Posté par labetiseeconomique le juin 26, 2009
Les lauréats du grand prix Paris Match du Photoreportage étudiant 2009 avaient truqué leur reportage sur la précarité étudiante, le jury n’y avait rien vu et vient d’annuler le trophée. Rien vu, ou simplement été aveuglé par un miroir médiatique parfait ? Comment imaginer que ce photoreportage n‘était que trucage, quand « le vrai n’est qu’un moment du faux » dans une actualité qui privilégie les émotions, le choc visuel, et développe de plus en plus de formes d’information qui floutent la perception du réel, la téléréalité ou le docu-fiction ?
A mettre en parallèle, les derniers chiffres de l’INA sur la place du fait divers dans l’actualité. Entre 1999 et 2008, les éditions du soir ont évolué jusqu’à consacrer 10% de leur temps d’antenne aux catastrophes et faits divers. Soit une augmentation de 270%… le poids des mots, le choc des photos… de catastrophes et de nouvelles lacrymales, qui nourrissent la compassion. Les médias sont de plus en plus des « entreprises » de presse en concurrence, tant et si bien que, pour certains, la distinction entre le journalistique et le médiatique vaut parfois plus en théorie qu’en pratique…
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Posté par labetiseeconomique le juin 20, 2009
La crise économique serait-elle la révélation d’une lente destruction de notre attention, d’une lente déperdition des savoirs, née de l’essor des technologies de l’information et de la communication, et à l’avènement d’un « marketing irresponsable », caractéristique de la société consumériste actuelle? Ce n’est pas le sujet 2009 du bac. Pourtant, « que gagne-t-on à échanger?», le sujet de cette année, a partie liée avec les réflexions d’Ars Industrialis sur l‘économie de la distribution que cette association créée en 2005 à l’initiative de Bernard Stiegler, appelle de ces voeux. « Espérer qu’après la domination de la bêtise systémique à laquelle aura conduit le consumérisme, les technologies numériques seront mises au service d’une nouvelle intelligence collective et d’un nouveau commerce social. » Dans son nouvel ouvrage, « Pour une nouvelle critique de l‘économie politique » (éditions Galilée, 2009), Bernard Stiegler poursuit cette analyse de la « bêtise systémique ». Soyons attentif !
http://www.arsindustrialis.org/
Nb : Catherine Malaval et Robert Zarader, auteurs de la Bêtise économique, saluent la publication des « Bobards économiques ».
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Posté par labetiseeconomique le juin 13, 2009
Après la Princesse de Clèves, la Chartreuse de Parme? L’expression, « Comme Fabrice à Waterloo », rarement employée, resurgit ici et là depuis quelque temps, très exagérément au détour d’un article sur le cyclisme et Laurent Fignon (Le Point, cette semaine), ou peu modestement dans un témoignage politique (Challenges, mars 2009). Elle pourrait également qualifier François Bayrou, certain qu’un destin différent, héroïque lui est réservé, mais l’homme, face à la défaite, quittant la figure de l’opposant et arbitre, a préféré se comparer à Zidane. Encore un coup de tête !Etre « comme Fabrice à Waterloo » : vivre un événement, une bataille, sans en avoir une vue d’ensemble, avec une certaine naïveté du monde, une rêverie héroïque sur les choses. « Ceci est-il une véritable bataille ?[...] cette bataille était-elle Waterloo ? » L’expression porte une part d’indulgence. A moins d’une construction épique du présent, elle nous rappelle surtout l’impossible conscience du présent historique et du moment d’Histoire.
A lire : « Waterloo et les regards croisés de l’interprétation », Philippe Mongin, Cahiers de la Recherche, IHPST / CNRS, janvier 2009.
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Posté par labetiseeconomique le juin 1, 2009
C‘est la question posée à ses internautes par Le Nouvel Economiste. « Passage obligé », la formulation a valeur d’usage. Comment faire la Une du 20h00? Comment créer le buzz dans les médias? Ségolène Royal, en storyteller du pardon, ou François Bayrou auteur d’ Abus de pouvoir, comme un écho sémantique au Coup d’Etat permanent de François Mitterrand, excellent dans l’exercice. Une idée simple, une impulsion, des sentiments, l’incarnation d’une figure héroïque. Sans se rappeler des détails, la mémoire se souvient toujours d’une prise de position en rupture et qui selon la règle des trois unités, de temps, de lieu et d’action, de la tragédie classique, permet au dramaturge politique d’établir la vraisemblance de l‘histoire. « Qu’en un jour, qu’en un lieu, un seul fait accompli, tienne le théâtre rempli », écrivait Boileau. La mémoire se souvient des mots : pardon, abus de pouvoir. Il suffit de se souvenir de l’affaire Toyal : en 2006, l’entreprise Toyal a disparu du rôle titre de sa propre histoire, effacée au bénéfice d’une fiction mise en scène en temps réel par le député Jean Lassalle dans la salle des Quatre-Colonnes de l’Assemblée nationale. Alors que « l’actualité » est une notion fondamentalement a-historique, fondamentalement volatile et périssable, la mise en récit dramatique de l’événement donne à celui-ci une perspective passée et future nouvelle. L’événement entre dans un présent historique. Alors que même répétée, même renouvelée, une information perd de son intérêt par l‘effet de saturation que crée l’arrivée de nouvelles actualités, la mise en récit la pare d’une forme de pérennité et d’éternité.
Sur le même thème, Catherine Malaval et Robert Zarader, “du Storytelling au Sorry-telling”, Communication sensible, 2008
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Posté par labetiseeconomique le mai 18, 2009
La France est en récession, « c’est désormais officiel, avec deux trimestres consécutifs de contraction de son produit intérieur brut, la France est en récession », annonçaient les médias de ce week-end. Aurions-nous raté un épisode? La France n’est-elle pas en récession depuis le mois d’octobre? Le 2 octobre dernier, avec la même conviction que ce 16 mai et les mêmes mises en scène, le mot « récession » faisait son entrée officielle dans le langage médiatique.
Alors que s‘est-il passé? Pourquoi soudain de nouveau annoncer que la France est en récession? – 0,4% au 2e trimestre, -0,2% au 3e trimestre 2008, -1,5 au 4e trimestre de 2008. Rebelote au 1er trimestre de 2009 avec -1,2%, cela ne fait pas 2 mais bien 4 trimestres négatifs consécutifs. Pourquoi la France serait-elle plus en récession maintenant qu’en octobre? Parce que la récession a passé la barre fatidique du 1%? Parce que de décroissance, de croissance négative ou de simple recul, il ne peut plus être question? Ou parce que l’usage du mot « Récession » a finalement été approuvé en haut lieu dans le langage gouvernemental? « Le gouvernement entérine une récession de 3%», titre étrangement Le Monde du 16 mai. « Le gouvernement entérine »? Comme on écrit l’histoire on écrit La Crise…. L’Etat est bel et bien revenu dans l’économie.
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Posté par labetiseeconomique le mai 14, 2009
Retour à l’économie réelle, appel au patriotisme économique ou encore partage symbolique du profit : la publicité n’échappe ni à la crise économique, ni au retour de la communication corporate. Bnp Paribas a repris ces dernières semaines les termes d’une campagne amorcée dès le début 2008. A l’époque, au moment même où la Société Générale révélait l’affaire Kerviel, son concurrent communiquait sur ses résultats. L’opportunité était belle de se démarquer. « Une banque au service de l’économie réelle, c’est une banque dont les performances profitent à tous », affichait BnpParibas. La publicité était symbolique des séquelles anticipées de l’affaire. Voilà pour l’économie réelle, un concept d’économiste souvent abstrait devient un argument publicitaire. Deuxième exemple : « Amora reste à Dijon ». Pour dépasser la confrontation qui ne manque pas d’opposer, comme de coutume, les politiques locaux et les syndicats à l’entreprise, Amora a choisi de s’adresser au consommateur patriote. Affirmant qu’Amora est « bien ancrée, fière de ses racines (…) » dans une « Bourgogne conquérante », l’entreprise ne fait que rappeler à chacun le temps béni d’un patriotisme économique, symbolisé par la défense nationale et unanime du groupe Danone prétendument menacé en juillet 2007 par PepsiCo. Troisième exemple : la double annonce, « Total en France », présente dans la presse depuis quelques semaines. Attaqué régulièrement dans les médias, le groupe pétrolier a décidé (enfin diront certains) de prendre la parole pour faire valoir sa contribution à l’économie des territoires, « une contribution sociale majeure », « une présence industrielle durable »et « des investissements pour satisfaire la demande en énergie ». Cette fois, avec Total, se retrouvent synthétisées les trois dimensions du développement durable ou de la RSE, le social, l’économique et l’environnemental…
En matière de publicité, comme dans bien des domaines, il n’est pas de meilleur révélateur qu’une période de crise pour extraire ce qui devient essentiel. Inutile de polémiquer sur les mérites respectifs des communications de marque versus les communications corporate ; en effet, force est de constater à travers ces trois exemples combien leurs combinaisons sont efficaces, voire vitales, pour imposer leurs messages à une opinion composite, faite de consommateurs, d‘électeurs, de citoyens, de salariés… pour faire bref, de toutes les parties prenantes. Désormais, la porosité des valeurs et des objectifs de la marque et de l’entreprise est tout aussi intense que celle constatée entre les publics. Au secours, le corporate revient? Ou plus justement, cette fois, c’est le corporate qui vient au secours des entreprises et des marques. (Catherine Malaval / Robert Zarader / Tribune publiée dans le journal Stratégies, 13 mai 2009)
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Posté par labetiseeconomique le mai 3, 2009
1968-2008 : l’an dernier, 40 ans célébrés par des livres, débats, films et conférences. Mais la plus belle et plus aboutie des célébrations n’était-elle pas celle qui, en 2008, de Kerviel à Madoff, de Lehman Brothers à AIG donnait à voir les mauvais rêves d’un monde réel et les vérités prétendues d‘un monde irréel… Un monde prisonnier, perdu entre deux thèses de Debord (La Société du spectacle, 1967) : « le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir, le spectacle est le gardien de ce sommeil », et « dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux ». Que nous dit-on d’autre aujourd’hui ? Les libéraux découvrent la critique du capitalisme, les marxistes n’existent plus ou se cachent, les keynésiens donnent des leçons qu’ils sont incapables de mettre en œuvre. Ce spectacle est aussi celui des idées qui n’en sont pas. Prophéties situationnistes de Raoul Vaneigem (Traité de savoir vivre à l‘usage des jeunes générations) : « l’histoire présente évoque certains personnages de dessins animés, qu’une course folle entraîne soudain au-dessus du vide sans qu’ils s’en aperçoivent, de sorte que c’est la force de leur imagination qui les fait flotter à une telle hauteur ; mais viennent-ils à en prendre conscience, ils tombent aussitôt. » Imagination ou prise de conscience, le système hésite et vascille. Crises en série ou séries en cours? Pour quelles fins?
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Posté par labetiseeconomique le mai 1, 2009
Tout comme la série Desesperate Housewives commence par un suicide, l’effondrement du marché immobilier et la chute libre de ménages sans parachutes dorés, a marqué en réalité le début d’une introspection dans la société américaine, où l‘on a découvert que la crise financière ne peut être réduite à une histoire de subprimes et de ménages abusés mais qu’un projet politique et idéologique en porte également la grande responsabilité. Mais cette histoire là est-elle moins « politically correct » ?
En réalité, le « tous propriétaires », comme la politique monétaire qui lui fut associée aux Etats-Unis, a participé de la volonté néo-conservatrice de régénérer le rêve américain et de détruire, avec un succès relatif, le rapport salarial classique, et la conception d’une société de classes structurée sur ce rapport, pour lui substituer un monde régi par le droit de propriété. En France, adoptant cette nouvelle grammaire de la réussite, la droite a compris, si elle voulait remporter les élections en 2007, qu’elle devait se défaire de l’opposition de classe traditionnelle entre le travail et le capital, et insuffler des comportements capitalistes dans les milieux populaires : l’épargne, l’investissement, l’acquisition par l‘endettement. Bref, dans un pays d’épargnant, où l’hypothèque est surtout synonyme de faillite personnelle, introduire un modèle de société où la distinction se fait entre celui a possède et celui qui ne possède pas. Faire de chacun un capitaliste, même modeste, pour le rendre plus sensible à des thèse libérales.
Le scénario a pris la tournure d’un film catastrophe : peu importe… C’est toutefois à cette aune qu’il faut relire les exhortations à la propriété immobilière du candidat Sarkozy, sa volonté de redéfinir les règles du crédit hypothécaire en France et ses passes d’armes avec Jean-Claude Trichet.
La crise financière a brutalement cassé le rêve sarkozyste de faire émerger en France un nouveau capitalisme populaire national, par une morale du travail et de l‘enrichissement. « Endettez-vous » disait-il. (Robert Zarader, article à paraître)
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Posté par labetiseeconomique le avril 25, 2009
Ségolène Royal demande pardon… pour d’autres. Alan Greenspan, grand oracle du libéralisme, reconnaît s’être trompé. Bernard Madoff plaide coupable, mais est-ce la contrition qu’il l’anime vraiment. Faute avouée, à moitié pardonnée, se dit sans doute l‘homme qui perdit 50 milliards? Toujours joueur! Malgré la crise, le temps n’est guère à la repentance, ainsi que le constate Philippe Plassart, dans son dossier « Bréviaire pour le futur », à la Une du Nouvel Economiste de cette semaine. « Sans cet indispensable travail sur soi, mené collectivement, le désuet mais ô combien utile, examen de conscience des croyants, aucun dispositif, même le plus contraignant qui soit, n’y pourra rien pour domestiquer la finance ».
Henri Madelin, jésuite, Michel Musolino, professeur d’économie, Pierre de Charentenay, Philippe Bourguignon (Revolution Resort), jésuite (Etudes), Gabriel François, conseiller financier, Eric Le Boucher, journaliste (Enjeux-Les Echos, Slate) Vous est-il arrivé, dans votre vie professionnelle, d’être en porte-à-faux avec vos convictions profondes? Réponse de Robert Zarader.
« 15%!… et 100% de regrets. Je souris avec crispation quand je lis l’exigence des 15% de rentabilité et de profit des grands groupes internationaux, souvent américains, ne serait qu’un mythe. Il n’en est rien : c’est une contrainte devant laquelle il faut se plier, à n’importe quel prix. Pourtant, comment un chiffre, servant les intérêts de lointains actionnaires individuels, peut-il seul donner le sens, devenir l’unique référence de gestion des managers et réduire leur vision stratégique au cours de Bourse, sans aucune réflexion véritable sur le contexte économique, social, territorial et financier? Pour moi, dans ma vie professionnelle, cette règle dut dicter une série de licenciements dans une entreprise qui allait de mieux en mieux. J’y ai sacrifié hélas quelques amitiés mais retenu la leçon : plus jamais ça. Non à la bêtise économique et non à la dépendance insensée. La première, je l’ai dénoncée récemment en la décryptant. La seconde, je l’ai rejetée en choisissant de devenir mon propre patron. »
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Posté par labetiseeconomique le avril 19, 2009
A la manière des séries américaines qui font le bonheur des chaînes par leur audience et la publicité qu’elles drainent, cette crise est un spectacle. Découpée en saisons et en épisodes, elle obéit à toutes les lois du genre. Héros, traîtres, passions, douleurs, rebondissements, rien n’y manque. Même s’il y apporte une réponse idéologique avant tout, Alain Badiou pose une question cruciale quand il demande « de quel réel cette crise est-elle le spectacle? ».
Quelqu’un doit s’en aller, c’est donc le nom d’une nouvelle série américaine développée par Endemol, qui sera diffusée sur la Fox à l‘été 2009. La série a pour décor une entreprise au bord du dépôt de bilan. Aux salariés de décider qui doit s’en aller, feuilles de salaire et aide d’un coach à l’appui ! Cynique façon de leur laisser la responsabilité d’assumer la réduction des effectifs et, par renversement, d’avoir à résoudre une situation qu’ils subissent… Non, affirme un porte-parole d’Endemol, « cela va être une expérience intéressante d’inverser les rôles de pouvoir ». De quel pouvoir cette série est-elle en réalité le spectacle? Les salariés peuvent-ils virer le boss?, s’interroge pour sa part le Washington Post. La boucle est bouclée, à force de décrire la crise comme autant d’histoires fictionnelles, l’économie réelle fait son entrée dans la fiction télévisée. Dans Loft Story, les « éliminés » retournaient dans la vraie vie. Qu’en sera-t-il pour les éliminés de « Someone’s Gotta Go! »? Bienvenue dans le monde de l’éco-réalité !
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