangisme isolationiste, c’est bien un retour au protectionnisme qui a été voté jeudi dernier. Certes, les règles de l’OMC, tout autant que les dispositions de l’ALENA et autres accords de libre-échange, l’interdisent, comme ont essayé de le défendre les voisins canadiens, fortement exportateurs d‘acier vers les Etats-Unis, rien n’y a fait. Le lobby de l’acier américain a été le plus fort !
Le mot d’ordre énoncé par les congressistes : « American jobs in America, not Chinese jobs in China » n’est rien d’autre qu’une guerre commerciale qui s’annonce. Dans une économie mondiale, où les gouvernements ont peu de pouvoir sur les stratégies d’investissements des entreprises, comment croire pourtant que le protectionnisme peut créer des emplois ? Plusieurs médias américains pointent d’ailleurs du doigt les dangers populistes de cette promesse politique désormais honorée. Barack Obama pourrait faire la même erreur historique que Herbert Hoover en 1933, peu avant de quitter la Maison Blanche. C’est au plus profond de la Grande Dépression qu’il acta le Buy America Act, « the innocent-souding Buy America Act » souligne le Times, qui enfonça l‘Amérique dans la récession et le monde dans le même élan.
* Les Canadiens figurent parmi les experts de la politique commerciale américaine. Le site du gouvernement canadien explique aux entreprises comment contourner le Buy America Act. On se reportera aussi utilement aux travaux du Centre d’études internationales et mondialisation de Montréal et à l’étude de Gabriel Goyette (2006), « protectionnisme et réciprocité commerciale, répertoire des obstacles au commerce maintenus par les Etats-Unis ».
* La sidérurgie française cherche son Barack Obama. En février dernier, Nicolas Sarkozy avait promis aux salariés de Gandrange de trouver une solution à la fermeture du site envisagée par Arcelor-Mittal, espérant renouveler le « sauvetage d‘Alstom ». Le rêve s’est envolé.

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