La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

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    Pour partager des exemples présents et passés de la bêtise économique : traitement des médias, interventions politiques, relations entre l'entreprise et l’opinion, déraison économique des entreprises…
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Le livre – extraits

Quand l’opinion publique, les politiques et les acteurs du monde industriel perdent toute raison économique.
En 2001, une fuite dans la presse, annonçant un plan social, entraîne l’entreprise LU-Danone, l’entreprise préférée des Français, dans une vaste tourmente médiatique et politique, parachevée quelques mois plus tard à peine par la plus grosse opération de boycott jamais vue en France. A peine révélée par la presse, l’affaire LU devient avant tout l’affaire Danone. L’entreprise et la marque se confondent pour finir prisonnières d’un jeu d’acteurs et de pouvoirs qui s’affranchit très vite de la raison économique et industrielle.
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En 2005, l’entreprise Metaleurop Nord, sacrifiée sur l‘autel d‘une gestion industrielle internationale des affaires peu soucieuse de l‘écologie, de l’histoire et des hommes, donne tout son sens à l‘expression alors abstraite « patrons voyous ». L’affaire Metaleurop Nord devient avant tout l’affaire de Noyelles-Godault. Metaleurop SA, sa maison-mère, et Glencore, son actionnaire, transforment cette affaire de désindustrialisation et de plan social en une affaire purement juridique et financière.
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En 2006 enfin, l’entreprise japonaise Toyal, ignorant toute raison économique et écologique sous la pression d’un député en grève de la faim, accepte de ne plus se développer ailleurs que dans une vallée pourtant devenue trop étroite. L’affaire Toyal devient avant tout l’affaire Lassalle. Toyal disparaît même du rôle titre de l’histoire, l’entreprise est effacée au bénéfice d’une fiction mise en scène en temps réel par le député Jean Lassalle dans la salle des Quatre-Colonnes de l’Assemblée nationale.
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Hasard de l’histoire ou non? En 2007, chacune de ces trois entreprises a repris la main sur l’écriture d’une histoire qui lui avait un moment échappé. A peine terminé le plan social, Danone a vendu LU à Kraft Foods. A peine signé l‘accord de développement local, Toyal a annoncé regarder du côté de l’Europe de l’est pour créer hors de France ce que Jean Lassalle l’avait empêché de créer à Lacq. Presque terminés les procès pour Metaleurop, que l‘entreprise a changé de nom pour devenir Recylex et se faire une nouvelle virginité dans le secteur du recyclage.
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Comprendre comment et pourquoi est née l’affaire LU ? Comment a-t-elle soudainement cristallisé tous les maux et toutes les impuissances, l’Etat qui ne pourrait pas tout, les licenciements boursiers, etc. ? Comment a-t-elle fait naître une conscience nouvelle de l’opinion ? Comprendre comment l’affaire Lassalle a d’abord occulté la non-affaire Toyal? Comment une entreprise peut-elle être dépossédée de sa propre stratégie? Comprendre comment et pourquoi est née, ou paradoxalement est morte née, l’affaire Metaleurop ? 
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PAGE 20, EXTRAIT : (…) En 2001, Le Monde a beaucoup évolué et succombe plus naturellement à la recherche du scoop ; son service Entreprise traverse une situation complexe, sa direction se trouvant « très fortement » influencée par Laurent Mauduit, une des sources originelles de la révélation du passé trotskyste de Lionel Jospin et pourfendeur de la « trahison jospinienne » et la « nouvelle économie du Parti socialiste ». Il mène d’importants réquisitoires contre les abandons successifs de la gauche au pouvoir et dénonce l’idée d’un ”pacte honteux avec le marché” (Le Monde, 6 avril 2001). L’affaire LU est une belle opportunité pour atteindre avec la même flèche la « deuxième gauche » et Lionel Jospin, ce Premier ministre qui, deux ans plus tôt à propos de l’affaire Michelin, déclarait « l’Etat ne peut pas tout ». (…)

 

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PAGE 52, EXTRAIT : (…) A la différence des histoires de Danone et de Toyal, celle de Metaleurop démontre les difficultés d’expression et de discernement de l’opinion, dès lors que médias et politiques ne créent pas l’événement médiatique ou pas au bon moment. Metaleurop, c’est une histoire de non-dits et de contre-temps, qui aurait dû devenir « affaire », bien avant qu‘il ne soit plus possible de ne rien faire. Metaleurop, c’est une histoire de dissimulations, de dérobades et de dupes, une longue suite de silences complices et coupables, une chape de plomb qui n’est pas seulement celle du bassin minier, mais celle qui cache la vérité des drames qui s’y jouent. Tout le monde le sait, les études sont publiques, Metaleurop c’est un siècle de présence et de pollution, de menaces sur l’environnement, la santé des salariés, des habitants et leurs enfants, mais au nom d’une raison supérieure, l’emploi et l’économie structurée autour du site de Noyelles-Godault, un fleuron industriel local et national, ce n’est pas le sujet, ce ne l’est même pas devenu quand, au début des années 2000, après le sommet de Johannesburg, les lobbyes et l’opinion publique ont reconnu, en France et dans le monde, l’impératif écologique, quand également, de plus en plus de dossiers liés à des maladies professionnelles, l’amiante particulièrement, sont venus devant les tribunaux. Trop tard.(…)

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PAGE 125, EXTRAIT : (…) A Paris, au Ministère de l’Economie, où le dossier était géré par le cabinet de François Loos, la grève de la faim de Jean Lassalle est une curiosité peu prise au sérieux. « Soit c’est un malentendu, soit c’est un procès d’intention, mais les craintes de Jean Lassalle ne reposent sur aucun élément objectif », remarque-t-on dans l’entourage de Thierry Breton à la fin mars. En pleine préparation de bagarres présidentielles à la tête de l’UMP et au sein du gouvernement, alors que la crise du CPE atteint son paroxysme, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin trouvent là cependant un autre terrain de confrontation, après une courte période d’hésitation. (…)
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PAGE 181, EXTRAIT : (…) La première vertu du patriotisme économique est de détourner le regard de l’opinion du désengagement de l’Etat et de la passivité coupable des Pouvoirs publics, comme dans l’affaire Metaleurop. C’est une production politique qui masque avant tout l’incapacité presque permanente à agir sur l’entreprise ou dans son environnement, au moment où cela s’avère nécessaire. L’Etat velléitaire prend souvent le pas sur l’Etat efficace, ce n’est là que la traduction institutionnelle de la difficulté de l’action politique sur l’économie à tous les niveaux, locaux, nationaux et européens. Dans un monde industriel qui lui échappe, de dérégulation en privatisation, de la mondialisation en désengagements publics, tout est fait pour justifier une forme d’abdication du politique face à l’économique. (…)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 réponses vers “Le livre – extraits”

  1. Philippe CANDAS a dit

    Robert,

    Bravo pour ce livre et le talent de la plume.
    A bientôt pour une dédicace.
    Philippe CANDAS

  2. ochs eric a dit

    Robert,

    Bravo aux auteurs. Je trouve que le processus de traitement de l’information par les médias ainsi que ses dérives sont trés bien traîtés dans les cas étudiés.

    Il ne s’agit pas de tirer sur l’ambulance mais cette “dérive” ne s’applique pas seulement, à mon sens, aux dossiers complexes que vous décrivez. Alors que tout le monde sait que la diffusion et l’audience ont des ressorts économiques de moyen terme indépendants des sujets de Une, la presse française est devenue une presse “d’articles émotions”, publiés par un journaliste qui se sait désormais “auteur” et qui est devenu comme tout le monde, avec les progrés de la vulgarisation économique, un “agent économique”.

    En clair on a souvent dans la presse française des équipes journalistiques qui savent comment “concurrencer” le web et redresser les courbes de la diffusion payante en multipliant “les Unes” qui font vendre en kiosque. Ce n’est pourtant pas la seule possibilité.

    Il est donc dommage que “l’information” soit limitée aujourd’hui à un traitement factuel ou de trafic sur le web et à des dossiers ou des Unes “émotions” avec de temps en temps l’incontournable dossier sur le prix de l’immobilier ou le salaire des cadres.

    Dans ce contexte que le monde politique “joue” avec la presse je trouve cela presque logique. D’autant que lorsque le monde politique est dépassé par un sujet d’actualité ce n’est pas rare qu’un projet de loi ou une réglementation lui permette de présenter un autre bilan au moment des échéances électorales.

    La presse ne sait pas faire cela et ne le fait pas.

    Au moment du renouvellement de son abonnement cela peut peser.

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