La bêtise économique

L’actualité économique, côté pile, côté face, par Catherine Malaval et Robert Zarader

  • Nos thèmes favoris

    Le traitement de l'information économique par les médias et les politiques, les relations entre l'entreprise et l’opinion, la déraison économique des entreprises…

  • Pages

  • Catégories

Toyota : et si ce n’était pas qu’un accident industriel?

Posté par labetiseeconomique le février 9, 2010

En 2009, plus de huit millions de véhicules rappelés pour des problèmes de tapis de sol et de pédale d’accélération. En 2010, combien de Prius seront rappelées pour des problèmes de freinage? La nouvelle fait le bonheur des constructeurs en retard sur le marché de l‘hybride… et des Américains, traumatisés par la chute de l’empire automobile américain. Elle fait le malheur commercial et financier de Toyota. Mais ce n’est pas là l’essentiel. Des histoires analogues passées montrent que les industriels se remettent de tels accidents, il faut plus ou moins de temps pour que la confiance revienne. Dans le cas présent, vu la façon dont les médias japonais débattent de l’attitude du président de Toyota (pourquoi ne s‘est-il pas incliné? Ou pourquoi en a-t-il eu l‘air mais si peu?), il est en effet évident que l’affaire Toyota n’est pas seulement une affaire industrielle et financière, pire que tout, c’est une affaire d’identité nationale. Une affaire qui touche à la réputation même de l‘industrie japonaise et une blessure plus profonde.

Toyota fait partie du patrimoine et de la fierté industrielle japonaise, elle est sa chose et son miroir. Pour le comprendre, il faut savoir ce que l’entreprise familiale Toyota doit au Japon : en 1936, c’est à la demande du gouvernement japonais que l’ancêtre de l’actuel président de Toyota, lança l’entreprise familiale de textile (Toyada Spinning and Weaving) dans la construction automobile, créant la Toyota Motor Company. Et il faut savoir ce que le Japon doit à Toyota. Dans le monde, Toyota est un symbole, un modèle, un cas d’école pour des générations d’ingénieurs, d’organisateurs et de qualiticiens, l‘expression même de la qualité. Pas seulement l’entreprise qui innove et réussit par le progrès de sa technologie, ce fut longtemps l’image stéréotypée que les Occidentaux eurent du Japon, mais aussi l’entreprise innovante en matière d’organisation. Après le taylorisme et le fordisme, le « ohnisme » (ou système Toyota), le système conçu et mis en place après-guerre par l’ingénieur Taiichi Ohno dans les usines Toyota est ainsi l’un des plus grands systèmes au monde d’organisation de la production dans l‘industrie. Un système qui, schématiquement, repose sur deux concepts : le « juste-à-temps » et « l’auto-activation » qui évite la production de pièces défectueuses… Depuis près d’un siècle et surtout depuis l‘après Seconde guerre mondiale, Toyota et le Japon sont une et même histoire, une et même fierté. Voilà pourquoi ce qui arrive à Toyota est plus qu’un accident industriel. 

 A lire : Penser à l’envers, Benjamin Coriat, Bourgois Editeur, 1991. L’esprit Toyota, Taiichi Ohno, Masson, 1990.

Publié dans Regard critique | Taggé: , | Laisser un commentaire »

Raymond Davos ou l’économie d’Ubu

Posté par labetiseeconomique le février 8, 2010

Le 31 janvier, le rideau est tombé sur le 40e forum économique de Davos qui ne faisait que modestement souhaiter « repenser », « redessiner », « reconstruire le monde ». Rien de moins. En toile de fond, tout le monde s’accorde autour d’un constat : l’Occident (Europe et Etats-Unis) est en désarroi et les pays émergeants (Brésil, Chine, etc.) jouent désormais les premiers rôles. Sur scène, les chefs d’entreprise se succèdent, perdus et sans conviction pour inviter chacun à repenser le système, son financement et les politiques publiques. Les banquiers, regonflés à l’hélium étatique dénoncent le populisme des politiques tout en restant tétanisés. Les économistes clament leur innocence et jurent qu’on ne les y prendra plus. Nicolas Sarkozy harangue des foules peu attentives en dénonçant les irresponsables du système… ceux-là mêmes qui, en masse, l’ont conduit au pouvoir. En bref, on entend de toutes parts un discours qui tourne en rond, un discours qui ne tourne plus rond…

Il y a du Raymond Devos dans le grand guignol de Davos. Le spectacle de l’économie-spectacle fait irrémédiablement penser au sketch de Raymond Devos, « le plaisir des sens », où des automobilistes sont prisonniers d’un sens giratoire et de rues qui n’offrent aucune sortie possible. « Qu’est-ce que c’est que cette voiture noir là qui ralentit tout? C’est le corbillard, il tourne depuis quinze jours ! Et la blanche là, qui vient de nous doubler? Ça, c’est l’ambulance! Priorité! Il y a quelqu’un dedans? Il y avait quelqu’un. Où il est maintenant? Il est dans le corbillard. »

Davos laisse le même sentiment : sans issue et ubuesque. Là aussi, ce sont des acteurs impuissants qui tournent en boucle et s’expriment pour ne rien dire. Et pendant ce temps-là, c’est ailleurs que le monde se repense, se redessine et se reconstruit, avec des agences de notation et des financiers sauvés des eaux par les Etats, qui attaquent la Grèce, l’Espagne et le Portugal en mettant à mal l’euro. Lord Robbins, un des pères de l’économie politique moderne, aussi cynique que Raymond Devos, aimait à définir l’économie comme l’art de sortir un lapin du chapeau où on l’avait préalablement placé. La finance actuelle ne ferait-elle que réinventer cette pratique en faisant ressortir la crise du chapeau où elle l’a placé?

Publié dans Autour de la bêtise | Taggé: | Laisser un commentaire »

Pour Patrick

Posté par labetiseeconomique le février 7, 2010

RZ : « Souvent je répète à celui qui vient de dire qu’il va prendre de la distance pour expliquer son propos, ce conseil de Patrick d’Elme, « prend plutôt de la hauteur! »

CM : « Je me souviens de ses bouts de papier. Un ticket de métro, une note de café, ça nous suffira bien pour noter l’essentiel. Plus le papier est grand, plus on se disperse ».

Aujourd’hui, nous sommes tristes, Patrick d’Elme s’est éclipsé pour toujours. Nous aimerions croire qu’il s’est éclipsé pour écrire « trois pages ». Ecrire « trois pages », c’était son talent, « trois pages », toujours justes sur le problème de communication qu’une entreprise, une institution venait de lui soumettre. Et tout devenait lumineux. Evident. Lecteur : son jugement n’était jamais un jugement, toujours une proposition, une discussion. Patrick continue de lire au dessus de notre épaule, au-dessus de celle de tous ceux qu’il a accompagnés, formés, fait progresser. « Corrige cela, ce n’est pas clair, « écrit plutôt cela? ». Autoritaire mais amical, l’avis était vif. Inutile d’énumérer les noms de ceux qui se reconnaîtront là, ils portent tous le même nom : AMI. « Faire aimer l’entreprise », écrivait Patrick, pour expliquer une vision de son métier hors des sentiers battus et des pensées convenues. Il ne savait vivre que comme cela, d’amour et d’affection. L’eau fraîche, il l’a souvent laissée à d’autres. Patrick, on t’aime.

http://www.patrickdelme.over-blog.com

Publié dans Histoires d'hier | Taggé: | 1 commentaire »

Tout va très bien?

Posté par labetiseeconomique le février 5, 2010

Sortie de crise ? Les politiques la décrètent. Les experts désespèrent. Mais les opinions publiques restent dubitatives.la reprise dans l’ensemble des pays de l’OCDE se révèle timide. Même si dans quelques pays comme en France l’emploi a connu une petite embellie fin 2009, les tensions à venir sont inévitables. En 2008 et 2009, au prix de dettes publiques considérables, les Etats ont investi massivement dans l’économie et en particulier dans le système financier. Les effets de court terme sont bien là, et le soutien public a été efficace. Mais les dettes sont telles que les Etats vont retrouver plus de réserve dans leurs interventions, et les entreprises sont loin de prendre le relais. Les investissements sont atones et les plans sociaux se préparent ou se déploient en nombre. Croissance et emploi sont fragiles. Qui plus est, de façon classique, depuis longtemps la théorie des cycles nous a enseigné que les effets dépressifs sur l’emploi perdurent et qu’il faut attendre en moyenne six à neuf mois pour que la reprise ait un effet positif sur l’emploi.

Les ménages affichent une confiance modérée et brident leur retour à la consommation. Là aussi, les mesures de court terme en soutien au pouvoir d’achat vont voir leurs effets progressivement s’estomper en 2010 (prime à la casse, baisse de la fiscalité sur la consommation,…). Conjuguées aux incertitudes sur la croissance et l’emploi, les tensions sur le pouvoir d’achat vont au mieux alimenter l’attentisme des consommateurs, au pire conforter la crise de confiance. L’aversion au risque va perdurer voire s’aggraver. Tout va très bien,  donc !

Publié dans Autour de la bêtise, Regard critique | Taggé: , , | Laisser un commentaire »

Keynes et Hayek, en musique

Posté par labetiseeconomique le février 4, 2010

Merci à Guillaume et Vincent qui nous ont communiqué cette video : Friedrich Hayek et John M. Keynes confrontent leurs idées dans un rap endiablé… Une super idée de : http://econstories.tv/home.html

ça commence comme cela :

We’ve been going back and forth for a century
[Keynes] I want to steer markets,
[Hayek] I want them set free
There’s a boom and bust cycle and good reason to fear it
[Hayek] Blame low interest rates.
[Keynes] No… it’s the animal spirits

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire »

Physique ou moral?

Posté par labetiseeconomique le février 2, 2010

Le tribunal fédéral de New-York a condamné Vivendi, personne morale, mais innocenté Jean-Marie Messier, son président de l’époque, personne physique. La raison juridique échappe de temps en temps à la raison populaire et publique. Les actionnaires de Vivendi sont incrédules. L’entreprise est coupable mais ses dirigeants n’en seraient en rien responsables? Irresponsable donc. Beaucoup d’analystes et de patrons français jugent depuis longtemps Jean-Marie Messier (moi-même maître du monde) irresponsable.

Rien de nouveau dans le Landernau du Cac 40. Question morale, la personnalité abstraite qu’est l’entreprise aurait conduit in abstrato à la catastrophe financière. Vivendi devra payer? De quoi briser le moral des dirigeants et des toujours actionnaires. J6M serait donc irresponsable et amoral? C’est à cette lecture que nous invite le tribunal financier.

Près de nous, l’affaire Proglio met en scène une personne physique pour deux personnes morales, Veolia d’une part, EDF d’autre part. Est-ce bien moral? Amoral ou immoral? Qui sait? Eric Rohmer, le héros disparu de la quinzaine, ne nous invitait-il pas à méditer sur cette opposition dans un long dialogue d’une Nuit chez Maud. La référence morale à Eric Rohmer, une personne physique définitivement absente, vaut mieux que bien des jugements.

Et pour la semaine passée, le très physique Monsieur de Villepin administra sa morale au monde politique et au président de la République. Mais, garde, la morale a le pied Marin et sa vengeance est froide. Alors défi physique ou défi moral, à vous de juger?

Publié dans Polémique(s), Regard critique | Taggé: , | Laisser un commentaire »

Une semaine de communication, de communication, de communication

Posté par labetiseeconomique le février 1, 2010

Extrait d’un article paru dans CB News le 1er février. La semaine vue par Robert Zarader.

Henri Proglio pris au piège de sa double casquette Veolia/Edf? L’arrivée de Bernard Sananès à ses côtés?
 
Je ne vais pas ajouter ma voix à la critique presque unanime qui caricature cette situation. De quelle double casquette parle-t-on? J’en vois au moins trois : proche du président et patron reconnu, dirigeant de Veolia et d’Edf, défenseur d’intérêts privés et de missions de service public. Alors que derrière le choix d’un seul et même président, certains voyaient se dessiner un projet industriel (Edf et Veolia vs Gdf et Suez), tout n’est plus que querelles partisanes et questions de personne. Quid de l’analyse économique et industrielle? Des enjeux sociaux? Des défis d’innovation? Décidemment, la bêtise économique a la vie dure. Je m’étonne que Nicolas Sarkozy, à l’origine de cette décision, pourtant expert en communication symbolique, n’ait pas immédiatement perçu la menace de voir l’opinion en rester elle aussi aux symboles. Il faut sacrifier l’efficacité managériale à la morale et à l’éthique. Ou au moins à ses apparences. Un démarrage en fanfare pour Bernard Sananès et son entrée dans la vie active après tant d’années en cabinet ministériel et agence, un endroit idéal de passer de la théorie à la pratique de la crise au quotidien.

L’Obamania qui s’essoufle un an après l’élection présidentielle américaine?
Jaurès nous invitait à « partir du réel pour aller vers l’idéal  ». L’obamania emprunterait-elle le chemin inverse? N’allons pas trop vite, nouvelle politique étrangère, protection sociale renforcée, santé publique promue, l’Obamania, c’est aussi cette réalité politique et réformiste portée par le président américain. N’opposons pas le « rêve français » qui consisterait à rêver d’une Amérique en déclin et d’une France rayonnante au rêve américain « obamaniaque » qui se réduirait à la volonté de dominer le monde. Obama vaut mieux que l’Obamania et l’éternel « on refait le match Sarkozy-Obama ».

La presse internationale qui se gausse des dispositions prises par TF1 pour interviewer Nicolas Sarkozy?
Nicolas Sarkozy, l’Américain de la campagne présidentielle 2007, est vite retrouvé les attraits de l’exception française. Au risque de faire rire la presse étrangère et pleurer la presse française. Monarque républicain, la belle blague! La joute verbale qui a opposé Nicolas Sarkozy à Laurent Joffrin aura-t-elle laissé trop de traces pour disqualifier l’exercice difficile de la conférence de presse? J’en doute. Nicolas Sarkozy sait, y compris dans les médias, qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Gageons que son goût pour le combat individuel le ramène bientôt dans l’arène journalistique.

Les Clodettes qui, 30 ans après, réclament leur part du gâteau?
Henri Proglio n’y était alors pour rien, mais le rapprochement entre l’eau et l‘électricité a brutalement mis fin à la carrière de Claude François et de ses Clodettes. Les défenseurs d’Hadopi et, au premier rang d’entre eux, Frédéric Mitterrand, devraient être vent debout pour défendre les Clodettes au nom de la création et des ayant droits pour en faire enfin… de « pauvres petites filles riches ».

Publié dans Autour de la bêtise, Derniers articles | Laisser un commentaire »

2e extrait de La Poste au pied de la lettre

Posté par labetiseeconomique le janvier 30, 2010

Cet extrait est tiré de la troisième partie du livre.  » A l’été 2006, le bilan est en demi-teinte. Point positif : le programme de modernisation industrielle a atteint un point de non-retour : près des deux-tiers des investissements engagés. « Il y a deux ou trois ans, on ressentait un peu de scepticisme de la part de ceux qui avaient déjà vu des projets avorter. Les gens étaient un peu désabusés. On a montré qu’on pouvait se mettre en marche. » Point négatif : « Treize plaques lancées, c’est grillé ! On avait dit, on fait toute les annonces avant juin à cause du contexte électoral et de la mobilisation contre le Contrat Première Embauche, on n’aura pas tout lancé en juin, on va lancer par grappe, mais ça ne résoudra pas tout. » Et du retard partout dans le déploiement des nouvelles plates formes de distribution. «6 ouvertures en 2005, 20 en 2006, 33 en 2007. On a deux ans de retard ».

Cette année 2006 marque un tournant, Cap Qualité Courrier, après une période pionnière, est entré dans des phases plus austères. Sur le terrain, il y a tant à faire, dans tant de domaines simultanément, la négociation locale ayant été privilégiée : les discussions sur les régimes de travail et les mesures d’accompagnement, la formation à des métiers nouveaux, la préparation de l’accueil des salariés qui déménageront (crèches, logements, etc.), les départs à la retraite. « Un bon trieur passait 2000 lettres par heure, une machine en passe plus de 40 000… Les agents doivent être reclassés. Les bouleversements sont importants, la réussite des agents est d’autant plus respectable. », observe un directeur d’établissement. »

http://livre.fnac.com/a2814620/Catherine-Malaval-La-Poste-au-pied-de-la-lettre?Mn=-1&Ra=-1&To=0&from=1&Nu=1&Fr=0

Publié dans A lire, Derniers articles | Taggé: , , | Laisser un commentaire »

Entreprises publiques en mouvement

Posté par labetiseeconomique le janvier 28, 2010

Des points de rencontre et de réflexion entre « La Poste au pied de la lettre » et le travail de Cathy Dubois. Depuis quelques années, Cathy Dubois, sociologue, travaille sur la transformation des entreprises publiques françaises dans le cadre européen. L’ouvrage « Transformations dans les marchés de l’énergie » paru aux Editions Lavoisier en 2009 a concrétisé ces recherches. 

En voici un résumé : « La construction du marché européen de l’énergie marque pour EDF la fin du monopole. Contrainte de transformer son organisation entre 2004 et 2007, EDF éprouve les limites d’une conduite du changement classique. Une alerte lancée par un directeur des ressources humaines donne naissance au « Projet résidentiel » du nom de l’équipe qui coordonnera les différents projets préparant chez EDF l’ouverture à la concurrence du marché des particuliers. « Transformations dans les marchés de l’énergie » analyse le travail de cette équipe et montre les différents ressorts de la mobilisation des acteurs ordinaires pour la reconstruction d’une entreprise d’énergie européenne. Cette étude de sociologie empirique, puisant dans l’histoire du service public de l’électricité, propose aux managers, consultants ou chercheurs, des repères pour l’action et la réflexion théorique.  »

Publié dans Derniers articles, Regard critique | Taggé: , | Laisser un commentaire »

Un extrait de La Poste au pied de lettre

Posté par labetiseeconomique le janvier 27, 2010

Cet extrait est tiré de la première partie du livre,   »Dix petites phrases sur un même thème : l’identité postale ».  P30 et suivantes. Bonne lecture.

Avant 2004, ce n’est pas tant l’ampleur des changements à engager qui a retardé ces transformations, c’est pour une part la difficulté à convaincre l’Etat des investissements à réaliser, et la peur de paralyser le pays par la perspective d’un « grand soir » ! La grève de l’automne 1974, la plus longue grève de l’histoire postale au XXe siècle, reste dans les mémoires. 46 jours de grève, la France paralysée. L’économie du pays était alors très dépendante du courrier, cela donnait un pouvoir de blocage majeur aux syndicats. D’autres grèves importantes ont ensuite eu lieu, en 1988 et en 1995. Même en interne, les projets de modernisation du tri ont souvent rencontré de fortes résistances. Concoctés dans des bureaux d’étude par des équipes d’ingénieurs isolées du terrain, ils faisaient peu envie, paraissaient écrits d’avance, sans concertation. Résultat : des équipes locales inquiètes et peu motivées, confortées par les réactions locales des élus et des médias. (…)  « Pendant des années, on s’est demandé comment avancer. On craignait ce qui pourrait se passer. Par expérience, on sait qu’un projet postal peut bloquer dès lors que se rejoignent protestations syndicales et politiques. Et là, nous avions le sujet parfait pour une coalition des deux. Cette seule crainte nous paralysait, nous prenions des décisions isolées, pourtant tous les projets de modernisation étaient dans les cartons… » Comment moderniser ? (…)  Dans la presse de 2003, le président de la Deutsche Post se félicite d’ailleurs d’avoir eu les mains libres pour réformer, « Bailly, lui, il a toute la France sur le dos ».

Publié dans A lire | Taggé: | Laisser un commentaire »